Les jeux de mots sont faciles lorsqu’il s’agit d’évoquer le Clos du Paradis.
Ce domaine viticole, né en 2021 sur les pentes d’Espaly-Saint-Marcel, à deux pas du Puy-en-Velay, cultive ses vignes sous le regard bienveillant de Notre-Dame de France et de la statue monumentale de Saint Joseph.
Dans ce décor chargé de spiritualité, Jade Hérail, jeune femme déterminée, s’attache à faire de ce vin une future référence française.
Un article rédigé par Stéphane Longin – RCF Haute-Loire,
Le bassin volcanique du Puy-en-Velay est surtout connu pour son patrimoine culturel et spirituel. On y vient pour admirer la Cathédrale Notre-Dame du Puy, grimper jusque dans la couronne de Notre-Dame de France, ou s’élancer sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Les gourmands repartent avec des lentilles vertes AOP et une bouteille de verveine. Depuis peu, ils peuvent y ajouter une nouveauté inattendue : une bouteille du Domaine Viticole du Clos du Paradis.

Une histoire née d’une vision audacieuse
Le Clos du Paradis, c’est d’abord l’histoire d’une intuition un peu folle : redonner vie à un terroir viticole disparu depuis des décennies. Le Velay a longtemps produit du vin, avant que le phylloxéra puis les mutations agricoles ne fassent disparaître les vignes du paysage.
Replanter sur ces terres basaltiques, façonnées par les volcans, relevait presque du pari insensé.
Pourtant, en 2020, le projet prend forme. Les sols sont préparés, les premières parcelles restructurées. En 2021, les plantations commencent, marquant la renaissance d’un vignoble que l’on croyait perdu.
Le domaine se construit patiemment, avec une ambition claire : créer un vin capable d’exprimer l’identité volcanique du Velay et de révéler la singularité d’un terroir encore méconnu.
Le pari est risqué : tout est financé sur fonds privés, avec une volonté assumée de sortir des codes traditionnels. Le domaine revendique une approche libre, exigeante, presque artisanale, où chaque choix est guidé par la recherche de précision et d’authenticité.
Les premières vendanges
Après trois années de travail, les premières vendanges 100% Espaviotes ont lieu en octobre 2024. De cette vendange naissent deux cuvées emblématiques — Le Clos du Paradis et Purgatoire — qui incarnent l’identité volcanique du domaine et affirment son ambition de hisser la Haute-Loire parmi les terroirs qui comptent.
Le millésime 2024 marque aussi l’entrée du domaine dans le Guide Bettane + Desseauve. La cuvée Purgatoire y décroche la note de 88/100 pour son « nez gourmand et intense » et sa « bouche fraîche et expressive ».
Une reconnaissance nationale qui valide la pertinence du projet et la qualité du travail accompli, également salué par les Toques d’Auvergne et le Gault & Millau.

Une femme de 23 ans aux commandes du domaine
Réussir aussi vite dans un univers où le temps long est la règle tient presque du miracle. Mais en plus du terroir, les clés du succès se trouvent aussi dans les personnalités qui portent le Clos du Paradis.
À commencer par son propriétaire, JC, entrepreneur insaisissable, aussi passionné qu’énigmatique. Il refuse qu’on cite son nom ou qu’on le photographie (a vous donner l’impression d’être dans un épisode du “bureau des légendes”), mais il est partout : hyperactif, visionnaire, parfois déroutant.
Au premier abord, il agace. Puis sa passion — paradoxale, puisqu’il ne boit jamais de vin — finit par intriguer. Et derrière l’excentricité, on découvre un homme sensible, instinctif, qui ose tout. Jusqu’à confier la direction de son domaine à une jeune femme de 23 ans, quasi novice, persuadé qu’elle peut l’aider à produire “l’un des meilleurs vins français”.
Jade Hérail arrive donc “par hasard” à la tête d’une équipe de quatre personnes qui s’occupent toute l’année des 0,75 hectare de vignes — Des cépages hybrides choisis pour leur résistance aux aléas climatiques.
Diplômée en hôtellerie restauration, passée par le restaurant étoilé Têtedoie à Lyon, elle se passionne progressivement pour le vin. Elle obtient un BTS spécialisé dans la commercialisation des bières, vins et spiritueux, puis découvre le travail de la vigne à Crozes-Hermitage avant de partir en Toscane pour faire du woofing.
C’est un ami rencontré pendant ses études qui l’amène en Haute-Loire pour remplacer un collègue à la Cave Marcon. “Je suis venue pour quelques mois… et finalement je suis restée”, sourit-elle.
Grâce à un ami commun, elle rencontre JC, le propriétaire du Clos du Paradis. Le courant passe immédiatement. Lorsqu’il relance le projet, il lui propose d’en devenir la directrice. “Il est fou”, pense-t-elle d’abord, avant d’être séduite par l’aventure.
Les premiers mois sont intenses. “Les premières semaines ont été un peu difficiles, mais l’équipe m’a vite aidée à plonger dedans”, raconte-t-elle un an après son arrivée.
Depuis, les journées s’enchaînent, toutes différentes : cuverie, vignes, administratif… “C’est plus qu’un produit, c’est une histoire. Quand on passe une nuit entière dans les vignes pour éviter le gel ou qu’on travaille sous la pluie, ce n’est pas grave : on sait ce que les vignes peuvent donner.”
Les regards méfiants des vignerons face à une jeune femme inexpérimentée, elle les prend avec humour. “Oui, il y a un a priori. Mais c’est drôle de voir leurs réactions quand je parle vin. Après, quand j’explique ce qu’on fait, ça se passe très bien.”
Pour le propriétaire, embaucher une femme était “une évidence”. Il y voit quelque chose de “disruptif” dans un milieu qu’il juge “macho”, et reconnaît avoir été immédiatement “touché par le potentiel” de Jade, même s’il admet que son choix relève aussi de “l’instinct”.
Un domaine qui bouillonne d’idées
Jade sait qu’elle doit convaincre chaque jour. Mais loin de la freiner, cela la stimule. “Ça me booste”, dit-elle.
Et l’esprit du domaine lui ressemble : créatif, audacieux, toujours en mouvement “On a toujours mille idées à la minute”, sourit elle. Et les projets avancent : une cuvée plus accessible doit sortir en 2026, un vin effervescent est en préparation, des tests pour une vinifications avec des barriques sous pression et un développement ambitieux de l’événementiel.
Au fond, ont-ils peur de s’ennuyer ? “On pourrait croire”, plaisante-t-elle.
Mais cette effervescence vient d’une curiosité permanente : “Quand on goûte chaque jus séparément, on découvre un potentiel incroyable. On se dit que ça pourrait matcher avec ça ou ça…”
JC, lui, ne cache pas ses ambitions : “Elle a un caractère de merde, mais elle en a énormément sous le pied. Elle n’a pas encore conscience de son potentiel.” Exactement les qualités dont il a besoin pour atteindre son objectif : faire du Clos du Paradis l’un des meilleurs vins blancs français d’ici cinq ans.

Cet article est basé sur un épisode de l’émission :L’auvergnat de la semaine .
Bénévoles, médecins, sportifs ou simple citoyens engagés en Auvergne… Chaque semaine, les journalistes des radios RCF d’Auvergne (RCF Allier, RCF Puy de Dôme et RCF Haute-Loire) vous racontent le parcours d’un Auvergnat ou d’une Auvergnate.
