Depuis le 15 juillet, deux camions électriques Mercedes-Benz eActros 600 assurent les flux régionaux de CELTA Courpière, filiale du groupe alsacien Rossmann spécialisée dans l’emballage carton ondulé.
Une étape supplémentaire dans le partenariat qui lie depuis plusieurs années ce site industriel du Puy-de-Dôme au Groupe Combronde, transporteur familial thiernois.
Sur le papier, l’opération tient en quelques lignes : deux camions à l’autonomie supérieure à 500 kilomètres, des bornes de recharge installées sur le site de Thiers et alimentées en partie par les panneaux photovoltaïques du groupe, des conducteurs dédiés.
Mais elle en dit davantage sur la manière dont deux acteurs industriels ancrés dans le même bassin économique choisissent de construire, ensemble, une réponse concrète à la transition énergétique du fret — plutôt que d’attendre qu’elle vienne d’ailleurs.
Une logique déjà engagée chez Combronde
Pour le Groupe Combronde, ce déploiement électrique s’inscrit dans une trajectoire de fond. Depuis le début des années 2010, l’entreprise familiale — fondée en 1945 à Thiers par Roland Combronde, aujourd’hui dirigée par ses petits-enfants Fabien (président) et Céline (directrice générale) — a engagé un virage structurant vers le report modal : plus de 2 000 trains de fret par an, sept plateformes ferroviaires embranchées, et depuis fin 2022 un service fluvial hebdomadaire entre Lyon et Fos-sur-Mer.
L’arrivée de camions électriques sur les flux régionaux vient compléter cette palette multimodale plutôt que la remplacer — une manière, pour un transporteur routier historique, de décarboner aussi le premier et le dernier kilomètre.
CELTA Courpière, un ancrage industriel qui remonte aux années 1970
Sur le versant industriel, CELTA fabrique et transforme des emballages en carton ondulé sur son site de Courpière, où l’activité existe depuis 1977.
Intégrée depuis 2007 au groupe Rossmann, l’entreprise emploie environ 265 personnes sur ce site et pèse, à l’échelle du groupe, près de 90 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Pour une industrie dont la logistique représente un poste sensible, sécuriser un transport régional fiable et moins émetteur n’est pas un simple argument RSE : c’est aussi une manière de tenir ses propres engagements de décarbonation face à ses clients et à sa maison mère.

Le camion électrique, un moment charnière pour le transport routier
Le choix fait par Combronde intervient à un moment charnière pour le transport routier lourd. La réglementation européenne fixe des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO₂ pour les poids lourds neufs : -45 % d’ici 2030, -90 % d’ici 2040.
En France, la bascule reste encore modeste — 865 poids lourds neufs électriques immatriculés en 2025 — mais elle s’accélère, portée par un plan national d’électrification qui prévoit 8 000 bornes dédiées aux poids lourds sur le réseau routier national.
Le principal enjeu aujourd’hui n’est plus tant le véhicule que l’accès à une recharge fiable et abordable, ce qui pousse de plus en plus de transporteurs à investir directement dans leur propre infrastructure de recharge au dépôt plutôt que d’attendre le réseau public.
C’est exactement la voie choisie par Combronde à Thiers, avec des bornes alimentées en partie par sa propre production photovoltaïque : une solution qui maîtrise à la fois le coût de l’énergie et le calendrier de la transition, sans dépendre des aléas de la recharge en itinérance, encore embryonnaire pour le transport lourd.
La route est encore longue, mais des initiatives comme celle-ci montrent qu’elle est d’ores et déjà praticable pour ceux qui choisissent d’avancer.
Décarboner sans délocaliser, la bonne solution
Ce qui rend ce partenariat notable dépasse la seule performance technique des deux eActros 600.
Il illustre qu’un maillon de transition énergétique peut se construire entièrement à l’échelle d’un bassin local — Thiers et Courpière ne sont distants que d’une trentaine de kilomètres — sans faire appel à un opérateur logistique extérieur au territoire.
Pour Combronde, c’est une nouvelle démonstration de sa capacité à structurer des solutions sur-mesure autour de ses clients industriels auvergnats.
Pour CELTA, c’est l’assurance de disposer, à proximité immédiate de son site de production, d’un partenaire capable d’investir dans les infrastructures nécessaires (bornes, flotte dédiée) plutôt que de simplement facturer un service.
À l’heure où les politiques de décarbonation du fret sont souvent pensées à l’échelle nationale ou européenne, cet exemple rappelle qu’elles se jouent aussi, très concrètement, entre deux entreprises voisines qui décident de construire ensemble l’infrastructure dont elles ont besoin.