La transition énergétique ne se joue plus seulement dans les usines, les gigafactories ou les stratégies industrielles. Elle se joue désormais dans le sous-sol.
C’est l’un des constats centraux posés par La Fabrique de l’industrie, think tank de référence réunissant industriels, partenaires sociaux et experts des politiques productives, dans son étude « La relocalisation minière, l’autre grand défi de la transition énergétique » .
Face à une dépendance devenue critique aux métaux stratégiques, la France a engagé un travail de fond sur la réouverture de projets miniers sur son territoire, au nom d’une souveraineté industrielle et énergétique désormais assumée.
Dans cette dynamique nationale, l’Auvergne et plus largement le Massif central ne font pas figure de territoires périphériques.
Bien au contraire. Identifiés pour leurs capacités géologiques et leur potentiel en métaux critiques, ils se retrouvent aujourd’hui au cœur de plusieurs programmes d’exploration, de recherche et de projets industriels en gestation.
Lithium, géothermie profonde, permis miniers : les signaux convergent. Reste à comprendre ce que recouvre réellement ce retour du sous-sol dans le débat économique régional.
Une relocalisation minière dictée par la dépendance aux métaux critiques
L’étude rappelle un fait souvent sous-estimé dans le débat public : la France a quasiment cessé toute activité minière métallifère entre les années 1990 et 2000.
Les dernières exploitations ont fermé, plaçant l’industrie nationale dans une situation de dépendance structurelle vis-à-vis de puissances minières étrangères. Or la transition énergétique, par nature intensive en métaux, remet brutalement cette dépendance au premier plan.
Lithium pour les batteries, platinoïdes pour les piles à combustible, terres rares pour les éoliennes ou les moteurs électriques : la liste des métaux devenus stratégiques s’allonge à mesure que la décarbonation progresse.
Dans ce contexte, la Commission européenne a fixé un objectif clair à travers le Critical Raw Materials Act : couvrir 10 % de la demande intérieure en matières premières stratégiques par une production européenne à l’horizon 2030. La relocalisation minière devient ainsi un levier industriel autant qu’un enjeu géopolitique.
Allier : le projet EMILI, symbole d’un retour industriel assumé
C’est dans l’Allier que cette stratégie prend aujourd’hui sa forme la plus concrète.
Le projet EMILI, porté par le groupe Imerys sur le gisement de Beauvoir à Échassières, prévoit l’ouverture d’une mine souterraine de lithium et la construction d’installations industrielles de traitement du minerai. L
’investissement annoncé dépasse le milliard d’euros, pour une mise en production envisagée à l’horizon 2030.
Selon les éléments rappelés par l’étude, ce projet pourrait produire plus de 30 000 tonnes par an d’hydroxyde de lithium et contribuer significativement à l’approvisionnement des usines françaises de batteries électriques.
Avec une durée de vie potentielle évaluée jusqu’à cinquante ans, EMILI s’inscrit dans une logique de long terme rarement observée dans l’industrie contemporaine. Il illustre aussi la capacité de l’Auvergne à redevenir un territoire clé de la chaîne industrielle européenne des métaux critiques.

Limagne : géothermie profonde et lithium, un potentiel encore exploratoire
Dans le Puy-de-Dôme, la dynamique est plus diffuse, mais tout aussi stratégique.
Dans le bassin de la Limagne, des programmes de géothermie profonde intègrent explicitement la question de la présence de lithium dans les eaux géothermales.
Ces projets font actuellement l’objet de permis de recherche et de consultations publiques, sans qu’aucune exploitation industrielle ne soit encore arrêtée.
L’étude souligne que ces démarches s’inscrivent dans un mouvement plus large d’actualisation de l’inventaire minier français, piloté par le BRGM avec le soutien de France 2030.
En Auvergne, cette phase exploratoire alimente à la fois l’intérêt économique et les interrogations locales, tant sur les retombées potentielles que sur les impacts environnementaux.
Massif central : un sous-sol ciblé, mais sous fortes contraintes
Au-delà des projets déjà identifiés, le Massif central figure parmi les territoires explicitement ciblés pour la recherche de métaux critiques tels que l’antimoine, le tungstène, l’or ou des substances polymétalliques.
En Haute-Loire et dans le Cantal, aucun projet d’exploitation industrielle n’est aujourd’hui formellement engagé, mais les études géologiques confirment l’intérêt du sous-sol régional.
La relocalisation minière se heurte toutefois à des contraintes lourdes, que l’étude documente sans ambiguïté.
Les délais administratifs sont longs, avec parfois dix à quinze ans entre la découverte d’un indice minier et une exploitation à grande échelle. À cela s’ajoutent une acceptabilité locale fragile, des exigences environnementales renforcées et une équation économique rendue incertaine par la volatilité des cours des métaux.
Relocalisation minière en Auvergne : une opportunité sous conditions
Loin d’un discours triomphaliste, l’étude insiste sur la fragilité de cette dynamique. La relocalisation minière ne pourra réussir qu’à condition de conjuguer investissements de long terme, garanties environnementales solides et dialogue territorial approfondi.
Les pouvoirs publics ont commencé à accompagner ce mouvement, notamment par des dispositifs de soutien financier et une simplification ciblée des procédures pour les projets stratégiques, sans pour autant remettre en cause les exigences environnementales.
En Auvergne, le retour de l’industrie minière pose ainsi une question structurante pour les années à venir. Comment transformer un potentiel géologique en projet industriel accepté, compétitif et durable ?
À l’heure où la souveraineté énergétique devient un impératif politique, la réponse se joue autant dans les choix nationaux que dans la capacité des territoires à se saisir, ou non, de ce nouveau cycle industriel.