« La disparition de la forge de Commentry serait une perte irréparable pour l’industrie française et européenne. » Mercredi matin, à l’Assemblée nationale, cette phrase résonne comme un avertissement.
François Ruffin interpelle le ministre de l’Industrie sur l’avenir du site Erasteel de Commentry, dans l’Allier. Derrière la question écrite, un enjeu bien plus large : celui de la souveraineté industrielle française, à l’heure où les métaux stratégiques deviennent le nerf de la guerre économique et géopolitique.
Erasteel Commentry, un fleuron industriel au cœur de la souveraineté industrielle française
À Commentry, l’industrie n’est pas une abstraction. Depuis 1846, la ville vit au rythme de ses forges, devenues au fil du temps une aciérie de pointe spécialisée dans les aciers rapides et le recyclage de métaux stratégiques.
Le site Erasteel, héritier de cette longue histoire sidérurgique, traite aujourd’hui des matériaux critiques comme le cobalt, le nickel, le molybdène, le vanadium ou le tungstène. Des métaux essentiels aux filières de la défense, de l’aéronautique et de l’énergie, classés comme critiques par l’Union européenne.
Ce savoir-faire n’est pas seulement industriel, il est aussi environnemental. Selon un rapport établi par les représentants des salariés, l’empreinte carbone des alliages recyclés à Commentry serait « 10 à 20 fois inférieure à celle des alliages issus de l’extraction minière ».
Un argument de poids à l’heure où la transition écologique est devenue un impératif stratégique pour l’industrie européenne.
Erasteel Commentry face aux choix des fonds d’investissement
Depuis le rachat d’Erasteel par le fonds d’investissement Syntagma Capital, le climat s’est assombri. Réduction des effectifs, délocalisation de certaines productions, recentrage stratégique sur la métallurgie des poudres : autant de décisions qui fragilisent l’avenir du site de Commentry et de ses 240 emplois hautement qualifiés.
Le débat dépasse largement le cas d’Erasteel. « Il y a fonds d’investissement et fonds d’investissement », résument plusieurs élus et acteurs locaux. Certains accompagnent le tissu industriel sur le long terme, d’autres cherchent avant tout à décupler leur mise, quitte à sacrifier des outils productifs.
En France et en Europe, trop d’industries ont déjà disparu sous l’effet de stratégies financières qualifiées de prédatrices. Commentry pourrait rejoindre cette liste, malgré son caractère stratégique.

Une interpellation de l’État sur l’avenir d’Erasteel Commentry
Dans sa question écrite, François Ruffin interpelle directement le ministre de l’Industrie Sébastien Martin. Il demande quelles actions concrètes le Gouvernement a engagées pour identifier et accompagner un repreneur capable de préserver les activités de recyclage de métaux stratégiques à Commentry.
Et, plus largement, quelles mesures l’État envisage pour garantir la souveraineté industrielle française dans ce domaine et sécuriser les emplois.
La question n’est pas théorique. L’histoire industrielle de Commentry, intégrée pendant des décennies au groupe Eramet, montre qu’un adossement industriel solide peut permettre de conjuguer performance économique et ancrage territorial.
À l’inverse, l’absence de recherche active de repreneur pour certaines activités abandonnées alimente aujourd’hui la colère et l’inquiétude des salariés.
Commentry, symbole d’un choix industriel pour la France
À Commentry, les mobilisations ont déjà rassemblé plusieurs milliers de personnes. Au-delà des banderoles, c’est une question de cap qui se pose : que veut faire la France de ses outils industriels stratégiques ? Peut-elle se permettre de perdre un site unique en Europe, alors même qu’elle affiche des ambitions de réindustrialisation et de transition écologique ?
Sauver Erasteel Commentry, ce n’est pas seulement préserver des emplois dans l’Allier. C’est affirmer que la souveraineté industrielle française ne se résume pas à des discours, mais qu’elle se construit par des choix concrets, notamment face aux logiques financières de court terme.
À Commentry, l’histoire industrielle n’est pas encore terminée. Elle dépend désormais des décisions politiques et industrielles à venir.