À l’occasion de la signature par Thierry Vallenet, président d’Elancia SA, membre élu de la CCI Puy-de-Dôme et leader du Club « Les entreprises s’engagent » pour le 63, de la tribune collective parue le 22 juin dans Ouest-France en faveur d’une mobilisation renforcée pour les territoires ruraux, Acteur Éco a voulu prendre la mesure des enjeux économiques qui pèsent, aujourd’hui, sur ces territoires trop souvent regardés comme un arrière-pays.
En Auvergne, où le Cantal, la Haute-Loire et l’Allier comptent parmi les départements les plus ruraux de France, la question n’est pas anecdotique.
Un sentiment d’abandon partagé par 51 % des habitants de ces territoires
Une cinquantaine de dirigeantes et dirigeants d’entreprises, réunis au sein de la communauté « Les entreprises s’engagent », ont signé le 22 juin dans Ouest-France une tribune intitulée « Entreprises, innovons pour les ruralités ». Parmi les signataires figure un nom auvergnat : celui de Thierry Vallenet, président du groupe Elancia, réseau de salles de sport-santé dont le siège est installé à Aubière, près de Clermont-Ferrand.
Le texte rappelle un chiffre devenu un classique du débat public : les territoires ruraux rassemblent 22 millions de Français et couvrent 88 % du territoire national.
Mais les signataires vont plus loin, en avançant des chiffres qui déplacent le regard porté sur ces espaces : plus de 170 000 PME et près de 300 milliards d’euros de valeur ajoutée y seraient produits. Une France qui, écrivent-ils, « produit, entreprend et fait vivre nos bassins d’emploi ».
Le constat n’a rien d’angélique. Les signataires évoquent un sentiment d’abandon partagé par 51 % des habitants de ces territoires, des difficultés d’accès aux transports, à la santé, à la formation, aux solutions de garde d’enfants, et la disparition progressive des commerces de proximité.
Dans certains territoires, affirment-ils, le chômage des jeunes atteint 40 % et plus d’une commune rurale sur deux ne dispose plus d’aucun commerce.
Une ruralité plurielle, qui résiste à la caricature
Ces chiffres nationaux masquent une réalité plus complexe, que l’Insee s’efforce de décrire avec précision.
L’institut distingue désormais quatre types de ruralité selon leur densité et leur lien avec les pôles d’emploi : les ruralités périurbaines, dynamiques et connectées aux villes ; celles sous faible influence urbaine, plus diffuses ; les ruralités autonomes, peu denses, moins intégrées aux bassins d’emploi ; et les ruralités très peu denses, souvent isolées. Une diversité qui interdit tout raisonnement uniforme.
L’enquête conduite par Bpifrance Le Lab, publiée en décembre 2025 auprès de 2 532 dirigeants de TPE, PME et ETI implantées en commune rurale, vient nuancer une partie du récit.
Neuf dirigeants sur dix ne considèrent pas l’ancrage rural de leur entreprise comme une faiblesse, et 45 % y voient même un atout.
Ils invoquent la fiabilité de la main-d’œuvre, la réduction des coûts ou l’interconnaissance locale. Sept sur dix entretiennent un lien affectif avec leur territoire d’implantation : 43 % n’ont jamais quitté leur commune d’origine, 20 % y sont revenus après un parcours ailleurs.
Mais cet attachement ne dispense pas d’un constat plus rude : les difficultés de recrutement, exacerbées en milieu rural, freinent le développement de 65 % des entreprises des campagnes, contre 40 % à l’échelle nationale selon France Travail.
Sept entreprises rurales sur dix bénéficient d’un soutien public, principalement des collectivités locales, mais la moitié des dirigeants interrogés réclame une simplification administrative plus poussée.
700 000 Auvergnats vivent aujourd’hui dans une commune rurale
À l’échelle nationale, un tiers des départements métropolitains sont qualifiés d’« essentiellement ruraux » par l’Insee.
En Auvergne-Rhône-Alpes, cinq des douze départements de la région entrent dans cette catégorie, et trois d’entre eux composent l’ancienne Auvergne : le Cantal, où 74 % des habitants vivent dans une commune rurale, la Haute-Loire (70 %) et l’Allier (58 %). Le Puy-de-Dôme, lui, est classé « intermédiaire » : un classement qui masque un département à deux vitesses, puisque les communes rurales y occupent 94 % de la superficie mais ne rassemblent que quatre habitants sur dix, l’agglomération de Clermont-Ferrand concentrant à elle seule autant d’habitants que l’ensemble des zones rurales du département.
En croisant ces taux avec la population de chaque département, l’addition donne une idée de l’ampleur du sujet pour la région : plus de 700 000 Auvergnats vivraient aujourd’hui dans une commune rurale, soit environ la moitié de la population des quatre départements.
Cette ruralité auvergnate porte une empreinte économique propre. L’industrie y pèse plus lourd que la moyenne nationale : ce secteur représente 15 % des emplois en Auvergne-Rhône-Alpes contre 12 % en France, une proportion qui culmine en Haute-Loire (20 %), juste derrière l’Ain (21 %).
L’agriculture, elle, reste structurante dans le Cantal, département où la part des ménages agricoles est la plus élevée de la région (7,5 %), loin devant la Haute-Loire (4,2 %) et l’Allier (2,7 %).
Le Puy-de-Dôme, de son côté, concentre la plus grande part de ménages agricoles en valeur absolue de toute la région.
Le paradoxe cantalien : un chômage faible, signe d’alerte plutôt que de santé
L’un des indicateurs les plus trompeurs de la ruralité auvergnate se niche dans les statistiques du chômage. Le Cantal affiche le taux de chômage le plus bas de toute la région Auvergne-Rhône-Alpes, à 4,2 % en 2024.
Loin d’être un signe de vitalité économique, ce chiffre traduit en réalité une déprise démographique marquée : le département perd des habitants chaque année, son déficit naturel ne parvenant pas à être compensé par une attractivité résidentielle pourtant réelle.
L’Allier connaît une dynamique comparable, avec une perte de 800 habitants en moyenne chaque année.
Ce vieillissement démographique se double de fragilités sociales documentées par l’Insee : l’Allier, le Cantal et la Haute-Loire figurent, avec la Loire et l’Ardèche, parmi les départements de la région où le niveau de vie médian reste inférieur à 22 000 euros annuels.
L’Allier détient le taux de pauvreté le plus élevé de la région (16,2 %). Et dans le Cantal comme dans l’Allier, plus ruraux et plus âgés, moins d’une personne sur quatre est diplômée de l’enseignement supérieur — un enjeu de compétences disponibles que les entreprises locales ne manquent pas de pointer lorsqu’elles cherchent à recruter.
Des dispositifs publics déjà à l’œuvre
Face à ces constats, l’État a déployé depuis juillet 2024 un nouveau zonage, France Ruralités Revitalisation, qui prend la suite des zones de revitalisation rurale.
Le dispositif concerne 17 800 communes à l’échelle nationale, et treize départements sont intégralement classés, parmi lesquels le Cantal.
Les entreprises qui s’y créent ou s’y implantent bénéficient d’une exonération d’impôt sur les bénéfices, totale pendant cinq ans puis dégressive, ainsi que d’exonérations de cotisations patronales pour leurs premières embauches.
C’est précisément dans cet entre-deux, entre dispositifs publics et initiative privée, que se positionne la tribune signée par Thierry Vallenet et ses homologues.
Le texte appelle les entreprises à se coordonner davantage, au-delà des initiatives isolées, et cite deux projets en cours de déploiement au sein de la communauté « Les entreprises s’engagent » : « 2 000 cœurs de village », qui s’appuie sur des épiceries associatives et participatives pour recréer des lieux de vie et de services en milieu rural, et « Patron(s) dans mon village », qui vise à rapprocher entreprises et habitants autour des métiers et des opportunités du territoire.

Thierry Vallenet, un entrepreneur enraciné
Originaire du Limousin, Thierry Vallenet a rejoint en 2016 l’entreprise familiale Elancia, fondée en 2003, avant d’en prendre la présidence en 2019.
Depuis le siège du groupe, installé à Aubière près de Clermont-Ferrand, il a piloté le développement d’un réseau aujourd’hui présent dans une trentaine de départements, de la Bretagne à la région lyonnaise, avec l’ambition affichée de mailler tout le territoire plutôt que de se concentrer sur les seules grandes villes.
Cette conviction qu’une entreprise peut grandir loin des métropoles a nourri son engagement dans la vie économique de son territoire d’adoption.
Membre élu de la Chambre de commerce et d’industrie Puy-de-Dôme Clermont Auvergne Métropole, où il siège notamment à la commission des Finances, il est également leader du Club « Les entreprises s’engagent » du Puy-de-Dôme depuis sa création en 2023. Cette communauté fédère aujourd’hui plus de 200 entreprises, majoritairement des TPE et PME, autour de l’emploi, de l’inclusion et, déjà, de la ruralité — l’un des axes prioritaires que le club s’est fixés pour 2026.