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Florent Ménégaux livre au Financial Times sa feuille de route pour sauver l’industrie française…depuis Clermont-Fd

  • frederic.coureau
  • avril 20, 2026
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Dans un entretien au Financial Times publié le 19 avril 2026, Florent Ménégaux, président du groupe Michelin, expose les trois leviers sur lesquels il entend maintenir l’industrie pneumatique française à flot : une montée en gamme assumée jusqu’aux pneus du rover lunaire de la NASA, une diversification accélérée dans les composites polymères, et un plaidoyer mesuré en faveur de barrières douanières européennes — à condition qu’elles ne se transforment pas en rente.

Depuis Clermont-Ferrand, quartier général mondial du groupe depuis près de 140 ans, le dirigeant dessine au quotidien économique britannique une feuille de route qui engage directement l’avenir de l’écosystème industriel auvergnat. Acteur Éco décrypte.


« Ce modèle n’est plus possible » : l’aveu stratégique au Financial Times

L’interview parue dans le Financial Times, signée par sa correspondante Sarah White depuis Clermont-Ferrand, restera comme l’un des moments de vérité les plus nets de la trajectoire récente du groupe.
Florent Ménégaux y reconnaît, sans détour, que le modèle historique — une manufacture clermontoise qui exporte dans le monde entier — n’est plus viable.

L’argument est économique : l’écart de coûts entre l’Europe et l’Asie s’est creusé au point de rendre l’exportation de produits de masse depuis le continent européen quasiment impraticable.

Le dirigeant détaille, toujours dans le quotidien britannique, les causes de ce décrochage. Selon ses termes, les coûts du travail, l’inflation et les prix de l’énergie ont littéralement explosé en Europe au cours des six dernières années, pendant que le reste du monde — l’Asie en premier lieu — conservait une structure de coûts bien plus favorable.

Un constat qui, formulé par le président de l’un des plus grands industriels français dans les colonnes du FT, pèse son poids.

L’ouverture de l’article du quotidien londonien est, à cet égard, chargée de symboles. Les usines françaises de Michelin, rappelle la journaliste, étaient si stratégiques pendant la Seconde Guerre mondiale que les forces alliées les bombardèrent dans la France occupée.

Elles furent rebâties. Quatre-vingts ans plus tard, c’est une autre forme de menace qui les guette — non plus militaire, mais concurrentielle.

Ladoux, cœur battant de la reconquête technologique

Face à ce constat, la réponse de Michelin se donne à voir à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, sur le site de Ladoux. Le Financial Times décrit ce complexe comme un vaste campus de recherche baigné de lumière, ceinturé de pistes d’essai où s’éprouvent motos et voitures de sport.

Plusieurs milliers d’ingénieurs et de scientifiques y travaillent. L’ancrage du groupe dans cette Auvergne rurale dure depuis près de 140 ans — il reste intact.

Ce sont les équipes de Ladoux, selon le quotidien britannique, qui ont développé les matériaux des futurs trains d’atterrissage d’avion, les pneus pressentis pour le rover lunaire de la mission Artemis de la NASA, ou encore les gommes des Moto Grand Prix.
Non loin du site, une usine produit des pneus de course au moyen d’une technique évoquant, toujours selon le FT, l’impression 3D. Autrement dit : une production ultra-spécialisée, à très forte intensité d’ingénierie, impossible à délocaliser dans les mêmes conditions.

Pour Florent Ménégaux, cité par le Financial Times, le raisonnement est binaire : « Si nous ne restons pas à ce niveau d’excellence, nous disparaîtrons. » La sentence résume toute la bascule stratégique. La France — et l’Auvergne en particulier — ne gagneront pas la bataille des volumes. Elles devront gagner celle de la technicité.

Cataroux : quand l’usine bombardée devient campus

L’autre symbole de cette mue se trouve au cœur même de Clermont-Ferrand. L’usine historique de Cataroux, celle-là même qui avait été rasée pendant la guerre puis reconstruite, est restée largement inoccupée ces dernières années. Le Financial Times révèle qu’elle est en cours de reconversion en hub de start-up, adossé à une fonction de centre de recherche.

Le contraste est saisissant : le site qui incarnait l’empire industriel bâti par André et Édouard Michelin accueillera demain des jeunes pousses technologiques. Cette reconversion s’inscrit dans un mouvement plus large.

Clermont emploie aujourd’hui quelque 10 000 collaborateurs du groupe, soit environ un tiers des effectifs qu’y comptait Michelin dans les années 1980, toujours selon les chiffres rapportés par le quotidien britannique.

La ville est passée d’une économie de la manufacture à une économie de la matière grise — sans cesser d’être Michelin.

L’ombre sociale ne doit pas être occultée

Cette recomposition ne se fait pas sans heurts, et le Financial Times prend soin d’en restituer la contrepartie sociale.
L’année 2025 a été marquée par la fermeture des sites de Vannes, en Bretagne, et de Cholet, dans les Pays de la Loire — soit la disparition d’environ 1 200 emplois, plus de 6 % des effectifs français du groupe.

Le quotidien britannique donne la parole à Romain Baciak, représentant de la CGT, qui exprime l’inquiétude de salariés redoutant de nouvelles coupes.
Plusieurs sites français tourneraient sous leurs capacités, seule l’usine de Bourges, spécialisée dans les pneus d’avion, tirant son épingle du jeu. Le syndicaliste conteste la stratégie de montée en gamme qu’il qualifie de pari sur le « luxe », et redoute que la recherche ne reste en France que tant que l’État subventionnerait.

Un contrepoint qui a toute sa place dans la lecture d’un territoire auvergnat où l’empreinte sociale du groupe demeure un indicateur avancé de la santé industrielle régionale.

Le plaidoyer européen adressé depuis Londres

L’interview au FT contient également un message politique, adressé cette fois à Bruxelles. Michelin, comme ses concurrents européens, se dit favorable à la mise en place de barrières douanières ciblant les importations chinoises de pneus à bas coût, ainsi qu’au cadre Buy European destiné à soutenir les équipementiers automobiles du continent par des seuils de contenu local.

Mais Florent Ménégaux glisse, dans les pages du quotidien londonien, un avertissement qui mérite d’être lu attentivement : ces protections ne doivent pas se transformer en rente. Le dirigeant met en garde contre un effet pervers où la défense du marché européen viendrait émousser l’incitation à innover et à monter en compétitivité. Un propos équilibré, qui trace la ligne de crête entre souveraineté industrielle et risque d’endormissement.

Le contexte concurrentiel le justifie. L’industrie mondiale du pneumatique est dominée par cinq groupes : Michelin, l’allemand Continental, l’italien Pirelli, l’américain Goodyear et le japonais Bridgestone. Mais des acteurs chinois plus jeunes, comme Zhongce Rubber ou Sailun Group, grignotent les parts de marché, notamment sur le pneu tourisme importé en Europe.

L’analyste Thomas Besson, de Kepler Cheuvreux, cité par le Financial Times, évoque la possibilité d’un champion national chinois émergeant à un horizon de dix à quinze ans.

Composites polymères : le pari hors-pneumatique

Le dernier pan de la stratégie exposée dans le Financial Times pourrait bien être le plus structurant à long terme pour l’écosystème auvergnat. Michelin accélère sa diversification dans les composites polymères — matériaux utilisés dans les mastics, les revêtements textiles et quantité d’applications industrielles.

Le président du groupe leur attribue, dans les colonnes du quotidien britannique, un potentiel « immense », couvrant l’aéronautique, l’énergie et la construction.

Les chiffres rapportés par le FT traduisent une montée en puissance rapide : trois acquisitions réalisées aux États-Unis en 2025, pour une valeur d’entreprise combinée d’environ 1 milliard d’euros. Florent Ménégaux annonce au quotidien londonien vouloir maintenir au moins un tel rythme d’acquisitions chaque année, à l’échelle mondiale.

La division composites a réalisé 1,3 milliard d’euros de ventes en 2025 — 1,7 milliard en intégrant les opérations les plus récentes —, avec une marge opérationnelle de 15 %. C’est le segment le plus rentable du groupe, à comparer à ses 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires total, en recul de 4,4 % sur l’année, essentiellement sous l’effet d’un marché américain du pneu camion déprimé.

Ce que l’Auvergne doit retenir

Pour le lecteur auvergnat d’Acteur Éco, cinq enseignements se dégagent de ce moment éditorial. Premièrement, Clermont-Ferrand conserve son statut de quartier général mondial et de cerveau technologique du groupe : la décentralisation industrielle n’est pas une délocalisation du pouvoir. Deuxièmement, la France demeure la première base manufacturière européenne de Michelin, avec la moitié des trente usines du groupe sur le continent.

Troisièmement, le binôme Ladoux-Cataroux incarne désormais le futur industriel du bassin : R&D extrême d’un côté, reconversion de friches en hub d’innovation de l’autre.

Quatrièmement, les propos tenus au Financial Times invitent l’écosystème régional — collectivités, fournisseurs, laboratoires académiques, écoles d’ingénieurs — à se positionner comme relais naturel de cette montée en gamme : composites polymères, matériaux avancés, mobilité de demain. Enfin, cinquièmement, la vigilance sociale reste un impératif. La mue technologique n’efface pas les inquiétudes des salariés ; elle les déplace.

La phrase de Florent Ménégaux publiée par le quotidien britannique — l’excellence ou la disparition — dépasse largement le cas Michelin.
Elle formule, pour l’ensemble de l’industrie auvergnate, la seule question qui compte vraiment aujourd’hui : quelle valeur ajoutée produire depuis l’Auvergne que le reste du monde ne pourra répliquer ailleurs ?
La réponse ne se décrète pas à Londres. Elle s’écrit ici.



🔗 Sources

  • Financial Times, interview de Florent Ménégaux (19 avril 2026) : https://www.ft.com/content/004d464e-bcf9-4b82-a994-45e21f216663
  • Site corporate du groupe Michelin : https://www.michelin.com

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frederic.coureau

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