Adis Pharma vient d’inaugurer l’agrandissement de son site de Cébazat, dans l’agglomération clermontoise.
Un investissement de 7 millions d’euros pour le seul laboratoire pharmaceutique français à être aussi une entreprise adaptée, qui emploie 150 personnes dont 110 en situation de handicap.
La démonstration, en actes, que performance industrielle et inclusion peuvent avancer ensemble.
« C’est avec une grande fierté et beaucoup d’émotion que nous célébrons aujourd’hui l’inauguration de l’agrandissement de notre laboratoire pharmaceutique », écrit l’entreprise au soir de l’événement, qui a réuni équipes, familles et partenaires institutionnels autour d’un bâtiment transformé.
Derrière l’émotion, un enjeu économique très concret : dans un secteur pharmaceutique soumis aux plus hautes exigences de qualité et de traçabilité, une entreprise adaptée de Cébazat vient de changer de dimension industrielle.
Un modèle unique en France, né d’une conviction
L’histoire commence en 1991. « Ce laboratoire est né d’une conviction forte : il est possible de conjuguer excellence pharmaceutique, performance économique et inclusion professionnelle », rappelle Adis Pharma.
Trente-cinq ans plus tard, la conviction est devenue un modèle : l’entreprise, connue sous sa raison sociale Pharm’Adis, est présentée comme le seul laboratoire pharmaceutique en France à être également une entreprise adaptée, c’est-à-dire une entreprise du marché du travail dont la spécificité est d’employer majoritairement des travailleurs en situation de handicap.
Les chiffres donnent la mesure du projet : 150 personnes travaillent sur le site de la rue des Coutils, dont 110 en situation de handicap, selon le groupe. Et il ne s’agit pas d’un atelier périphérique de la filière santé. Agréée par l’ANSM et par l’ANSES, certifiée ISO 9001 et évaluée EcoVadis, l’entreprise réalise du conditionnement primaire de formes sèches, du conditionnement secondaire toutes formes, du reconditionnement, du tri, du mirage et de la préparation de kits.

Ses 55 clients lui confient chaque année 17 millions d’unités, sur des produits pharmaceutiques humains et vétérinaires, mais aussi des cosmétiques, des dispositifs médicaux et des compléments alimentaires.
« Notre laboratoire répond aux exigences de qualité, de sécurité et de conformité propres au secteur pharmaceutique », souligne l’entreprise, qui revendique « des équipements modernes, une équipe qualifiée et des partenaires engagés ».
Le handicap n’y est ni un argument commercial ni une circonstance atténuante : c’est le socle d’une organisation du travail pensée pour que « chaque collaborateur puisse développer ses compétences et participer pleinement à une activité essentielle pour la société ».
7 millions d’euros pour changer d’échelle
L’agrandissement inauguré à Cébazat traduit cette ambition en mètres carrés. Selon les chiffres communiqués par le groupe, Adis Pharma a investi 7 millions d’euros pour augmenter ses capacités de production de 20 %, soit 1 800 m², et accroître ses capacités de stockage de 130 %, avec 1 900 m² supplémentaires.
Pour une entreprise de cette taille, l’effort est considérable — et il dit quelque chose de la demande : dans la chaîne de valeur pharmaceutique, la sous-traitance de conditionnement exige des surfaces, des flux maîtrisés et une capacité à absorber les pics d’activité des laboratoires clients.
L’investissement positionne le site de Cébazat pour la suite : répondre plus vite aux enjeux logistiques de ses clients, à proximité immédiate de Clermont-Ferrand, et consolider sa place dans l’écosystème régional des industries de santé.
« Cet agrandissement confirme une aventure collective fondée sur l’inclusion, l’innovation, la responsabilité sociale et l’excellence professionnelle », résume l’entreprise, avant une formule qui condense tout le modèle : « Ensemble, nous démontrons que la différence est une richesse et que la performance peut aller de pair avec la solidarité. »
Un changement de présidence, quelques jours après l’inauguration
Le hasard du calendrier ajoute un sujet dans le sujet. Quelques jours à peine après cette inauguration, célébrée en présence du conseil d’administration alors présidé par Joël May, le groupe Adis — la structure associative dont Adis Pharma est l’une des composantes, aux côtés d’autres entités dédiées à l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap — a changé de président.
« Une nouvelle page s’écrit pour l’inclusion en Auvergne », annonce le groupe : après six années de mandat, Joël May transmet le flambeau de la présidence du conseil d’administration à Claude Barbin.
Le nom n’est pas inconnu des décideurs auvergnats : président de la CCI Puy-de-Dôme Clermont Auvergne Métropole, Claude Barbin est un acteur engagé de l’économie locale, qui connaît bien Adis pour en être l’assureur historique.
Son arrivée, souligne le groupe, incarne « la volonté d’Adis de renforcer son ancrage territorial » et d’impulser un axe fort de son projet stratégique UnisVers’Adis : « Faire Réseaux ». L’intéressé a donné le ton dès sa prise de fonction : « C’est ce qui se passe sur le terrain qui est important […] Nous devons faire rayonner ensemble l’expertise rare d’Adis. »
Le symbole est puissant : le patron de la chambre consulaire du Puy-de-Dôme prend la présidence du principal acteur de l’insertion par le handicap du territoire.
Une passerelle assumée entre le monde économique dit ordinaire et le monde adapté, au moment précis où Adis Pharma vient de prouver, investissement à l’appui, que la frontière entre les deux est plus poreuse qu’on ne le croit. Sous la présidence de Joël May, rappelle le groupe, Adis « a grandi tout en modernisant ses activités », avant de célébrer l’an dernier ses 50 ans.

Ce que Cébazat dit à l’économie régionale
Au-delà du cas d’espèce, l’agrandissement d’Adis Pharma adresse un message aux donneurs d’ordres régionaux. Recourir à une entreprise adaptée n’est pas seulement un geste de responsabilité sociale : c’est un choix industriel, avec des agréments réglementaires, des certifications et des capacités désormais renforcées — et c’est aussi un levier concret, puisque les achats auprès d’une entreprise adaptée permettent de réduire la contribution liée à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés.
À Cébazat, Adis Pharma ne demande pas qu’on l’aide : elle demande qu’on la mette en concurrence, dossier technique à l’appui.
C’est peut-être la meilleure définition d’un modèle industriel inclusif qui a trouvé son équilibre. La différence comme richesse, la performance comme preuve — et 7 millions d’euros de béton, de lignes et de rayonnages pour l’écrire durablement dans le paysage économique auvergnat.