Réindustrialiser pour verdir en Auvergne-Rhône-Alpes : tel est le pari relevé par onze PME régionales, primées en juillet 2025 pour leurs innovations industrielles majeures. De la navette autonome électrique au bus à hydrogène, en passant par un investissement colossal pour la décarbonation du bâtiment, ces entreprises locales s’affirment comme moteur d’une transformation concrète et engagée.
Un territoire moteur : réindustrialiser pour verdir en Auvergne-Rhône-Alpes
Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas seulement le berceau historique de l’industrie française. Elle est devenue, au fil des crises et des mutations, un laboratoire vivant où les PME inventent des solutions concrètes pour conjuguer compétitivité et transition écologique.
Le 1er juillet 2025, lors du COPIL « Clermont Arverne Industrie », onze entreprises locales ont été distinguées dans le cadre du programme Territoires d’industrie. Plus de deux millions d’euros de subventions leur ont été attribués pour accompagner leurs projets. Mais au-delà de l’aide publique, c’est leur audace et leur engagement qui frappent : chacun de ces acteurs s’attaque à un chantier essentiel pour l’avenir de la région et, plus largement, pour l’industrie française.
La mobilité décarbonée au cœur de la réindustrialisation
À Gannat, l’été 2025 a marqué le lancement du PaléoBus, un minibus autonome et 100 % électrique développé par l’Université Clermont-Auvergne. Reliant la gare au parc Paléopolis, il transporte dix passagers dans un silence quasi total, tout en réduisant l’empreinte carbone des déplacements touristiques. Accessible aux personnes à mobilité réduite, truffé de capteurs et piloté par GPS, ce véhicule expérimental préfigure une mobilité inclusive et durable.
À Clermont-Ferrand, la mobilité verte s’écrit déjà au quotidien. Depuis fin 2024, une flotte de 14 bus à hydrogène circule sur la ligne reliant Pont-du-Château, Lempdes et le centre-ville. Inaugurée en juin 2025, elle transporte près d’une centaine de passagers par véhicule, permettant d’éviter 600 tonnes de CO₂ par an. Ce projet, mené par Keolis et le SMTC avec l’appui de l’ADEME et du programme européen IMAGHYNE, illustre l’ambition de faire de la capitale auvergnate un terrain pilote pour les transports collectifs décarbonés.
Réindustrialiser pour verdir en Auvergne-Rhône-Alpes : l’exemple Rockwool
À Saint-Éloy-les-Mines, Rockwool a choisi d’investir massivement pour réduire l’empreinte carbone de son site de production. Cent millions d’euros sont mobilisés pour électrifier les lignes de fabrication de laine de roche, en remplacement du coke, fortement émetteur de CO₂. L’objectif est clair : réduire de 60 % les émissions du site d’ici 2027.
Avec ses 600 salariés, cette usine est l’un des plus importants employeurs industriels du département. Cet investissement, mené sans subvention directe, fait figure de pionnier et marque un tournant : il démontre que la transition énergétique ne relève plus du discours, mais de choix industriels concrets et engageants.
Structurer une filière hydrogène et batteries
À Lempdes, Green Corp Konnection (GCK) confirme son rôle de catalyseur de la filière hydrogène et batteries. L’entreprise inaugure un site dédié à la production de batteries lithium et au développement de prototypes rétrofit, permettant de convertir des véhicules lourds au tout électrique ou à l’hydrogène. Avec la création d’une société de distribution locale d’hydrogène, GCK participe à structurer un véritable écosystème énergétique régional. À terme, 90 emplois doivent être créés, renforçant l’ancrage territorial de cette filière stratégique.
Ces initiatives locales montrent qu’il est possible de réindustrialiser pour verdir en Auvergne-Rhône-Alpes, en associant innovation et sobriété énergétique.

Des PME discrètes mais décisives
Aux côtés de ces projets phares, les dix autres entreprises primées illustrent la diversité des savoir-faire industriels régionaux. Chaudronnerie, micromécanique, découpe laser ou agroalimentaire : ACC M, Aumélec, Cocont, EMC Laser, ESPY, et d’autres encore, incarnent une industrie de précision, souvent discrète mais essentielle.
Toutes participent à ce même mouvement : investir pour moderniser l’appareil productif, améliorer l’efficacité énergétique et renforcer la souveraineté industrielle française.
Ces PME démontrent qu’il n’y a pas besoin d’être un géant du CAC 40 pour engager la révolution verte. Leur taille moyenne est souvent un atout : agiles, enracinées dans leur territoire, elles savent investir rapidement dans des solutions concrètes et adaptées à leurs marchés.
Des retombées économiques et sociales concrètes
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur la zone Clermont Arverne, 119 projets industriels recensés en 2025 représentent 124 millions d’euros d’investissement et près de 400 emplois directs. À ces emplois industriels s’ajoute un effet d’entraînement sur l’ensemble du tissu local : chaque poste créé dans l’industrie génère en moyenne 1,5 à 2 emplois indirects, dans la logistique, la maintenance, les services ou la distribution.
Le soutien public, via France Relance et le Fonds vert, joue ici un rôle d’accélérateur. Mais sans la volonté des entrepreneurs, rien ne serait possible. Comme le rappelle un élu local, « ce sont les PME qui sont en première ligne de la transformation écologique. Elles prouvent que réindustrialiser pour verdir en Auvergne-Rhône-Alpes est une réalité tangible ».
Une nouvelle fierté industrielle
En valorisant ces onze lauréats, le programme Territoires d’industrie montre que la réindustrialisation ne doit pas être pensée comme un retour en arrière, mais comme une marche vers l’avenir. Il s’agit de reconstruire une base productive locale, non pas en reproduisant les modèles anciens, mais en intégrant pleinement les impératifs climatiques et sociaux.
Les PME d’Auvergne-Rhône-Alpes, souvent invisibles dans les radars nationaux, démontrent qu’elles peuvent être les pionnières d’une double révolution : réindustrialiser et verdir. Elles inventent, à leur échelle, une industrie plus sobre, plus résiliente et ancrée dans son territoire.
Dans une France qui cherche à conjuguer souveraineté économique et urgence climatique, leur exemple ouvre une voie : celle d’une nouvelle fierté industrielle, à la fois locale et universelle.