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Charade en redressement judiciaire : Existe-t-il un modèle économique pour sauver le circuit légendaire ?

  • frederic.coureau
  • juin 7, 2026
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Le circuit de Charade a longtemps incarné l’esprit des sports mécaniques : exigeant, spectaculaire, ancré dans les volcans d’Auvergne comme nulle part ailleurs en France.
Mais derrière la légende, son histoire est marquée, à l’image de son tracé tourmenté, par des hauts et des bas.
Le placement en redressement judiciaire de GCK Charade, la société exploitante filiale du groupe Green Corp Konnection, par le tribunal de commerce de Clermont-Ferrand, en est la dernière illustration.

Le jugement d’ouverture, prononcé le 13 mai 2026, a fixé la date de cessation des paiements au 19 avril 2026. Avec une conséquence immédiate : l’annulation du Charade Super Show 2026, prévu les 20 et 21 juin.
Et une question qui s’impose désormais à tous les acteurs économiques du territoire : qui reprendra Charade, et dans quel modèle ?

Un circuit mythique, un équipement économique stratégique

Charade n’est pas un simple circuit. C’est un équipement structurant pour l’économie locale, dont les effets dépassent largement les seules journées de roulage.

Chaque événement majeur génère des flux de visiteurs, des nuitées, des repas, des prestations de services. Les entreprises du territoire — hôteliers, restaurateurs, traiteurs, agences événementielles, prestataires techniques — dépendent de la régularité de sa programmation.

L’annulation du Charade Super Show 2026 n’est pas anodine : c’est un rendez-vous qui, édition après édition, avait construit sa place dans le calendrier événementiel auvergnat, attirant un public familial et passionné au cœur des paysages volcaniques.

En 2023, le circuit revendiquait 62 000 visiteurs — un record en hausse de 20 000 personnes par rapport à 2022 — et près de 250 journées d’occupation par des entreprises privées.

Derrière ce rendez-vous disparu, ce sont plusieurs milliers de visiteurs, des dizaines de prestataires mobilisés et un volume de consommation locale qui se comptait en centaines de milliers d’euros qui s’évaporent pour 2026.

Au-delà de l’événementiel, Charade avait été positionné comme vitrine de la destination « Clermont Auvergne Volcans », au même titre que les grands sites naturels du territoire. Sa dimension patrimoniale et identitaire en fait un symbole du savoir-faire sportif et industriel auvergnat que le Département du Puy-de-Dôme et ses partenaires institutionnels ne peuvent pas se permettre de laisser disparaître.

30 millions d’euros d’ambition, une fragilité financière révélée

L’histoire récente de Charade, c’est celle d’un pari audacieux.
Guerlain Chicherit, pilote automobile et fondateur de Green Corp Konnection, groupe spécialisé dans la mobilité électrique et l’hydrogène, avait repris l’exploitation du circuit avec une vision radicale : faire de Charade « le circuit le plus vert au monde », un e-circuit producteur d’énergie renouvelable grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques sur environ 12 hectares.

L’investissement annoncé atteignait 30 millions d’euros. Le projet était ambitieux, innovant, parfaitement aligné avec les stratégies régionales de transition énergétique. Il avait reçu le soutien affiché du Département du Puy-de-Dôme, qui voyait dans GCK un partenaire capable de « cocher toutes les cases ».

Concrètement, ce soutien s’est notamment traduit par des marchés publics de communication passés entre le Département et GCK Charade : 85 000 euros en 2021, 85 000 euros en 2023, 60 000 euros en octobre 2024, 58 333 euros en juillet 2025 — soit près de 290 000 euros de commandes publiques sur quatre ans.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a également contractualisé avec le circuit pour 41 667 euros en 2023.

Mais la réalité financière a rattrapé l’ambition.
Les comptes de GCK Charade, livrent une trajectoire sans ambiguïté : la société a enregistré des pertes chaque année depuis sa création.
Dans le même temps, ses dettes financières ont explosé, pour atteindre 2,83 millions d’euros en 2024.

Les difficultés du groupe GCK ont conduit au placement en redressement judiciaire de l’ensemble de ses sociétés, dont GCK Charade.
Me Grégory Wautot a été désigné administrateur judiciaire avec mission d’assister le débiteur pour tous les actes relatifs à la gestion ; Me Raphaël Petavy, de la SARL Mandatum assure la fonction de mandataire judiciaire. La période d’observation est fixée à six mois. Le circuit continue de fonctionner, mais dans un cadre contraint, sous le regard des créanciers et des collectivités.

Ce redressement met en lumière une fragilité structurelle bien connue des circuits automobiles : des coûts fixes élevés, des recettes volatiles, une forte dépendance à quelques événements phares, et un besoin de capitaux considérable dès lors que les ambitions industrielles sont à la hauteur du projet e-circuit.

Entre l’entretien du ruban d’asphalte, la sécurité, le personnel, l’énergie et les mises aux normes, plusieurs centaines de milliers d’euros sortent chaque année avant même de vendre une seule journée de roulage.

Sans un événement « premium » d’envergure nationale ou internationale capable de générer billetterie, hospitalités et droits marketing à grande échelle, le modèle économique d’un circuit régional reste exposé aux aléas.

Quel modèle économique pour l’avenir ?

La question d’un repreneur pour Charade n’est pas seulement une question de gestionnaire. C’est une question de modèle.


Les circuits qui s’approchent de l’équilibre économique en France — Le Mans, Paul Ricard, Magny-Cours — reposent sur un mix éprouvé : quelques événements locomotives à forte marge, une activité soutenue de track days et d’écoles de pilotage, une monétisation B2B intensive via les séminaires d’entreprise, les lancements de véhicules et les essais constructeurs, et souvent le soutien d’actionnaires puissants ou de collectivités acceptant le rôle d’investisseur de long terme.

À l’autre bout du spectre, les 24 Heures du Mans génèrent, selon les études, entre 72 et plus de 160 millions d’euros de retombées pour la Sarthe, avec plus de 330 000 spectateurs en 2025.

Au Castellet, les quatre éditions récentes du Grand Prix de France de F1 auraient rapporté plus de 250 millions d’euros à l’économie régionale. Ces chiffres donnent la mesure de ce que peut produire un événement « premium » — et de la hauteur de marche qui sépare ces mastodontes d’un circuit régional comme Charade.

Pour Charade, l’équation est identique mais le contexte auvergnat impose ses propres contraintes. La fréquentation de la région, réelle et en croissance, ne suffit pas à compenser l’absence d’un événement à rayonnement mondial. La promesse industrielle de GCK — faire du circuit un démonstrateur de mobilité décarbonée, attractif pour des essais de constructeurs et des collaborations avec des PME innovantes — était économiquement solide sur le papier.

Elle demeure pertinente pour tout repreneur qui voudrait s’appuyer sur la dynamique régionale de la filière automobile : avec 51 300 emplois dédiés à l’automobile en Auvergne-Rhône-Alpes, soit environ 1,6 % de l’emploi régional, la région est l’un des grands pôles français de la filière, et Charade pourrait en être le terrain d’expérimentation naturel.

Un enjeu territorial que les collectivités ne peuvent pas ignorer

Propriété publique, Charade ne disparaîtra pas. Son avenir patrimonial est préservé.
Mais son avenir économique, lui, dépend des décisions qui seront prises dans les prochaines semaines par l’administrateur judiciaire, le Département du Puy-de-Dôme, et les éventuels candidats à la reprise.

La période d’observation de six mois ouverte par le tribunal fixe le calendrier : les scénarios — plan de redressement ou reprise par un tiers — devront se dessiner avant la fin de l’automne.

La gouvernance du circuit va devoir être repensée. La question se pose désormais ouvertement : faut-il un exploitant privé unique, comme GCK avait été choisi, ou une structure mixte associant davantage les collectivités — Département, Clermont Auvergne Métropole, Région Auvergne-Rhône-Alpes — pour amortir les chocs financiers et sécuriser la programmation sur le long terme ?

D’autres équipements culturels ou sportifs ont emprunté cette voie hybride, au nom des retombées économiques globales qu’ils génèrent pour le territoire.
Le raisonnement s’applique à Charade : ce n’est pas la rentabilité du circuit isolé qui justifie l’engagement des collectivités, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur qu’il irrigue — emplois, tourisme, image industrielle, attractivité résidentielle.

Pour les PME auvergnates qui gravitent autour du circuit, les prestataires qui ont construit leur calendrier sur ses événements, et les élus qui ont fait de la transition énergétique un axe de développement territorial, l’avenir de Charade est un test.

Celui de la capacité d’un territoire à protéger et réinventer ses équipements stratégiques, même quand l’ambition initiale se heurte à la réalité des marchés. Le circuit de Charade a traversé des hauts et des bas depuis sa création. Il en a toujours réchappé.

La question est de savoir avec quel modèle, et avec quels partenaires, il aborde ce nouveau virage.

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