Un éditorial de Frédéric Coureau
La France ne décroche pas. Elle n’accélère pas non plus. C’est, en creux, le message central que livrent les dernières projections macroéconomiques de la Banque de France pour la période 2025-2028. Une économie qui tient, qui encaisse, mais qui avance sans élan, comme retenue par ses propres contraintes.
À +0,9 % de croissance attendue en 2025, après +1,1 % en 2024, le chiffre n’est pas anodin.
Il dit moins un accident conjoncturel qu’une nouvelle normalité : celle d’une croissance lente mais résistante, installée durablement autour de 1 % par an.
Une économie sous perfusion de secteurs clés
Dans ce paysage atone, un moteur ressort clairement : l’industrie des matériels de transport, et en particulier l’aéronautique.
La Banque de France souligne un phénomène révélateur : un mouvement de restockage en début d’année, en anticipation d’exportations attendues comme très dynamiques au second semestre.
Ce signal est important. Il montre que la croissance française ne repose plus seulement sur la demande intérieure, mais sur des micro-cycles sectoriels fortement connectés aux marchés mondiaux. Autrement dit : ce sont certaines filières industrielles, bien positionnées à l’international, qui maintiennent la tête hors de l’eau.
Un enseignement que les territoires industriels connaissent bien : quand l’écosystème est solide, la résilience suit.
Inflation maîtrisée, mais moteur économique absent
Autre donnée clé : une inflation durablement sous les 2 %, avec un point bas autour de 0,9 % en 2025.
Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Le choc inflationniste est derrière nous. Les prix se stabilisent. Les marges respirent.
Mais cette inflation « sage » n’est pas, en soi, un moteur de croissance. Elle traduit aussi une demande encore fragile, des ménages prudents, des entreprises hésitantes. Le redressement attendu de la consommation et de l’investissement privé à partir de 2026-2027 est plausible… mais conditionnel.
Conditionnel à la confiance. Conditionnel à la visibilité. Conditionnel, surtout, à la trajectoire budgétaire.
Le vrai sujet : la crédibilité collective
Car derrière les chiffres, la Banque de France envoie un message plus politique qu’il n’y paraît.
Oui, l’économie française tient.
Mais elle tient tant que la crédibilité des finances publiques est préservée.
L’incertitude budgétaire, les arbitrages à venir, la capacité à réduire durablement le déficit sans casser l’activité : voilà le nœud du problème. C’est cette équation qui pèsera sur la confiance des ménages comme sur celle des investisseurs.
Dans un contexte européen lui-même prudent, et face à des marchés de plus en plus attentifs à la trajectoire de la dette, la croissance molle n’est pas un bug. C’est le prix d’un équilibre fragile.
Une lecture utile pour les décideurs économiques
Le site de la Banque de France, très institutionnel, parfois aride, remplit ici pleinement son rôle : poser un cadre, expliciter les hypothèses, rappeler que les projections ne sont ni des promesses ni des certitudes.
À charge ensuite, pour les décideurs publics, les chefs d’entreprise, les territoires, de lire entre les lignes.
Car ce que disent ces projections, au fond, est simple : la France n’est pas en crise, mais elle ne s’est pas encore donné les moyens d’un nouvel élan.
La croissance est là.
La question est désormais : à quoi voulons-nous qu’elle serve, et comment voulons-nous la déclencher ?
C’est sans doute le vrai débat économique des années à venir.