Les Français n’ont jamais autant surveillé leurs dépenses. Et pourtant, ils refusent de renoncer au plaisir : plus de huit sur dix le jugent désormais « essentiel », même en pleine chasse aux économies.
Dans ce grand écart très révélateur de l’époque, une institution qu’on disait fatiguée retrouve une pertinence inattendue : la foire. À l’approche de Clermont Fèira, du 28 mai au 1er juin 2026 à la Grande Halle d’Auvergne, le rendez-vous coche une case que le commerce en ligne ne remplira jamais — offrir une vraie sortie, riche et partagée, sans faire vaciller le budget.
Le plaisir, cette dépense que les Français ne veulent plus sacrifier
Le décor est connu : pouvoir d’achat sous tension, arbitrages permanents, épargne de précaution qui gonfle. On s’attendrait à ce que le premier poste sacrifié soit celui des loisirs. C’est l’inverse qui se produit.
Selon l’édition 2026 de l’Observatoire Cetelem, présentée en février, le consommateur fait des arbitrages mais ne renonce pas au réconfort. « Plus de 8 Français sur 10 veulent épargner, mais 8 Français sur 10 disent aussi que les achats plaisir sont essentiels », résume Olivier Buffon, directeur du développement international de la marketplace FAIRE, la place du marché qui connecte commerçants indépendants, marques et créateurs.
Derrière l’alimentaire, ce sont les sorties qui arrivent en tête de ces dépenses-plaisir, citées par 36 % des répondants.
Autrement dit, le consommateur de 2026 ne coupe pas dans le plaisir : il le rationalise. Il cherche le maximum d’expérience pour un minimum de dépense. C’est précisément sur ce terrain que la foire a une carte à jouer.
Cinq euros, cinq jours : le pari du plaisir accessible
À Clermont Fèira, ce calcul prend un visage très concret.
L’entrée est fixée à cinq euros en ligne, et trois journées sont carrément gratuites : le jeudi pour les seniors, le dimanche pour les femmes à l’occasion de la fête des mères, le lundi pour tous.
Pour le prix d’un sandwich, une famille s’offre une journée entière de sortie.
Encore faut-il que la promesse de la « bonne affaire » soit tenue. Les organisateurs ne s’en cachent pas, c’était le point faible des éditions passées. « Aujourd’hui, quand on demande aux visiteurs pourquoi ils ne viennent pas, la première réponse, c’est parce qu’il n’y a plus de prix foires et un sentiment de ne plus réaliser l’affaire du siècle », reconnaît Myriam Bernard, directrice de la manifestation.
La réponse pour 2026 est sans détour : « On sait que le pouvoir d’achat est restreint, donc on a poussé nos exposants à proposer des réductions sur leurs produits. »
Le reste relève du plaisir pur. Une guinguette, des concerts — Jérémy Frérot et DJ Bens à l’honneur le samedi soir —, une mini-ferme avec alpagas et dromadaires, un village des sports, une allée de camelots.
De quoi remplir une journée sans jamais ouvrir son application bancaire avec inquiétude.

Les seniors, public stratégique d’une consommation qui change
Il est un public que la Fèira regarde avec une attention particulière, et l’air du temps lui donne raison. Dans son édition 2026, l’Observatoire Cetelem fait des seniors les nouveaux arbitres de la consommation : prudents, très attentifs aux prix, mais toujours désireux de se faire plaisir, ils deviennent un marché central, notamment dans les loisirs.
Or c’est exactement ce public que la foire avait laissé filer. « On avait perdu le public senior l’année dernière, donc on remet l’accent sur la foire », admet Myriam Bernard.
D’où la journée d’ouverture qui leur est offerte, mais aussi un dispositif inhabituel : un bus des montagnes, monté avec le conseil départemental et les communautés de communes, pour faciliter la venue des seniors des zones rurales.
Le pari est habile, car il ne sépare pas les générations : il les réunit. À l’heure où chaque loisir se privatise derrière un écran ou un abonnement individuel, la foire reste l’un des rares endroits où grands-parents, parents et enfants trouvent chacun leur compte sur une seule et même entrée.
Le local, nouvel argument plaisir
Reste un ingrédient devenu central dans le plaisir d’acheter : l’origine. Consommer local n’est plus vécu comme une contrainte militante, mais comme un supplément de sens — savoir d’où vient ce que l’on rapporte, parler à celui qui l’a fabriqué, repartir avec une histoire en plus du produit.
Les 350 exposants attendus à Cournon viennent en majorité d’Auvergne et du Massif Central. Et l’appétit du territoire pour ses propres pépites est documenté. Le salon Origine Auvergne, organisé en novembre dernier et dédié au made in Auvergne, a réuni plus de 30 000 visiteurs. La preuve qu’en Auvergne, le local n’a rien d’un argument de façade : c’est un moteur de fréquentation.
Une économie de l’envie qui ne demande qu’à repartir
Au fond, l’enjeu dépasse une simple édition réussie : la Fèira prend le pouls d’une envie : celle de ressortir, de toucher, de se faire plaisir ensemble.
Et les signaux régionaux sont au vert.
En mars, la Foire de Lyon a réuni 175 000 visiteurs, en hausse d’un point — la démonstration qu’à l’échelle d’Auvergne-Rhône-Alpes, le format physique n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction.
Le 28 mai, la Grande Halle d’Auvergne dira si les Auvergnats ont, eux aussi, envie de s’offrir cette parenthèse.
Au vu de ce que révèlent les études sur le moral des consommateurs, le plaisir partagé n’a sans doute jamais été une valeur aussi sûre. Et la Clermont Fèira a bien l’intention d’être au rendez-vous.
Infos et billetterie : www.clermont-feira.com