Il a troqué les copeaux métalliques contre les plants de tomates. Stéphane Fouillot, dirigeant des sociétés industrielles Novaxess Technology et Lanner France à Saint-Loup, a créé en pleine crise sanitaire un objet économique singulier : des potagers surélevés, livrés montés, irrigués et accessibles à tous, conçus et fabriqués dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour de Vichy.
Quatre ans plus tard, Paysans de Jardin assemble des commandes pour la Bretagne et transforme les ateliers d’un ESAT en ligne de production locale. L’histoire d’un potager clé en main qui a poussé plus haut que prévu.
Un déclic, une Covid et une entreprise artisanale
C’est « en 2020, après avoir contracté la Covid-19 » que Stéphane Fouillot a eu le déclic.
Ce chef d’entreprise ancré dans l’ingénierie industrielle — gestion des copeaux métalliques, traitement des fluides de coupe — avait une passion de longue date pour le jardinage.
La crise sanitaire, avec ses confinements et ses interrogations sur l’alimentation, lui a fourni le catalyseur. Il crée officiellement la société Paysans de Jardin le 23 novembre 2020, depuis le site industriel des Écherolles à Saint-Loup, où sont déjà implantées ses deux autres structures.
L’ambition est déclarée d’emblée : « permettre très facilement à tous de pouvoir jardiner » et aider chacun à « se réapproprier la production de sa nourriture afin de manger des produits sains et tendre vers l’autonomie alimentaire ».
La vision est claire, le savoir-faire industriel disponible. Il manque encore un modèle économique structuré. C’est Landestini, association dédiée à l’éducation à l’environnement et à l’entrepreneuriat rural, qui va l’aider à bâtir ce modèle lors d’une première promotion d’incubation.
Au terme de cette période d’accompagnement, les premiers jalons sont posés : un salarié à temps plein, 75 m² de potagers installés, 18 000 euros de chiffre d’affaires et plus de 40 000 vues sur une chaîne YouTube lancée dès le démarrage.
Des chiffres modestes, mais un positionnement déjà affirmé — celui d’un produit ancré dans le territoire et dans une démarche de sens.

Des potagers surélevés pour jardiner debout, assis ou en fauteuil
Basée désormais à Saint-Rémy-en-Rollat, Paysans de Jardin propose une gamme de potagers surélevés livrés entièrement montés, dotés d’un système d’arrosage intégré. « Ils sont disponibles en plusieurs formats, de 1 à 18 m², et permettent de jardiner debout, assis ou en fauteuil roulant, pour des particuliers comme pour des collectivités, écoles ou professionnels du paysage », précise Stéphane Fouillot.
La gamme dite « Confort », avec des bacs rehaussés à environ 45 cm, répond à une demande croissante des établissements médico-sociaux, des EHPAD et des structures accueillant des personnes à mobilité réduite.
L’offre est complétée par des mini-serres escamotables, des systèmes d’irrigation économes en eau, et la possibilité de se fournir en terre et plants via des producteurs locaux — une formule véritablement clé en main qui distingue Paysans de Jardin des bacs vendus en grande surface.
Ce positionnement tombe juste sur un marché en recomposition. Si le secteur du jardin a globalement souffert en 2024 — une baisse de 6 % de chiffre d’affaires à 7,7 milliards d’euros, pénalisée par une météo exceptionnellement pluvieuse —, le segment des potagers surélevés affiche une dynamique plus résistante.
Les volumes de végétaux pour le potager ont progressé de 7 % au premier trimestre 2025 par rapport à la même période de l’année précédente. Les Français jardinent moins par nécessité économique que par plaisir, pour manger sainement et pour se reconnecter à la nature : c’est précisément le registre dans lequel Paysans de Jardin s’inscrit.

Une chaîne de production locale, du bois de la Montagne Bourbonnaise à l’ESAT
Le tournant décisif de l’entreprise intervient en 2024 avec une décision structurante : confier l’intégralité de l’assemblage des potagers à l’ESAT de Creuzier-le-Neuf, établissement d’aide par le travail qui œuvre à l’insertion professionnelle de travailleurs en situation de handicap.
La chaîne de production prend alors une forme cohérente et lisible. Le bois provient de la Montagne Bourbonnaise, ce massif rural qui constitue le poumon forestier du département.
Il est façonné par une menuiserie de Saint-Germain-des-Fossés, puis acheminé vers les ateliers de Creuzier-le-Neuf pour l’assemblage final.
Un circuit court de quelques dizaines de kilomètres qui valorise une filière bois locale tout en ancrant l’entreprise dans une logique d’économie sociale et solidaire.
Pour les travailleurs de l’ESAT, l’enjeu est concret. Maxime Occhipinti, moniteur d’atelier sur le site de Creuzier-le-Neuf, l’exprime directement : « Cette activité favorise le développement de compétences techniques variées, de l’utilisation d’outils électroportatifs à la lecture de plans et de mesures. »
Au-delà de la montée en compétences, c’est un flux d’activité régulier et pérenne que ce partenariat apporte à l’établissement — un argument de poids pour une structure médico-sociale dépendante de commandes stables.
Pour un acheteur public — collectivité, EHPAD, école — ce circuit représente aussi un argument RSE solide et vérifiable : inclusion, circuits courts, matériaux locaux, engagement territorial. Autant de critères qui pèsent de plus en plus dans les décisions d’achat des structures sensibles à leur impact social.
Soixante potagers pour la Bretagne : quand le bassin de Vichy exporte son savoir-faire
La commande la plus emblématique de ces derniers mois illustre le potentiel de diffusion nationale du modèle. Via le partenariat noué entre l’association Landestini et la Fédération Française de Tennis — plus précisément son fonds de dotation Terre d’Impact, créé pour accélérer la transition sociale et environnementale du tennis en France —, Paysans de Jardin a produit 60 potagers surélevés destinés aux clubs de la ligue bretonne de tennis.
Un chantier de près de deux mois de travail au sein des ateliers de l’ESAT de Creuzier-le-Neuf. Une commande hors région qui ouvre potentiellement la porte à d’autres ligues régionales d’une fédération qui compte environ 8 000 clubs en France.
Henri Landes, président de Landestini, était récemment à Creuzier-le-Neuf pour constater l’avancée de la production. Il résume l’enjeu de ce partenariat avec précision : « Ce partenariat relie pratique sportive, sensibilisation écologique et engagement des jeunes, en transformant les espaces de loisirs en lieux d’apprentissage durable. »
Le dispositif s’inscrit dans la « Coupe de France du Potager des clubs de tennis », opération lancée de décembre 2025 à juin 2026 dans le cadre du label « Club FFT engagé », avec remise des prix prévue au Colombes Tennis Club.
Pour Stéphane Fouillot, ce type de commande valide une trajectoire : celle d’un entrepreneur industriel qui a su transformer une passion personnelle en filière locale à impact, sans perdre le sens des réalités économiques.
Les potagers Paysans de Jardin sont par ailleurs visibles lors d’événements horticoles régionaux, ainsi que chez France Rurale – Prodagricole à Charmeil, et disponibles à la commande sur paysansdejardin.fr.
Du bois de la Montagne Bourbonnaise aux courts de tennis bretons, le potager surélevé clé en main conçu dans l’Allier a appris à voyager.