« On m’a souvent demandé pourquoi je n’ai pas créé Le PIC à Paris.
Ma réponse est simple : je crois que les plus belles transformations se construisent là où on ne les attend pas. » La phrase de Tristan Colombet donne le ton dès l’introduction. Le PIC n’est pas une exception provinciale : c’est une démonstration.
Et elle se joue à Clermont-Ferrand, où l’entrepreneur a décidé d’ancrer durablement un projet qui assume l’ambition des métropoles tout en capitalisant sur les forces locales.
Le PIC change d’échelle, Clermont change de cadre
Le projet concentre et organise ce que la ville a de plus robuste : une culture industrielle, une énergie entrepreneuriale et une qualité de vie précieuse.
Budget total : 64 M€. À l’ouverture visée en janvier 2026, l’ensemble réunira coworking, coliving, food court et événements dans une logique de plateforme, « l’un des plus vastes en Europe » selon la présentation du projet.
À cinq mois de l’ouverture, le site revendique déjà environ 45 % de remplissage côté bureaux, avec des profils très variés, des toutes petites structures jusqu’aux grandes entités. La démonstration se mesure aussi aux volumes opérationnels : 51 salles de réunion de 2 à 84 places, 97 studios de coliving de 20 à 30 m², un food court de 8 kiosques ouvert de 6 h 30 à 1 h, des services de room service accessibles depuis les bureaux, salles et studios, et une fréquentation cible d’environ 2 500 passages par jour lorsque le site tournera à plein régime.
Le projet n’empile pas des mètres carrés : il scénarise des usages et fabrique des rencontres utiles.
Pourquoi Clermont et pas Paris ? La réponse par l’usage
Tristan Colombet l’assume : « À Clermont, on trouve tout : une culture industrielle, une énergie entrepreneuriale, une qualité de vie précieuse. C’est ici que j’ai décidé d’agir. » Cette conviction n’est pas une posture identitaire.
Elle rebat les cartes très concrètement : accessibilité par tram et bus, trois parkings totalisant plus de 500 places pour les occupants réguliers, un parking visiteurs dédié, un stationnement vélo et deux-roues directement dans le bâtiment.
L’ensemble s’inscrit dans une enceinte sécurisée, sous vidéoprotection, avec près de 500 caméras intérieures et extérieures prévues ; l’accès aux zones entreprises repose sur un contrôle d’accès de dernière génération et des équipes de sécurité 24/7, jusqu’à des maîtres-chiens la nuit.
L’idée est simple : rendre l’hypercentre accessible et serein pour des usages professionnels intensifs.
Cette approche naît aussi d’une lecture lucide de l’après-Covid. « Le Covid a été un accélérateur brutal. […] Depuis, on ne cherche plus un simple bureau. On cherche un cadre de travail qui respecte nos rythmes, qui favorise les rencontres, qui donne du sens à nos journées. C’est exactement ce que nous construisons avec Le PIC », dit-il.
De l’ergonomie des espaces à la continuité des services, l’objectif est d’aligner les usages plutôt que de les juxtaposer.

De Turing 22 au PIC : l’expérience qui scale
L’autre preuve par Clermont, c’est l’itération. Avant Le PIC, il y a eu Turing 22, 4 700 m² de coworking ouverts en 2019. Le lieu a servi de laboratoire vivant pendant des années : capter les retours, corriger, amplifier.
Là où Turing 22 a expérimenté, le nouveau site industrialise. Les abonnements sont sans bail ni caution, avec une promesse de flexibilité totale ; chaque abonnement inclut 70 € de crédits mensuels pour les salles, de la petite salle à 10 € la demi-heure jusqu’aux capacités plus importantes ; les bureaux sont meublés, mais chacun peut apporter son matériel si l’activité l’exige.
Sur le chantier, la mécanique est calée : jusqu’à 250 personnes par jour mobilisées, cloisonnements achevés sur de larges zones, et une séquence de pré-réceptions en cours pour permettre l’aménagement progressif des studios et de certains plateaux.
Quand Turing 22 avait signé ses premières réservations trois mois avant l’ouverture, Le PIC a pris de l’avance.
Les visites de chantier et les mises à disposition anticipées ont permis aux futurs occupants de se projeter plus tôt. Le signal est clair : Clermont sait tenir la cadence des grands projets quand ils sont pensés pour l’usage.
Le PIC au quotidien : un « tout-compris pro »
Au-delà des chiffres, l’intérêt est d’abord pratique. Le food court ouvert à tous, sept jours sur sept, 365 jours par an, de 6 h 30 à 1 h, permettra de déjeuner, de prendre un café tôt ou de prolonger une réunion.
Pas de réservation imposée : bornes d’accueil, kiosques, ou web app via QR code, au choix ; pour absorber les pics, une file d’attente virtuelle limitera l’attente des visiteurs extérieurs et garantira l’accès prioritaire des usagers du site et des voisins.
Depuis une salle de réunion, un bureau ou un studio, les équipes pourront commander en direct grâce à un room service intégré. Côté coliving, 97 studios de 20 et 30 m² seront proposés dans un cadre strictement professionnel, réservé aux majeurs : usage à la nuit, à la semaine ou au mois, avec un mode « daily use » à l’étude si des disponibilités le permettent. Ils ne seront pas mis en ligne sur les plateformes hôtelières : l’objectif est de servir les entreprises, leurs équipes, leurs clients et partenaires. Le calendrier de réservation s’ouvre dès septembre. Les règles de vie suivent la même logique : pas d’animaux de compagnie, hors chiens guides.
Les principes sont simples parce qu’ils sont clairs. Les crédits de salles inclus incitent à planifier sans friction. La flexibilité contractuelle retire un irritant majeur des baux classiques. Et l’ensemble des services fait de ce lieu un centre de gravité professionnel où l’on vient autant pour travailler que pour tisser des liens.
L’enjeu n’est pas d’en faire un totem spectaculaire, mais un outil rentable pour les entreprises présentes et celles de passage.

Tristan Colombet, trajectoire et boussole
Pour comprendre la cohérence de l’ensemble, il faut revenir au parcours du fondateur. Autodidacte de l’informatique, Tristan Colombet crée prizee.com dès 1999, leader européen du casual gaming à son pic d’activité, avant de le céder en 2012 et de lancer Efficiency, un fonds d’investissement destiné à soutenir des start-up.
Avec DomRaider à partir de 2013, il explore d’abord le « drop catching » des noms de domaine expirés, puis amorce un virage blockchain en 2017 via une ICO pionnière en France. En 2019, il fonde Turing 22 à Clermont-Ferrand, qui deviendra le plus grand espace de coworking d’Auvergne.
Le PIC prolonge ce fil rouge : bâtir des infrastructures utiles, ouvertes et opérées avec une logique d’usages. C’est ce qui explique, déjà, la diversité des acteurs qui s’y projettent ou s’y installent : Digital League, l’ASM Omnisports, le Centre Jean-Perrin, des cabinets de services, des structures de santé, des accélérateurs — et le Village by CA qui a annoncé sa bascule depuis Turing 22.
Les deux sites, complémentaires par leur localisation et leur caractère, donneront accès l’un à l’autre pour les espaces nomades : un réseau, plutôt qu’une adresse.
Et après ? Un modèle exportable ?
Quand l’outil sera pleinement lancé, la question ne sera pas de savoir si Le PIC peut « écraser » Turing 22, mais comment les deux sites amplifieront l’écosystème.
L’ambition n’est pas de multiplier des clones à la chaîne.
Elle est d’installer à Clermont-Ferrand une référence crédible, capable d’inspirer ailleurs sans renier ce qui fait sa force ici : une gestion serrée des usages, une promesse de flexibilité tenue et une culture de la preuve.
Le PIC, la preuve par Clermont — et un appel à faire grandir les projets là où ils ont le plus de sens.