Où se crée la valeur technologique aujourd’hui ? La dernière édition de Trend’Up, organisée par Bpifrance Le Hub avec le Hub Institute, dresse une cartographie en cinq ruptures – IA, industries créatives, robotique, quantique, souveraineté – qui parle directement aux dirigeants auvergnats.
« L’intelligence artificielle n’est plus un outil : elle redéfinit l’ensemble des modèles, du business à l’industrie. » La phrase, signée Emmanuel Vivier, Co-Founder et Principal Analyst du Hub Institute, a ouvert la dernière édition de Trend’Up.
Pour les dirigeants qui scrutent les Tendances Tech 2026-2027, la question centrale n’est plus celle des outils mais celle de la valeur : où se crée-t-elle aujourd’hui, et comment un territoire comme l’Auvergne peut-il s’y positionner ?
Cinq lignes de force structurent désormais la décision stratégique : l’IA comme infrastructure, les industries créatives augmentées, la robotique recentrée sur l’intelligence embarquée, le quantique à anticiper, et la souveraineté technologique qui redessine les priorités d’investissement.
Cinq ruptures qui croisent directement les forces de l’écosystème auvergnat et rhônalpin.
L’intelligence artificielle, nouvelle infrastructure des modèles économiques
L’analyse d’Emmanuel Vivier s’articule autour de quatre repenser. Repenser le business dans un monde VUCA façonné par l’IA. Repenser la création de contenus, où la machine devient co-auteure.
Repenser le travail avec l’arrivée des IA agentiques, capables d’exécuter des tâches complexes en autonomie. Repenser, enfin, l’industrie et la mobilité avec l’irruption de l’IA physique, embarquée dans les machines, les véhicules et les chaînes de production.
L’IA cesse d’être une brique optionnelle pour devenir une infrastructure comparable à l’électricité ou à internet. En Auvergne-Rhône-Alpes, cette mutation rencontre un socle déjà solide : plus de 100 000 emplois dans l’industrie du numérique, la présence d’IBM, Capgemini, Atos et Orange, et un maillage de pôles et clusters dédiés au logiciel, aux systèmes et aux micro-nanotechnologies.
La French Tech Clermont Auvergne illustre cette diffusion en accompagnant des startups positionnées sur la santé, la mobilité, l’énergie ou le tourisme.
Pour les dirigeants régionaux, l’arbitrage ne porte plus sur le « quand » déployer l’IA mais sur le « comment » l’intégrer comme infrastructure transversale.

Industries culturelles et créatives : l’IA partenaire de création
Le mouvement n’épargne aucun secteur. Dans les industries culturelles et créatives, jusqu’à 20 % des images de certaines productions audiovisuelles sont désormais générées par intelligence artificielle. Le constat, dressé lors de Trend’Up notamment aux côtés d’Elodie Polo Ackermann, Productrice, Directrice générale et Fondatrice d’Imagissime (Mediawan), inscrit l’IA dans une nouvelle grammaire créative.
À Clermont-Ferrand, Lyon ou Grenoble, des projets émergent
Le sujet n’est pas que parisien. France 2030 a lancé un appel à projets dédié à l’appropriation de l’IA par les industries culturelles et créatives.
À Clermont-Ferrand, Lyon ou Grenoble, des projets émergent à l’intersection de l’IA, de l’immersion et du patrimoine. La scène culturelle auvergnate, déjà active sur l’événementiel et l’audiovisuel, croise un écosystème numérique régional capable de fournir des solutions de post-production, de création musicale ou d’expériences augmentées pour le tourisme et le patrimoine.
L’enjeu pour les producteurs et les studios n’est plus défensif mais éditorial : la machine génère, mais le récit, la direction artistique et l’identité culturelle restent des choix humains.
Robotique : la bataille se déplace vers le « cerveau » des machines
Sur la robotique, Trend’Up a identifié un basculement majeur. Le centre de gravité de la valeur ne se situe plus dans la mécanique mais dans l’intelligence embarquée, autrement dit le « cerveau » du robot. Quatre fondations nourrissent ce nouveau modèle : la recherche scientifique, la supply chain industrielle, l’accès aux capitaux et la volonté politique.
Quatre piliers où l’Europe et la France ont des cartes à jouer face aux écosystèmes asiatiques et nord-américains.
Auvergne-Rhône-Alpes peut s’appuyer sur un socle industriel rare
Auvergne-Rhône-Alpes peut s’appuyer sur un socle industriel rare : machines, équipements, électronique, optique, tirés par l’aéronautique, la défense et l’automobile. La région concentre plusieurs pôles de compétitivité – CIMES pour l’industrie du futur, Minalogic pour l’électronique et le logiciel embarqué, CARA pour la mobilité, Tenerrdis pour l’énergie – qui soutiennent des projets associant robots, IA et capteurs avancés.
Dans le Puy-de-Dôme, Addup à Cébazat illustre l’industrialisation d’une technologie de fabrication additive 3D où la valeur réside autant dans le pilotage logiciel que dans la machine. Côté Isère, Savoie et Haute-Savoie, des entreprises d’industrie 4.0 déploient des robots collaboratifs et des lignes de production intelligentes accompagnées par le Campus Industrie du Futur.
Les usages, eux, sortent des seules usines : santé, logistique, retail et domicile constituent les quatre territoires où les robots entrent désormais dans nos vies.
Quantique : anticiper la rupture avant la maturité
Sur le quantique, le diagnostic est plus prospectif mais tout aussi structurant. « Le quantique n’est pas encore mature, mais c’est une révolution qu’il faut anticiper dès aujourd’hui. » Fanny Bouton, Head of Quantum & Innovation chez OVHcloud, a résumé en une phrase la position française.
La maturité industrielle viendra, mais les choix d’architecture, de souveraineté des données et de formation se posent avant qu’elle n’arrive.
Pour les territoires, l’enjeu n’est pas seulement la recherche fondamentale, mais la préparation des cas d’usage : cryptographie, optimisation logistique, simulation matériaux, santé. Auvergne-Rhône-Alpes s’inscrit dans cette anticipation via son écosystème de recherche – universités, grands organismes – et ses liens avec les stratégies nationales France 2030.
Les filières régionales – aéronautique, matériaux, santé, défense – peuvent ainsi s’approprier dès maintenant les briques logicielles et les algorithmes qui exploiteront demain les capacités quantiques.
Une posture d’éveil plutôt que d’investissement immédiat, mais une posture stratégique pour ne pas subir la rupture lorsqu’elle viendra.
Souveraineté et Greentech : où les Tendances Tech 2026-2027 deviennent territoriales
Pour repérer les futurs champions de la tech, Trend’Up s’est appuyé sur le Top 100 européen identifié par Viva Technology. Les startups référencées affichent une croissance annuelle de 40 %, couvrent 28 secteurs et se concentrent sur trois pays moteurs : la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Cette concentration confirme l’émergence d’un triangle européen de la deeptech, dans lequel s’inscrit la dynamique d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Le sujet rejoint celui de la souveraineté. Nicolas Berdou, Directeur d’Investissement du Fonds Innovation Défense et de Definvest au sein du Pôle Deeptech Venture de Bpifrance, illustre ce repositionnement : la défense et la souveraineté redessinent désormais les priorités technologiques européennes.
Selon la Banque de France, l’activité industrielle d’Auvergne-Rhône-Alpes est aujourd’hui tirée par les produits informatiques, électroniques et optiques, par les machines et équipements, avec un rôle clé des secteurs de la défense et de l’aéronautique.
Sur le terrain auvergnat, la valeur se crée également dans la Greentech. SABI AGRI, basée à Saint-Beauzire dans le Puy-de-Dôme, conçoit des tracteurs électriques pour une agriculture plus sobre, en combinant mécatronique, électronique de puissance et services numériques.
À Riom, dans le même département, une entreprise développe un procédé enzymatique pour accélérer la biodégradation des plastiques d’origine végétale.
Plus à l’est, dans la Loire, LACTIPS à Saint-Jean-Bonnefonds produit un polymère naturel biodégradable.
Trois exemples qui montrent que la valeur technologique se concentre désormais dans les briques critiques – capteurs, logiciels, algorithmes, matériaux, batteries – qui combinent compétitivité économique et enjeux de souveraineté.
Aux côtés de ces lectures, Olivia Hervy, Chief Ecosystem Officer chez Vivatech, Valentin Schmite, Co-fondateur et Directeur général d’Ask Mona, et Stéphane Bohbot, Fondateur et CEO d’Innov8, ont complété la grille proposée par Bpifrance Le Hub.
Trois horizons, une même exigence pour l’Auvergne
Pour les décideurs auvergnats qui consulteront les Tendances Tech 2026-2027, l’enjeu n’est plus de choisir entre IA, robotique, quantique, IA créative ou souveraineté.
Il est d’arbitrer entre des temporalités différentes : déploiement immédiat pour l’IA et l’IA créative, structuration industrielle pour la robotique et la Greentech, veille active pour le quantique.
De Cébazat à Saint-Beauzire, de Riom à Saint-Jean-Bonnefonds, l’Auvergne et Auvergne-Rhône-Alpes disposent déjà de pépites qui transforment ces grandes tendances en emplois, en investissements et en savoir-faire.
Trois horizons, une même exigence : repenser l’innovation non plus en silos, mais en arbitrages clairs.