Par Gilles Flichy, Président de l’Institut de la Vocation
À l’approche des prochaines élections municipales, un spectre hante nos discussions : celui de la polarisation. Entre la tentation du repli identitaire et l’aspiration à un État protecteur mais lointain, nos cités semblent hésiter. Pourtant, en relisant Alexis de Tocqueville, une troisième voie se dessine.
Elle ne passe pas par les slogans simplistes des extrêmes, mais par une redécouverte de notre puissance locale.
Le piège de l’uniformité et le chant des sirènes
Tocqueville nous avait prévenus : la démocratie porte en elle le risque d’un « despotisme doux ». Ce pouvoir qui, sous prétexte d’égalité, uniformise les pensées et déresponsabilise les citoyens. Les extrémismes d’aujourd’hui ne sont que l’envers de cette médaille ; ils prospèrent sur le sentiment d’impuissance de l’individu isolé.
Face à cela, la tentation est grande de s’en remettre à des solutions radicales qui promettent l’ordre par l’exclusion. Mais la véritable réponse n’est pas dans la force, elle est dans la densité de notre tissu social.
Affirmer sa singularité : un acte de résistance politique
On oublie souvent que la démocratie ne survit que si elle est composée d’individus qui osent être « singuliers ». L’affirmation de soi — non pas comme un repli égoïste, mais comme la revendication de son talent, de son association, de son entreprise, de sa différence — est le premier rempart contre la tyrannie de la majorité.
Dans nos communes, être singulier, c’est refuser de se fondre dans la masse des « administrés » pour redevenir un acteur. C’est l’entrepreneur qui innove, l’artisan qui transmet, le citoyen qui s’engage. Cette diversité des singularités est la richesse immunitaire de la cité face aux idéologies monolithiques.

La coopération : le “Muscle” de la Liberté
Cependant, la singularité sans lien n’est que solitude. Pour Tocqueville, le remède miracle résidait dans l’art de l’association.
Le pouvoir de la cité ne se décrète pas depuis Paris ou Bruxelles ; il se forge dans la coopération économique et associative locale. Pourquoi est-ce crucial aujourd’hui ?
- Contre l’impuissance : En agissant ensemble sur un projet de quartier, une coopérative d’énergie locale ou un club d’entreprises, nous réapprenons que nous avons une prise sur le réel.
- Contre la haine : Dans l’action associative ou économique, on ne collabore pas avec une étiquette politique, mais avec un partenaire. La coopération force au pragmatisme et désarme les préjugés.
Un appel aux “Acteurs de l’Économie”
À l’aube des municipales, ne demandons pas seulement aux candidats ce qu’ils comptent faire pour nous, mais comment ils comptent libérer les énergies de la cité.
L’enjeu est de transformer nos mairies en plateformes de coopération plutôt qu’en guichets de subventions. Il s’agit de favoriser ces « corps intermédiaires » — associations, chambres consulaires, groupements d’employeurs — qui sont les seuls capables de faire écran entre l’individu et les dérives autoritaires.
Redonnons du pouvoir à nos cités, non par la colère, mais par la pratique obstinée de la liberté locale. En cultivant notre singularité et en la mettant au service de projets communs, nous ne faisons pas seulement de l’économie ou du social : nous préservons la démocratie de ses propres démons.
C’est à quoi l’Interclub du Grand Clermont œuvre depuis plus de 30 ans dans le plus grand respect de la singularité et de la coopération libre et fraternelle de ses 30 clubs et associations professionnels.
Ces derniers invitent les candidats à la mairie de Clermont à se mettre humblement et authentiquement à l’écoute de leurs attentes au service du développement et de l’attractivité de la métropole.
Par Gilles Flichy, Président de l’Institut de la Vocation et animateur de l’InterClub économique du grand clermont