Le 17 mai 2026, à Thiers, la coutellerie Fontenille Pataud a remporté la première édition du Jobs Knife Challenge organisée lors du festival Coutellia.
Une victoire technique signée par trois compagnons de l’atelier, qui vient valider la stratégie haut de gamme portée depuis 2018 par le binôme Yann Delarboulas — Cécile Dissay à la tête de cette maison thiernoise quasi centenaire.
Deux heures, trois couteaux, un matériel identique pour toutes les équipes. À ces conditions, trois compagnons de la maison Fontenille Pataud ont remporté la première édition du Jobs Knife Challenge, le 17 mai 2026, lors de la 35e édition du festival Coutellia à Thiers.
Le trio rassemblait le chef d’atelier Jean-Paul Marques et les couteliers Aymeric Duvillaret et Max Meroth.
Le concours, exclusivité de Coutellia, ne laissait aucune place à l’à‑peu‑près : un couteau pliant, deux fixes, à réaliser en deux heures sur un matériel strictement identique pour toutes les équipes. Récompenses à la clé — 1 000 €, 600 € et 300 € pour les trois premières — mais l’enjeu se jouait avant tout sur le terrain symbolique d’un palmarès qui n’existait pas encore.
Une maison reprise en 2018 par Yann Delarboulas et Cécile Dissay
Derrière l’équipe gagnante, une histoire d’entreprise précise. En décembre 2018, Yann Delarboulas reprend la maison Fontenille Pataud après y avoir travaillé six ans comme salarié.
Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de couteliers — la lignée Delarboulas est ancrée dans le métier thiernois —, il prend la direction avec sa compagne Cécile Dissay, qui apporte dix-sept ans d’expérience chez Hermès.
Le duo construit une complémentarité précise. Yann Delarboulas incarne l’ancrage coutelier et le moteur commercial, en contact direct avec les fournisseurs, les clients et l’atelier.
Cécile Dissay y greffe une culture du luxe et de l’excellence — management d’atelier, exigences qualité, codes du haut de gamme — éprouvée auprès de l’une des références mondiales du secteur.
Cette configuration n’a rien d’anodin pour une PME patrimoniale thiernoise. Elle combine ce que cherche aujourd’hui tout repreneur dans un secteur artisanal : un dirigeant issu du métier capable de tenir l’atelier, et un binôme apportant la grammaire commerciale et qualité d’un grand nom du luxe français.

Une stratégie haut de gamme assumée depuis les années 1990
L’entreprise que reprennent les deux dirigeants n’est pas un objet neuf. Spécialisée à partir des années 1920 dans les couverts de table à manches en matières nobles — ébène, corne, ivoire —, Fontenille Pataud a traversé une zone de turbulences avec la généralisation du lave-vaisselle et l’arrivée massive de produits bon marché importés.
Certains de ses modèles sont aujourd’hui conservés au musée de la Coutellerie de Thiers.
Le repositionnement intervient dans les années 1990, sous l’impulsion de Gilles Steinberg : recentrage sur la coutellerie de poche haut de gamme, montée en puissance des modèles Laguiole, puis création de la marque Gilles pour Le Thiers.
Une stratégie de différenciation par le haut, fondée sur la fabrication à Thiers, un fort niveau de finition manuelle et l’usage exclusif de matières nobles.
Les couteaux Le Thiers de la maison bénéficient de la charte de la Jurande et d’un certificat d’authenticité délivré par la confrérie locale « Couteau de Tié », qui garantit une fabrication en zone thiernoise selon un cahier des charges précis.
Depuis 2018, Yann Delarboulas et Cécile Dissay poursuivent cette ligne en l’amplifiant, à l’export comme dans la mise en récit de l’entreprise.
Un trophée signé Grégory Granados, voisin d’atelier
Le trophée remis à Jean-Paul Marques, Aymeric Duvillaret et Max Meroth porte une signature : celle du designer-artiste Grégory Granados, accueilli en résidence par le centre d’art contemporain d’intérêt national Le Creux de l’Enfer, voisin de l’atelier dans la vallée des Usines.
Fontenille Pataud décrit ces trophées comme « de véritables sculptures qui symbolisent parfaitement l’alliance entre tradition, innovation et art ».
Pour une maison qui mise sur la valeur ajoutée artisanale et l’identité thiernoise, le choix n’est pas anecdotique : il associe une victoire technique d’atelier à une signature d’art contemporain produite à quelques rues de l’établi.

Un atelier qui sort renforcé d’une scène professionnelle inédite
Au-delà des trois lauréats, c’est l’atelier dans son ensemble que la maison met en avant. Fontenille Pataud parle d’« une victoire historique pour notre maison et un moment inoubliable pour notre trio de couteliers talentueux ».
Une formulation qui dit l’importance du résultat pour une PME où la signature humaine du geste fait partie intégrante de l’offre commerciale.
Le Jobs Knife Challenge fournit aux maisons premium thiernoises ce que peu de secteurs ont à disposition : une scène professionnelle où la performance des compagnons est mise en lumière devant les pairs et les clients.
Pour Yann Delarboulas et Cécile Dissay, l’inscription au palmarès d’un nouveau marqueur sectoriel vient prolonger, au présent, la stratégie haut de gamme défendue par leur maison depuis trente ans.