Créée en 1945 par Alphonse Jamon, Multitransport vient d’être élue Transporteur de l’Année 2026. Une distinction donnée par le magazine L’officiel des transporteurs, une référence dans la profession. Retour sur l’histoire d’une entreprise familiale qui a su s’adapter pour faire face aux crises et se préparer aux enjeux futurs.
Olivier Jamon, PDG du groupe, partage sa vision du métier et ses ambitions pour valoriser un secteur indispensable à l’économie.
Un article rédigé par Stéphane Longin – RCF Haute-Loire
1945, la bonne idée qui lance tout
En 1945, alors que la France sort tout juste de la guerre, le grand‑père d’Olivier Jamon décide de se lancer dans une nouvelle activité. Comme dans beaucoup de famille de la campagne altiligérienne, on vit essentiellement de l’agriculture.
Mais Alphonse Jamon a décidé de faire autre chose. Propriétaire d’un bus il transporte les habitants de Laussonne et de ses alentours au Puy-en-Velay pour leur permettre de faire des courses et le marché. Mais pour ne pas perdre son temps, entre l’aller et le retour, il démonte les sièges, charge du vin, approvisionne les bistrots du territoire, redescend les bouteilles consignées puis remonte les sièges avant de permettre aux voyageurs de retourner chez eux.
80 ans plus tard, Olivier Jamon évoque cette histoire avec toujours beaucoup d’admiration “Papy a toujours été un visionnaire. Quand on voit ce qu’il avait imaginé à cette époque, et les années suivantes avec ses ateliers à Chadrac c’est incroyable.”
L’ouverture à l’international, puis la diversification
Viennent ensuite les oncles et le père d’Olivier. Sous leur impulsion, Multitransport se développe à l’international : Stockholm, Oslo, Madrid, Porto… Leurs camions sillonnent l’Europe avant qu’une modification de la législation les oblige à se recentrer sur le marché national.
Il faut alors trouver de nouveaux débouchés pour maintenir le chiffre d’affaire et la société altiligérienne rachète des concurrents “Ce choix courageux nous a permis de sauver l’entreprise et d’envisager l’avenir autrement“ explique Olivier Jamon.
L’entreprise progresse, elle développe sa flotte de camions et, pour répondre aux attentes de ses clients, ouvre de nouveaux sites.
C’est pour gérer celui de la banlieue lyonnaise qu’Olivier Jamon intègre le groupe en 1998. Celui qui rêvait d’être vétérinaire s’est finalement tourné quelques années plus tôt vers les métiers du transport et de la logistique.
BTS en poche et quelques années d’expérience dans un autre groupe, il rejoint l’entreprise familiale “je l’avais au fond de mon ADN. Et quand tu es dans une famille où tu parles transport matin, midi et soir ça te pousse sur certaines voies“.
En 2023 Il prend la direction générale de Multitransport, une mission dans laquelle le dirigeant prend beaucoup de plaisir “j’aime ce que je fais car c’est tout le temps différent. Il y a des défis à relever tous les jours et de faire ça avec des collaborateurs qui mettent la même énergie dès le matin c’est une véritable fierté“.
Respectueux du travail accompli jusqu’à maintenant il imprime tout de même sa marque en développant de nouveaux services “si le transport représente 70% de notre activité. On est aussi commissionnaire de transport, on fait de la logistique avec plus de 30 000m² d’entrepôts et on fait aussi aujourd’hui du pilotage de flux pour de grands industriels qui ne veulent pas s’occuper du transport” explique l’homme de 54 ans.

Améliorer l’image du secteur et s’engager pour l’avenir
Mais en plus de l’entreprise, Olivier Jamon s’engage aussi pour la profession, participant à plusieurs instances et groupes de travail au niveau national. Son objectif , “revaloriser l’image de la profession” dont l’importance n’est pas assez reconnue à ses yeux “beaucoup pensent qu’on ne fait que transporter un produit d’un point A à un point B. Mais sans nous il n’y a plus de produits dans les rayons”.
Des acteurs de l’ombre qui se sont illustrés pendant la Crise du Covid “on a continué à livrer, sans penser business. Mais parce que c’est notre mission de faire en sorte que les choses arrivent à l’heure”. Et si vous le croisez un jour et que vous lui parlez transport, mieux vaut avoir du temps. Le patron altiligérien est un passionné.
Même quand il faut parler des sujets qui pourraient fâcher. L’écologie et la décarbonisation ? “On y travaille par obligation mais surtout par conviction” affirme Olivier Jamon.
Par obligation car les crises du prix de l’énergie pousse l’entreprise à trouver des alternatives au Diesel. Avec une crise comme la guerre en Iran les conséquences économiques sont spectaculaires “on fait 1 millions de kilomètres tous les mois. Et si le litre augmente de 20 centimes cela nous coût 200 000€ par mois. Si ça augmente de 30 centimes c’est 300 000€ Hors Taxe de plus“.
Alors chez Multitransport les camions roulent encore avec du carburant conventionnel, mais de plus en plus tournent avec des carburants alternatifs “on utilise du biogaz, du B100 qui permet de réduire de 60% l’empreinte carbone, du HVO qui est encore plus performant avec entre -85% et -95% mais qui est très cher, et maintenant de l’électrique qui après les tests en 2025 équiperont une ligne à partir du mois de juin 2026”.
Une transformation du parc de camions que l’entreprise inscrit aussi dans une volonté de décarboner “car on travaille surtout pour nos enfants” explique-t-il. Les clients demandent aussi que des efforts soient fait.
C’est le cas de Michelin qui s’engage auprès du transporteur sur ces sujets “c’est avec eux que nous lançons cette première liaison régulière 100% électrique en juin”. Un projet préparer pendant toute l’année 2025 durant laquelle l’entreprise a multiplié les tests sur les différentes saisons car “on ne peut pas se permettre d’avoir des chauffeurs qui restent bloqués sur la route à cause des batteries”.
Mais Olivier Jamon est optimiste et prévoit déjà d’investir dans deux camions supplémentaires d’ici fin 2026.
Transporteur de l’année 2026
En mars 2026, Multitransport a reçu la distinction la plus importante de la profession avec le titre de Transporteur de l’année. Une première pour l’entreprise Auvergnate qu’Olivier Jamon est fier de partager avec ses salariés “j’étais à Clermont pour montrer le trophée aux équipes. Et quand tu vois qu’ils sont fiers et heureux ça fait du bien”.
De quoi ne rien regretter du travail réalisé pour décrocher la distinction. Car avant de pouvoir soulever le trophée il a fallu remplir un dossier complet avant de passer un grand oral “avec des questions sur la stratégie, la finance, l’environnement et même l’actualité”. “J’ai été le porte-parole de nos collaborateurs !” explique le PDG qui ne semble jamais en manque d’argument pour défendre l’entreprise familiale et toute la filière du transport.
Un article rédigé par Stéphane Longin – RCF Haute-Loire
