L’été 2026 restera marqué par des feux de forêt d’une ampleur exceptionnelle.
De la Gironde à Fontainebleau, ces incendies ont rappelé brutalement la fragilité de nos massifs et ravivé une question dans le débat public : que représente vraiment la forêt sur notre territoire, et comment la protéger ?
À cette interrogation, il existe une réponse concrète et encore méconnue. Depuis 2023, particuliers et entreprises peuvent soutenir financièrement une forêt communale et déduire ce don de leurs impôts.
Cet été a déplacé le regard des Français sur leurs forêts. Longtemps perçues comme un décor permanent, presque une évidence, elles sont apparues pour ce qu’elles sont : un patrimoine vivant, précieux et vulnérable.
Les incendies qui ont frappé la Gironde et les Landes, décrits comme les plus dévastateurs depuis plus d’un demi-siècle, ont marqué les esprits. Le risque, longtemps concentré sur le pourtour méditerranéen et le massif landais, s’étend désormais à des territoires qu’on croyait épargnés, jusqu’aux portes de l’Île-de-France.
Derrière le choc des images, une conviction s’installe : la forêt n’est pas acquise, elle se protège.
Ce que représente vraiment une forêt
On mesure mal, au quotidien, tout ce qu’une forêt apporte. Elle stocke le carbone et contribue à la régulation du climat. Elle protège la ressource en eau, filtre, retient les sols et limite l’érosion. Elle abrite une part essentielle de la biodiversité et offre un cadre de vie, un espace de promenade, de respiration, de loisirs.
Elle fait vivre, enfin, toute une filière économique, de la récolte du bois à sa transformation, avec des emplois souvent ancrés dans des zones rurales qui en ont besoin. Autant de bénéfices que le législateur a lui-même reconnus en cherchant à « mieux valoriser certaines des externalités positives de la forêt ».
En Auvergne, cette réalité saute aux yeux. La forêt occupe plus de 30 % du territoire du Puy-de-Dôme. Elle y est très majoritairement privée, détenue par des dizaines de milliers de propriétaires, mais une partie relève des communes, qui en assument la gestion au bénéfice de tous.
Or, entretenir une forêt coûte cher et rapporte de moins en moins. La crise des scolytes, ces insectes qui déciment épicéas et sapins, a fait chuter les recettes d’exploitation de nombreuses communes. Les sécheresses à répétition et les incendies ont ajouté leur poids. Au moment précis où les massifs réclament davantage de soins pour rester résilients, les moyens pour les leur apporter se réduisent.
Un dispositif fiscal simple, longtemps réservé à d’autres
C’est dans ce contexte qu’un outil discret prend tout son sens. Le mécénat, cette possibilité de réduire ses impôts en soutenant une cause d’intérêt général, existe de longue date pour les associations, les fondations ou les musées. Les communes forestières en étaient exclues.
La loi de finances pour 2023, à travers les articles 11 et 12 de la loi du 30 décembre 2022, les a rendues éligibles. Le dispositif est né d’amendements portés par Vanina Paoli-Gagin, sénatrice de l’Aube et alors présidente des communes forestières de son département, et suivi de près par la Fédération nationale des communes forestières, présidée par Dominique Jarlier.
Le principe est direct. Un particulier qui verse un don à une commune pour sa forêt bénéficie d’une réduction d’impôt sur le revenu de 66 % du montant donné, dans la limite de 20 % de son revenu imposable, avec report possible sur cinq ans en cas de dépassement. Une entreprise obtient une réduction de 60 % du montant de son don, plafonnée à 20 000 euros ou à 0,5 % de son chiffre d’affaires annuel, avec le même mécanisme d’étalement.
Autrement dit, un don de 100 euros ne coûte réellement que 34 euros à un particulier, et 40 euros à une entreprise.
Toutes les dépenses ne sont pas éligibles. Pour ouvrir droit à la réduction, le don doit financer des opérations d’entretien, de renouvellement ou de reconstitution de bois et forêts présentant des garanties de gestion durable, ce qui suppose un document d’aménagement forestier arrêté, ou l’acquisition de parcelles destinées à ce périmètre.
Les projets concrets ne manquent pas : planter des arbres ou favoriser la régénération naturelle, acquérir une parcelle, entretenir et baliser des sentiers, soutenir une forêt pédagogique, ou encore prévenir les risques naturels, en particulier la lutte contre les feux de forêt. Un écho direct à l’actualité de l’été.
La mise en œuvre a été pensée pour rester légère, y compris pour une petite mairie. Le conseil municipal peut déléguer au maire l’acceptation des dons, si bien qu’une simple décision suffit. Nul besoin de créer un budget annexe : une comptabilité analytique permet de tracer les sommes reçues et de vérifier qu’elles servent bien leur objet, avant la remise au donateur du formulaire justifiant sa réduction d’impôt.
Pour accompagner les élus, la Fédération a publié un guide pratique complet, avec modèles de convention et de décision.
La force du mécanisme tient à sa proximité. Là où beaucoup de dispositifs passent par un intermédiaire, celui-ci met en relation directe le donateur et la commune. On ne donne pas à une structure lointaine, mais à un massif que l’on connaît, souvent celui où l’on se promène, où l’on a grandi.
Cette logique de circuit court appliquée à la générosité transforme un contribuable en soutien concret d’un patrimoine de proximité, et ouvre un dialogue nouveau entre les collectivités et les entreprises de leur territoire.

Châteldon, cas d’école d’une forêt qui a besoin de tous
C’est cette idée que Tony Bernard, maire de Châteldon depuis 1997, président de la communauté de communes Thiers Dore et Montagne et vice-président du Parc naturel régional Livradois-Forez, contribue à faire circuler.
Élu de terrain d’une commune forestière, engagé de longue date sur les questions de transition et d’adaptation au changement climatique, il fait partie de ces relais par lesquels un dispositif national, encore trop peu connu, trouve le chemin des habitants et des entreprises.
Châteldon vaut ici comme exemple plus que comme opération isolée.
Petite cité de caractère nichée entre la vallée de la Dore et les contreforts des Bois-Noirs, riche d’un environnement remarquable mais dotée de ressources comptées, elle incarne cette catégorie de collectivités rurales où le patrimoine naturel est considérable et les marges budgétaires étroites.
Ce que porte cette commune dépasse largement ses limites : le rappel qu’une forêt n’appartient pas seulement à ceux qui la possèdent sur le papier, mais à tous ceux qui en bénéficient, par l’air qu’elle purifie, l’eau qu’elle protège, la biodiversité qu’elle abrite et le cadre de vie qu’elle offre.
Faire de la forêt communale un bien commun à soutenir, c’est inviter chacun à y prendre part. Le dispositif de défiscalisation n’est qu’un outil, mais il traduit une conviction devenue, cet été, une évidence pour beaucoup : nos forêts nous rendent des services chaque jour, et il est désormais possible, pour un particulier comme pour une entreprise, de leur rendre la pareille.
À Châteldon comme ailleurs, la porte est ouverte à qui veut planter, protéger, transmettre.
- En savoir plus : Le guide complet du dispositif, avec modèles de convention et formulaires Cerfa, est disponible auprès de la Fédération nationale des communes forestières. En Auvergne-Rhône-Alpes, l’Union régionale des Communes forestières et le Comité Massif Central (à Lempdes) accompagnent les élus dans sa mise en place.
- https://www.communesforestieresfrance.fr/investir-foret-communal-faites-appel-aux-dons-demultiplier-vos-projets-88_3419.php
- https://www.communesforestieres-aura.org/documents/ressources/Foncier/2023-FNCoFor_defiscalisation-des-dons-web.pdf