La promesse d’un grand mouvement de relocalisation industrielle en France, agitée au lendemain des crises successives et des ruptures d’approvisionnement, ressemble aujourd’hui à un mirage.
Le Baromètre de la Souveraineté 2025, réalisé par OpinionWay pour By.O Group et Cubik, est sans appel : plus de 90 % des dirigeants français affirment que la relocalisation n’est pas à l’ordre du jour de leur entreprise. Pis encore : la tendance se renforce d’année en année.
Un constat sans appel
Après un léger frémissement observé chez les grandes entreprises en 2024, le mouvement s’est brutalement interrompu. En 2025, la relocalisation est devenue un sujet marginal, presque tabou.
Les freins sont connus : coûts de production trop élevés, énergie chère et instable, fiscalité jugée dissuasive, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, dépendance à des composants indisponibles en Europe. La relocalisation est perçue comme un « pari à perte », impossible à amortir sans mettre en danger la compétitivité ou l’emploi.
À contre-courant
Les rares entreprises qui se sont engagées dans cette voie parlent d’un parcours du combattant. Certaines y trouvent des avantages stratégiques — meilleure qualité, circuits courts, proximité avec le client — mais au prix d’investissements lourds et d’un retour sur investissement incertain.
Relocaliser, aujourd’hui, c’est choisir le risque : celui de marges réduites, d’équipes difficiles à recruter, et d’une bataille permanente contre la concurrence internationale à bas coûts.
Et pourtant…
La relocalisation n’a pas disparu. Elle change de visage.
Des entreprises comme Lucibel, Atol, Smoby ou SOS Accessoire prouvent qu’il est possible de rapatrier des activités, à condition de repenser les modèles industriels : automatisation, innovation produit, organisation repensée. Les projets qui réussissent sont sélectifs, ciblés sur des filières stratégiques (santé, agroalimentaire, électronique, énergies vertes), et intégrés à des écosystèmes territoriaux capables d’attirer talents et investissements.
En résumé, la relocalisation française ne redeviendra pas un mouvement massif et généralisé. Mais elle continuera d’exister sous une forme plus sélective, plus innovante, et plus territoriale, loin des illusions d’un « tout made in France ».