2,84 millions de nuitées, en baisse de 3 %. À première lecture, le chiffre peut inquiéter. Dans un territoire où le tourisme constitue un levier économique structurant, chaque variation est scrutée. Pourtant, le tourisme Livradois-Forez ne raconte pas une histoire de recul. Il raconte une forme de résistance.
Car derrière cette baisse, une réalité s’impose : elle reste plus faible que celle observée à l’échelle régionale et nationale, avec une saison estivale quasiment stable. Le constat est là, mais il est immédiatement nuancé. Et c’est dans cet écart que se joue l’essentiel : le Livradois-Forez ralentit, sans décrocher.
Une baisse réelle, mais contenue dans un contexte plus large
En 2025, le territoire enregistre donc 2,84 millions de nuitées sur les quatre communautés de communes couvertes par la Maison du Tourisme. Une légère érosion, partagée par la clientèle française, qui représente à elle seule 2,46 millions de nuitées.
La clientèle étrangère, plus volatile, recule davantage. Elle totalise 438 000 nuitées, confirmant une fragilité plus marquée sur ces marchés.
Pris isolément, ces chiffres pourraient laisser penser à un essoufflement. Mais replacés dans leur environnement, ils traduisent surtout une capacité à amortir le choc. Là où d’autres destinations décrochent plus nettement, le Livradois-Forez tient sa ligne.
Un poids économique qui reste solide
C’est sans doute là que se joue le véritable indicateur. Malgré la baisse de fréquentation, le tourisme Livradois-Forez continue de générer 94 millions d’euros de retombées économiques.
Le secteur représente 670 emplois salariés, soit 7 % du PIB local, et s’appuie sur un tissu dense de plus de 1 100 entreprises touristiques. Une entreprise sur cent habitants, un maillage rare à cette échelle.
Autrement dit, la machine économique ne se grippe pas. Elle absorbe la baisse sans remise en cause structurelle.
Ce décalage entre fréquentation et impact économique dit beaucoup du modèle local : ici, le tourisme ne repose pas uniquement sur le volume, mais sur un ancrage territorial plus diffus.
Un territoire structuré qui amortit les variations
Cette résistance s’explique aussi par la géographie du tourisme local. Le Livradois-Forez ne fonctionne pas comme une destination concentrée. Il repose sur plusieurs pôles, avec Thiers et Ambert en figures centrales.
Les flux sont mobiles. Les visiteurs circulent, consomment et explorent différents sites au cours de leur séjour. Une logique de diffusion plutôt que de concentration.
Ainsi, une part significative des visiteurs qui séjournent sur le territoire passe par Thiers dans la journée, confirmant le rôle structurant de la ville dans l’écosystème touristique.
Ce fonctionnement limite les effets de saturation… mais aussi les chutes brutales. Le territoire encaisse mieux parce qu’il est moins dépendant d’un seul point d’attraction.

Des professionnels qui restent confiants
Autre indicateur clé, souvent plus révélateur que les chiffres bruts : le ressenti des acteurs. Et sur ce point, le signal est net.
82 % des prestataires se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leur activité. Un niveau en progression, et surtout supérieur à la moyenne régionale.
Cette perception terrain vient nuancer les données de fréquentation. Elle traduit une activité qui reste jugée positive, malgré les tensions.
Pour autant, les fragilités sont bien identifiées. Les visiteurs pointent « les nombreux commerces et restaurants fermés », « le manque d’activités en mi-saison » ou encore des marges de progression sur la qualité des espaces publics.
Des signaux faibles, mais structurants pour la suite.
Une évolution assumée vers un tourisme plus expérientiel
Face à ces constats, le territoire ne subit pas. Il ajuste sa trajectoire.
Le tourisme Livradois-Forez s’oriente vers des offres plus immersives, plus durables, plus proches des attentes actuelles. Séjours sans voiture, expériences de pleine nature, valorisation des savoir-faire locaux : le positionnement se précise.
Avec 2 500 kilomètres de sentiers balisés et près de 2 800 kilomètres d’itinéraires VTT, le territoire dispose d’atouts solides pour accompagner cette évolution.
Dans le même temps, la stratégie de visibilité se renforce. Le site internet enregistre une progression significative de sa fréquentation, les réseaux sociaux poursuivent leur croissance, et les outils numériques de réservation se développent.
Une modernisation progressive, sans rupture avec l’identité du territoire.
Une résilience qui interroge les modèles touristiques
Le tourisme Livradois-Forez n’affiche pas une croissance spectaculaire. Mais il montre autre chose : une capacité à absorber les variations sans déséquilibrer son économie.
Avec près de 3 millions de nuitées à l’échelle intercommunale et une part significative de la fréquentation du Puy-de-Dôme, le territoire reste un acteur discret mais solide.
Dans un contexte où de nombreuses destinations cherchent encore leur équilibre, cette stabilité relative n’a rien d’anodin.
Moins exposé, moins saturé, plus diffus… le Livradois-Forez ne fait peut-être pas mieux que résister. Il dessine, à bas bruit, les contours d’un modèle touristique capable de durer.