Près de 500 professionnels du tourisme se sont retrouvés le jeudi 27 novembre à la Grande Halle d’Auvergne pour la première journée départementale qui leur était dédiée.
Cette mobilisation, portée par le Conseil départemental du Puy-de-Dôme, s’inscrit dans un contexte clair : le tourisme Puy-de-Dôme est devenu un pilier visible de l’économie locale, mais certains de ses fondements, à commencer par le thermalisme, se trouvent aujourd’hui sous pression.
Tourisme Puy-de-Dôme : une activité en croissance, structurée autour des volcans
Le Département rappelle que le tourisme s’appuie sur un socle d’atouts désormais identifiés : les volcans d’Auvergne, le site UNESCO de la Chaîne des Puys – faille de Limagne, les grands sites de visite, les stations de montagne et les villes thermales.
La nouvelle bannière “Puy-de-Dôme – L’Auvergne des volcans” résume ce positionnement, en assumant une identité simple et lisible pour les clientèles françaises et européennes.
À l’échelle régionale, Auvergne-Rhône-Alpes enregistre plus de 60 millions de nuitées en hébergement marchand et se situe parmi les premières régions touristiques françaises. Le Puy-de-Dôme capte une part significative de ces flux, avec des destinations bien identifiées comme le Massif du Sancy, la Chaîne des Puys, Clermont-Ferrand et les stations thermales.
Les chiffres publiés pour le Sancy ou pour les grands sites montrent une fréquentation soutenue, en particulier sur les saisons de printemps et d’été, ce qui conforte l’idée d’un tourisme Puy-de-Dôme de plus en plus “quatre saisons”.
Le Département met en avant la diversité des acteurs réunis à la Grande Halle : hébergeurs, offices de tourisme, gestionnaires de sites, élus, réseaux professionnels.
La participation à cette première journée est présentée comme le reflet de la vitalité, mais aussi des attentes d’un secteur qui pèse lourd dans l’emploi et les retombées économiques.
Une nouvelle stratégie départementale co-construite avec le terrain
Le Conseil départemental insiste sur la méthode. La stratégie touristique départementale a été construite avec la “précieuse contribution” de près de 600 acteurs locaux.
Cette démarche participative est assumée comme un marqueur politique : la collectivité veut se positionner comme un fédérateur, un coordinateur et un amplificateur, plutôt que comme un opérateur isolé.
Cette nouvelle stratégie se traduit dès 2026 par plusieurs actions annoncées. La première, demandée par les partenaires, est le (re)lancement de l’observatoire de l’activité touristique “Puy-de-Dôme Tourisme Observation”.
L’objectif affiché est d’agréger davantage de sources de données et de partenaires, afin de disposer d’indicateurs plus fins sur la fréquentation, les nuitées, les clientèles et les retombées. Pour une filière qui se structure, la donnée devient un outil de pilotage central.
Autre volet, la mise en place d’actions mutualisées sur les marchés français et européens. Le Département dit explicitement vouloir jouer un rôle “d’amplificateur” et éviter les redondances ou concurrences entre les différents échelons territoriaux. La logique est celle d’une lisibilité accrue : une bannière commune, des campagnes coordonnées, des investissements promotionnels mieux ciblés.
Enfin, des événements nouveaux sont annoncés autour de l’UNESCO et de la randonnée. L’idée est de capitaliser sur les “formidables atouts” que représentent les volcans, les paysages et les itinéraires de pleine nature, tout en donnant envie aux habitants de redécouvrir leur propre territoire.
Là encore, le tourisme Puy-de-Dôme est pensé autant comme un levier d’attractivité externe que comme un facteur de cohésion et de fierté interne.
“Puy-de-Dôme – L’Auvergne des volcans” : une marque pour clarifier le message
La nouvelle bannière “Puy-de-Dôme – L’Auvergne des volcans” est l’un des éléments les plus visibles de cette stratégie.
Le Département indique qu’elle a été construite avec les partenaires et fondée sur les retours des visiteurs. Elle vise à “affirmer simplement ce que nous sommes” et à faire rayonner les “multiples pépites et horizons situés autour de nos volcans”.
Ce choix stratégique répond à un constat : pour le grand public, la promesse principale du territoire est bien celle de l’Auvergne des volcans. La marque départementale cherche donc à relier, sous un même récit, l’UNESCO, Vulcania, les sentiers de randonnée, les lacs, les stations de montagne et les villes thermales.
Le tourisme Puy-de-Dôme se présente désormais comme une destination complète, à la croisée de la nature, de la science, du patrimoine et du bien-être.
Cette orientation n’efface pas les différences entre territoires. Elle doit au contraire servir de chapeau commun à des destinations organisées comme le Sancy, Terra Volcana, Clermont Auvergne Volcans ou les bassins thermaux. L’enjeu, pour les professionnels, sera de traduire cette bannière dans des offres concrètes, des produits commercialisables et des messages cohérents sur les marchés ciblés.
Tourisme Puy-de-Dôme et thermalisme : un pilier stratégique fragilisé par le débat national
Au sein de cette architecture, le thermalisme occupe une place particulière. Le Puy-de-Dôme figure parmi les principaux départements thermaux français. En 2023, les stations du Mont-Dore, de Royat-Chamalières, de Châtel-Guyon, de La Bourboule et de Châteauneuf-les-Bains totalisent environ 21 800 cures thermales.
Dans le seul Sancy, La Bourboule et Le Mont-Dore cumulent plus de 200 000 journées de cure, avec une progression sensible par rapport à l’après-Covid.
Ces chiffres traduisent une réalité : le thermalisme ne se limite pas à quelques établissements spécialisés. Il irrigue directement l’hôtellerie, la restauration, le commerce de proximité et l’immobilier touristique. Dans plusieurs villes du département, les saisons de cure structurent une part importante de l’activité économique locale.
C’est précisément ce pilier qui se retrouve aujourd’hui fragilisé par le débat national.
Les propos récents de la ministre de la Santé sur la prise en charge des cures thermales par l’Assurance maladie ont suscité une réaction immédiate de la filière.
Benjamin Monssus, président du groupe thermal Borvo Destinations Thermales, parle d’une “profonde incompréhension” et d’une “plaisanterie malvenue, sarcastique, voire franchement déplacée”.

Il conteste fermement l’idée selon laquelle la prise en charge par l’Assurance maladie reviendrait à “financer une activité économique”. Selon lui, cette formulation “méconnaît totalement la nature sanitaire du thermalisme, ses fondements réglementaires, son encadrement médical strict, ainsi que les données d’efficience et de santé publique disponibles”.
Il rappelle également que le dernier rapport de la Cour des comptes sur le thermalisme s’est appuyé sur des données “inexactes” et “non actualisées”, produisant des analyses jugées infondées par la profession.
Benjamin Monssus souligne par ailleurs que la Haute Autorité de Santé n’a jamais été saisie par le gouvernement ni par le Parlement, alors même que des études de “très grande qualité” ont été produites depuis vingt ans pour démontrer l’efficacité thérapeutique de la médecine thermale.
D’après lui, “la filière n’est pas mise en danger par ses pratiques, ses résultats ou son modèle, mais bien par la diffusion de messages infondés qui alimentent des représentations erronées auprès du public et des décideurs”. Sa question finale – “Le bon sens peut-il reprendre sa place dans le débat public ?” – résume l’état d’esprit d’un secteur qui se sent plus attaqué sur l’image que sur le fond.
Pour le tourisme Puy-de-Dôme, l’enjeu est concret. Une remise en cause durable de la prise en charge des cures thermales ne serait pas seulement un débat technique entre ministères et opérateurs. Elle toucherait le cœur du modèle économique de plusieurs stations du département et, par ricochet, l’équilibre d’un tourisme de montagne et de bien-être qui s’est construit, depuis des décennies, autour de la complémentarité entre cures et séjours.
Un changement d’échelle à consolider, entre stratégie locale et décisions nationales
Au terme de cette première journée départementale, le message porté par le Conseil départemental est clair : une “nouvelle dynamique collective est lancée”, avec la volonté affichée de “réaffirmer” le rôle de fédérateur, de coordonnateur et de valorisation des forces du tourisme. L’ambition est de faire du Puy-de-Dôme “une destination toujours plus accueillante, accessible et attractive”, en s’appuyant sur la nouvelle stratégie, l’observatoire relancé et la bannière “Puy-de-Dôme – L’Auvergne des volcans”.
La solidité de ce changement d’échelle dépendra toutefois de facteurs qui dépassent l’échelon départemental. Les conditions climatiques imposent une adaptation accélérée des territoires de montagne.
Les difficultés de recrutement dans l’hébergement-restauration pèsent sur la capacité à répondre à la demande. Et le thermalisme, pilier historique du tourisme Puy-de-Dôme, reste suspendu aux arbitrages nationaux sur la place de la cure dans le système de santé.
Pour les acteurs locaux, la feuille de route est tracée : mieux mesurer, mieux fédérer, mieux promouvoir. Mais une partie de l’avenir se joue aussi ailleurs, dans la manière dont le thermalisme sera, ou non, reconnu comme un soin à part entière.
C’est à ce niveau que se décidera, pour une bonne partie, la capacité du tourisme Puy-de-Dôme à continuer de changer d’échelle sans voir se déliter l’un de ses fondements les plus anciens.