Deux producteurs artisanaux de Haute-Loire. Deux concours nationaux. Deux médailles.
En ce début 2026, le Velay confirme que ses savoir-faire ne sont pas seulement une fierté locale — ils sont une référence au niveau national. La distillerie La Vertueuse – Saveurs des Sucs et l’apiculteur Altimiel viennent d’en apporter la preuve éclatante.
Le Velay s’impose sur la scène nationale du goût
Le Salon International de l’Agriculture, chaque année à Paris, ne ressemble à aucun autre rendez-vous professionnel. C’est là que les filières agricoles et agroalimentaires françaises mesurent leur niveau, confrontent leurs produits au regard de jurys exigeants et, pour les lauréats, repartent avec un argument commercial que la concurrence ne peut pas acheter : la médaille du Concours Général Agricole.
Cette année, parmi les lauréats, deux noms issus du Velay. La distillerie artisanale La Vertueuse – Saveurs des Sucs, basée à Yssingeaux, y décroche une médaille d’or pour sa liqueur de verveine. La distinction est d’autant plus significative qu’il s’agit de la deuxième année consécutive : la même référence avait déjà obtenu l’or l’an passé. À quelques semaines de distance, c’est l’apiculteur Altimiel qui est distingué au Concours des Miels de France 2026, avec une médaille pour son miel de fleurs de montagne, lors de la 9ᵉ édition de ce concours organisé par l’Union nationale de l’apiculture française au palais d’Iéna à Paris.
Deux distinctions, deux profils d’entreprises, deux produits différents — mais une même logique de fond : sur le territoire du Velay, une nouvelle génération de producteurs artisanaux confirme que qualité, ancrage territorial et reconnaissance nationale ne sont pas incompatibles. Ce sont même les trois piliers d’un même projet.

La Vertueuse, ou comment réinventer un produit-totem du Velay
Dix ans après sa création, une reconnaissance qui s’installe
La verveine n’appartient pas à La Vertueuse. Elle appartient au Velay, et ce depuis 1859, quand un herboriste savoyard nommé Joseph Rumillet-Charretier, installé au Puy-en-Velay, commence à expérimenter autour des plantes locales pour créer une liqueur digestive. Cent soixante ans plus tard, la verveine du Velay est devenue un emblème gastronomique de la région, au même titre que la lentille verte du Puy AOP, avec ses codes bien établis : macération de longue durée, distillation en alambics de cuivre, vieillissement en fûts de chêne, et une formule à base de plus de 32 plantes dont la composition exacte reste jalousement gardée.
C’est dans cet héritage que La Vertueuse – Saveurs des Sucs a choisi de s’inscrire, en 2016, quand quatre jeunes entrepreneurs d’Yssingeaux décident de créer une distillerie et brasserie artisanale fondée sur la culture et la transformation de plantes et fruits locaux. L’idée n’est pas de concurrencer les grandes marques historiques, mais de proposer une version artisanale, sans arômes artificiels, sans colorants, sans conservateurs — un positionnement qui répond à une demande croissante de produits naturels et traçables.
Dix ans après sa création, le projet est devenu une entreprise à part entière, avec une gamme élargie (liqueurs, sirops, tisanes et, depuis 2021, des bières artisanales brassées sur place), une activité de visite ouverte au public, et désormais un palmarès national qui s’étoffe.
Une médaille d’or qui confirme la trajectoire
La médaille d’or 2026 au Concours Général Agricole pour la liqueur de verveine ne surgit pas de nulle part. En 2024, La Vertueuse avait déjà décroché deux médailles d’or au Concours international de Lyon pour ses bières — La Vertueuse Verveine et L’Innocente, bière blanche. Le Concours Général Agricole est venu confirmer ce que les concours brassicoles avaient déjà signalé : l’entreprise d’Yssingeaux maîtrise son art, et ce sur plusieurs lignes de produits.
Pour une distillerie artisanale, obtenir deux fois de suite l’or sur le même produit au CGA est un signal fort. Les jurys changent chaque année, les dégustations sont à l’aveugle, les exigences restent les mêmes. Deux médailles d’or consécutives, c’est la démonstration d’une régularité de fabrication que les acheteurs professionnels — distributeurs spécialisés, cavistes, épiceries fines, plateformes de vente en ligne — savent lire et valoriser.
C’est aussi un argument territorial. Quand La Vertueuse décroche l’or pour sa liqueur de verveine, c’est tout un imaginaire du Velay qui se retrouve légitimé : les sucs volcaniques, les plantes de montagne, le savoir-faire des herboristes d’antan réinterprété par une génération d’entrepreneurs qui ont choisi de rester sur leur territoire et d’en faire leur matière première.

Altimiel : la promesse d’un miel de montagne reconnu à l’échelle nationale
L’apiculture de altitude, entre contrainte et excellence
Produire du miel en Haute-Loire n’est pas une activité de tout repos. Les hivers sont longs, la saison de butinage plus courte qu’en plaine, et les ruchers implantés en zone d’altitude subissent des conditions climatiques exigeantes. Mais ces contraintes sont aussi ce qui fait la singularité et la qualité des miels de montagne du Velay : une flore variée, des espaces préservés de la pression agricole intensive, des plantes mellifères qui donnent des miels aromatiques et complexes.
C’est dans ce contexte que travaille Altimiel, apiculteur de Haute-Loire spécialisé dans les miels de montagne, dont le miel de fleurs de montagne vient d’être distingué au Concours des Miels de France 2026. La 9ᵉ édition de ce concours, organisée début février à Paris par l’UNAF sous la présidence du chef Michel Troisgros, réunit chaque année quelque 300 jurés pour évaluer plus de 40 variétés de miels issus de toute la France.
Un concours qui compte dans l’univers de l’apiculture française
Le Concours des Miels de France n’est pas un palmarès de façade. L’UNAF, qui le pilote, est la principale organisation de défense des apiculteurs français, et elle a construit ce concours comme un instrument de promotion de la diversité mellifère hexagonale. Les distinctions obtenues sont relayées par les parcs nationaux, les chambres d’agriculture, les médias régionaux et les circuits de distribution spécialisés.
Pour un producteur comme Altimiel, la médaille obtenue pour son miel de fleurs de montagne est bien plus qu’une récompense symbolique. C’est une validation externe, par des experts et des professionnels de la gastronomie, de la qualité d’un produit qui incarne directement son territoire : les paysages d’altitude du Velay, la biodiversité des prairies de montagne, les pratiques apicoles durables qui permettent à ces écosystèmes de fonctionner.
Terroir du Velay : une identité économique qui se construit médaille après médaille
Ces deux distinctions ne sont pas des coïncidences heureuses. Elles s’inscrivent dans une dynamique plus large de reconnaissance et de valorisation des produits du Velay au niveau national.
La Chambre d’agriculture de Haute-Loire et le Comité de promotion des produits agricoles et agroalimentaires ont d’ailleurs réuni, après le Salon de l’Agriculture, les lauréats altiligériens des différents concours nationaux pour mettre en lumière l’ensemble de ces performances. Un signe que l’institution a bien compris l’enjeu : chaque médaille obtenue par un producteur local est un élément de construction d’une “marque territoriale” Velay/Haute-Loire, capable d’attirer l’attention des acheteurs, des touristes et des prescripteurs gastronomiques.
Car le Velay dispose d’atouts structurels que beaucoup de territoires lui envient. La lentille verte du Puy bénéficie d’une AOP qui protège et valorise la production locale depuis 1996. La verveine du Velay est une liqueur connue bien au-delà des frontières régionales. Les paysages de sucs volcaniques, le label UNESCO au Puy-en-Velay, la richesse de la flore de montagne : tout concourt à faire de ce territoire un espace naturellement propice aux productions de qualité.
Ce que La Vertueuse et Altimiel démontrent en 2026, c’est que cet héritage peut se transformer en avantage économique concret, à condition de l’investir avec sérieux et ambition. Maîtriser un savoir-faire, choisir des matières premières locales, refuser les raccourcis industriels — et ensuite aller confronter son travail aux jurys les plus exigeants du pays.
Un modèle pour les producteurs de demain
Ce que ces deux histoires partagent, au-delà des médailles, c’est une certaine idée du projet d’entreprise en territoire rural. Ni l’un ni l’autre n’a cherché à s’industrialiser pour gagner en volume. Tous deux ont fait le pari du qualitatif, de l’artisanal, de l’ancrage local. Et tous deux recueillent aujourd’hui une reconnaissance nationale qui leur ouvre des portes : distribution spécialisée, tourisme gastronomique, circuits d’épiceries fines, présence sur les marchés de niche à forte valeur ajoutée.
C’est peut-être le signal le plus important que ces distinctions envoient aux acteurs économiques du Velay et d’Auvergne plus largement : dans l’agroalimentaire artisanal, le territoire n’est pas un handicap. C’est un avantage compétitif. À condition de le travailler, de l’assumer, et d’aller le défendre là où ça compte.
Deux médailles, un territoire en mouvement
Le Velay brille en 2026, et pas seulement par ses sucs volcaniques. La liqueur de verveine de La Vertueuse décroche son deuxième or consécutif au Concours Général Agricole. Le miel de montagne d’Altimiel entre au palmarès national des miels de France. Deux entreprises, deux produits, un même territoire.
Ces distinctions ne seront pas les dernières. Le tissu de producteurs artisanaux de Haute-Loire est riche, engagé, et de plus en plus conscient de la valeur de ce qu’il produit. Les institutions l’ont compris. Les jurys nationaux aussi. Reste à s’assurer que les circuits de distribution, les prescripteurs et les consommateurs suivent le mouvement.