À l’heure où les “fake news” érodent la confiance et où le débat public semble parfois piégé entre l’instantanéité des réseaux sociaux et les agendas cachés, il est temps de regarder vers nos héros locaux.
À Clermont-Ferrand, le nom d’Alexandre Varenne résonne comme un appel à l’ordre. Fondateur du journal La Montagne et homme d’État, il fut un chantre de la liberté et de l’honnêteté de l’information. Et si son œuvre était le modèle que cherche notre démocratie pour se refonder, ici, dans le laboratoire auvergnat ?
Le “Bris de Plume” : L’intégrité avant tout
L’acte le plus marquant d’Alexandre Varenne intervient en 1940. Plutôt que de soumettre La Montagne à la censure du régime de Vichy, il choisit le “bris de plume” : l’arrêt de la parution. Un geste radical, qui témoigne d’une conviction inébranlable : une information non libre n’est pas de l’information.
- La leçon pour aujourd’hui : Face à la désinformation, à la polarisation des opinions et à la défiance envers les médias, l’exemple de Varenne nous enjoint à reconstruire un espace public où la vérité n’est pas négociable. Pour Clermont-Ferrand, cela signifie soutenir et promouvoir un journalisme local indépendant, mais aussi encourager les initiatives citoyennes qui vérifient, analysent et décryptent l’information.

“En Avant” : Le Pouvoir du local, la force du débat
“En Avant !” C’est par ce cri de ralliement que La Montagne voyait le jour en 1919. Un journal ancré dans les faits locaux, mais ouvert sur les grands enjeux nationaux et internationaux. Varenne comprenait que la démocratie s’irrigue par le bas, par la vie des citoyens, les réalités du territoire.
- La leçon pour aujourd’hui : Une démocratie vertueuse ne peut se reconstruire que si elle est connectée à l’expérience quotidienne de ses habitants. Le laboratoire clermontois doit amplifier les voix locales, donner de l’espace aux initiatives de quartier, aux associations, aux entrepreneurs qui bâtissent le tissu social et économique. C’est en partant du concret que l’on peut espérer des débats profonds et des solutions pérennes.
L’Humanisme audacieux : Quand l’éthique devient politique
L’engagement d’Alexandre Varenne ne se limitait pas à la presse. En tant que Gouverneur général de l’Indochine, il a mené des réformes audacieuses en faveur des populations locales (éducation, santé, droits des travailleurs), défiant les intérêts coloniaux. Un exemple frappant de la primauté de l’éthique sur l’opportunisme.
- La leçon pour aujourd’hui : À l’échelle de notre métropole, cela signifie que chaque politique publique – qu’il s’agisse d’urbanisme, de transport ou de développement économique – doit être pensée avec une boussole humaine. Le “profit” ne doit jamais l’emporter sur le “people” et la “planète”. Clermont peut devenir un modèle où les décisions sont systématiquement évaluées à l’aune de leur impact social et environnemental.
Clermont, Cité de la pensée critique
L’œuvre de Varenne, prolongée par la Fondation qui porte son nom, met l’accent sur l’éducation aux médias. Former les citoyens à décrypter l’information est un investissement essentiel pour la vitalité démocratique d’autant plus à l’heure ou l’arrivée de l’IA requiert de porter toute notre attention et nos efforts au renforcement de l’esprit critique et du discernement.
- La leçon pour aujourd’hui : Faisons de Clermont-Ferrand une “Cité de l’Éducation aux Médias”. Des ateliers dans les écoles aux conférences grand public, en passant par des plateformes numériques dédiées à la vérification des faits, chaque citoyen doit être outillé pour naviguer dans un monde d’information complexe.
La démocratie est une construction fragile. Alexandre Varenne nous rappelle qu’elle exige une vigilance constante, un courage indéfectible et une foi inébranlable dans le pouvoir de l’information juste et libre.
À Clermont, nous avons une histoire, des acteurs et une ambition pour faire revivre cet esprit. En avant !
Une chronique de Gilles FLICHY
Conseil en orientation professionnelle
Animateur de l’Interclub Economique 63
Président de l’Institut de la Vocation