L’économie française avance encore, mais sur un fil. Selon la dernière enquête conjoncturelle de la Banque de France, publiée début août, l’activité a poursuivi sa progression en juillet : soutenue dans l’industrie et le bâtiment, plus mesurée dans les services marchands.
Les anticipations pour août confirment cette tendance. Sur le papier, la France échappe donc aux vents contraires. Mais derrière cette apparente solidité, c’est bien une fragilité structurelle qui se dessine.
Les carnets de commandes, un peu moins dégarnis qu’au printemps, restent globalement maigres. Seuls l’aéronautique et quelques poches dynamiques tirent leur épingle du jeu, quand d’autres filières souffrent d’un attentisme général.
Dans le bâtiment, la demande publique tarde, les particuliers hésitent, et beaucoup d’entrepreneurs se heurtent au brouillard réglementaire autour de MaPrimeRénov’.
Bref, l’activité progresse… mais sans assurance.
Ce paradoxe traverse l’ensemble de l’économie : le climat d’incertitude recule, mais il demeure élevé dans l’industrie, exposée de plein fouet aux décisions commerciales américaines et à la concurrence chinoise.
Autrement dit, la France produit, mais reste dépendante des secousses mondiales.
Côté prix, le calme domine. Les entreprises jugent leurs tarifs globalement stables. Après l’onde de choc inflationniste, cette accalmie pourrait rassurer. Mais elle révèle aussi une demande qui ne pousse plus, des marges qui se compriment, et des marchés incapables de retrouver un vrai dynamisme.
Quant aux difficultés d’approvisionnement, elles s’estompent partout, sauf dans l’aéronautique et l’automobile – deux secteurs aussi stratégiques qu’hyper-dépendants des chaînes mondiales.
Et pourtant, le PIB continue de croître : +0,3 % attendu au troisième trimestre, dans le sillage du trimestre précédent. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas suffisant. Car derrière ce chiffre se cache une réalité : une croissance « au goutte-à-goutte », qui maintient la France hors de l’eau, sans la projeter en avant.
La vraie question est là : combien de temps encore l’économie française pourra-t-elle se satisfaire de cette croissance sans élan ?
Produire un peu plus chaque trimestre ne suffit pas à redonner confiance aux entreprises, ni à redresser durablement l’investissement. Il manque l’étincelle, la vision, l’ambition capable de transformer cette résilience en véritable stratégie de rebond.
En clair : la France ne recule pas, mais elle n’avance pas non plus. Or, dans la compétition mondiale, rester immobile revient déjà à perdre du terrain.