La visite conjointe d’Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, et d’Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense et à l’Espace, à l’usine Safran de Domérat illustre le nouveau statut de l’Allier dans l’industrie militaire européenne.
Production multipliée par quatre en trois ans, 300 embauches annoncées pour 2026 sur un site de 1 646 salariés : le bassin montluçonnais est entré dans une nouvelle ère industrielle.
Ce jeudi, Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, et Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense et à l’Espace, ont fait le déplacement à Montluçon-Domérat. Le site Safran Electronics & Defense, installé zone industrielle La Côte Rouge à Domérat, est devenu l’un des sites de production militaire les plus sollicités de France.
Andrius Kubilius effectuait son « Missile tour » européen — une revue des capacités industrielles de défense à travers le continent. Que Montluçon figure sur cette carte témoigne de la place qu’occupe désormais l’Allier dans la géopolitique industrielle européenne.
L’AASM, BOMBE DE PRÉCISION MADE IN ALLIER
À Domérat, Safran fabrique des AASM — Armement Air-Sol Modulaire, aussi connu sous le nom commercial HAMMER. Ces kits de guidage et de propulsion transforment des bombes classiques en munitions de haute précision. Larguées depuis un Rafale, elles peuvent frapper une cible à 70 kilomètres, par tous les temps, sans risque de brouillage ennemi.
En 2025, le site a produit 1 200 kits AASM — quatre fois plus qu’en 2022, année du déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine. Cette montée en cadence a été portée par les commandes du ministère des Armées, qui a demandé à Safran de doubler puis quadrupler son rythme de production.
La technologie évolue en parallèle. Une nouvelle version, l’AASM LIR — guidage bi-mode laser et infrarouge — a été qualifiée par la Direction générale de l’armement (DGA) en mars 2026, pour une mise à disposition des forces dès cette année. À l’horizon 2028, une version à portée étendue de 140 kilomètres est déjà en développement.
300 RECRUTEMENTS EN 2026 : UN SIGNAL FORT POUR LE BASSIN MONTLUÇONNAIS
Le site emploie aujourd’hui 1 646 salariés. En 2026, 300 postes supplémentaires seront créés — soit une hausse d’environ 18 % des effectifs en une seule année. Un choc positif pour un bassin d’emploi qui, au milieu des années 2010, avait frôlé l’arrêt de production faute de commandes suffisantes.
Les profils recherchés couvrent un large spectre. Techniciens essais sur kits de guidage, opérateurs et techniciens de production sur les lignes AASM, contrôleurs qualité, ingénieurs industrialisation : les besoins sont concentrés sur des métiers industriels qualifiés, au cœur de la chaîne de fabrication.
Des spécialistes du logiciel embarqué et de l’ingénierie systèmes complètent ces recrutements, en lien avec les équipes R&D du groupe. Ces profils plus techniques accompagnent le développement des nouvelles versions d’AASM et la montée en gamme technologique du site.
Ces recrutements s’inscrivent dans un plan d’ensemble. Safran Electronics & Defense vise environ 800 à 1 000 postes dans la défense en France pour 2026. Montluçon-Domérat représente à lui seul près du tiers de cet effort national.
UN TERRITOIRE REPOSITIONNÉ DANS LA FILIÈRE
L’impact dépasse le seul comptage de postes. L’arrivée de 300 salaires industriels qualifiés injecte des revenus supplémentaires dans l’économie locale : logement, commerce, restauration, services. L’effet multiplicateur sur la consommation du bassin montluçonnais est réel et durable.
La montée en cadence de Safran crée aussi de la demande chez les sous-traitants mécaniques, électroniques et logistiques qui gravitent autour du site. Pour les PME régionales, les commandes augmentent, les investissements se justifient, et l’emploi suit. C’est toute une filière qui monte en puissance.
Le site s’appuie par ailleurs sur des partenariats de formation avec CAP SUP Montluçon et d’autres acteurs locaux. Ces coopérations permettent d’orienter les jeunes vers des débouchés concrets dans la filière défense-aéronautique et d’alimenter les recrutements avec des profils formés sur le territoire.
L’ALLIER DANS L’ARC RÉGIONAL AUVERGNE DÉFENSE-AÉRONAUTIQUE
Montluçon-Domérat ne s’inscrit pas en solitaire. Le site s’intègre dans un arc défense-aéronautique qui traverse l’Auvergne-Rhône-Alpes, avec des synergies sur la sous-traitance mécanique, l’électronique de précision et les formations techniques. Un maillage territorial qui renforce la résilience de la filière à l’échelle régionale.
La présence d’un commissaire européen à la Défense lors de la visite du site n’est pas anodine. Elle positionne Safran Domérat comme un acteur visible dans les arbitrages de financements européens — Fonds européen de Défense (FED), programme EDIP, mécanisme ASAP — dédiés à la montée en capacités de production de munitions.
Pour l’Allier, l’enjeu est de taille : s’inscrire durablement dans ces chaînes de valeur stratégiques, attirer des investissements complémentaires et consolider une identité de territoire industriel de défense, au-delà du seul site de Domérat.
UN RETOURNEMENT INDUSTRIEL SPECTACULAIRE
Il y a dix ans, Safran Domérat traversait une période difficile. Les commandes manquaient, la production stagnait, l’avenir du site était incertain. Le retournement est depuis spectaculaire : en 2025, l’usine bat ses records avec 1 200 kits produits, et 2026 s’annonce comme une année d’expansion supplémentaire.
Ce retournement résulte de plusieurs dynamiques convergentes. La guerre en Ukraine a créé une demande massive de munitions guidées. La France a engagé une économie de guerre avec des objectifs de production contraignants pour les industriels. L’Union européenne a, pour la première fois, nommé un commissaire dédié à la défense.
Montluçon-Domérat se trouve à la confluence de ces trois dynamiques. L’usine Safran n’est plus seulement un employeur local de poids. Elle est devenue un outil stratégique au service d’une ambition nationale et européenne : reconstituer les capacités militaires d’un continent qui se réarme.