La startup Syntetica vient d’installer son pilote industriel de recyclage du nylon au Centre des Matériaux Durables, au sein du Michelin Innovation Park – Cataroux à Clermont-Ferrand.
Une étape concrète qui confirme l’ambition du site : devenir un hub de l’économie circulaire des matériaux.
Une veste de sport multi-matériaux, aujourd’hui condamnée à la benne, pourrait demain redevenir une matière première pour l’industrie automobile. Cette promesse porte un nom : le recyclage du nylon.
Et elle vient de franchir une étape concrète à Clermont-Ferrand, où la startup Syntetica a choisi d’installer son pilote industriel au cœur du Michelin Innovation Park – Cataroux.
Du laboratoire à l’usine : un pilote industriel à Cataroux
Pour Syntetica, l’étape est concrète : son procédé quitte le laboratoire pour l’échelle industrielle. La startup installe son démonstrateur au Centre des Matériaux Durables, l’un des quatre pôles du parc Cataroux, sur le site historique de Michelin.
Dès sa phase initiale, le pilote doit traiter plusieurs tonnes de textiles mélangés riches en nylon, avant une montée en puissance vers des volumes industriels et un projet démonstrateur attendu à partir de 2027.
Ce démonstrateur conforte la vocation du site : faire de Cataroux un lieu où des technologies prometteuses trouvent les conditions concrètes de leur industrialisation.
Le saut est important. On ne parle plus de recherche en laboratoire, mais d’une phase pré-industrielle, avec des volumes réels. Cataroux devient ainsi un lieu où l’on teste et où l’on prépare, pour de bon, l’industrialisation de nouvelles technologies.
Le recyclage du nylon, un verrou technologique stratégique
Pourquoi le recyclage du nylon est-il un tel enjeu ? Parce que ce matériau, sous ses formes Nylon 6 et Nylon 6,6, est partout : dans les textiles techniques du sport et de l’outdoor, dans les pièces et renforts automobiles, dans une multitude d’applications industrielles.
Or il reste aujourd’hui très peu recyclé, surtout lorsqu’il est mélangé à d’autres fibres.
C’est précisément ce gisement inexploité que vise Syntetica. Fondée par Marco Bertone et Louis Monsigny, la deeptech française a mis au point un procédé de dépolymérisation chimique à basse température, capable de casser les liaisons du nylon sans pré-tri et de produire une matière recyclée d’une qualité équivalente au nylon vierge.
Une chimie verte qui a convaincu les investisseurs : la jeune pousse a levé 4,2 millions d’euros en 2024, lors d’un tour mené par le fonds EQT Ventures.

Michelin, chef d’orchestre d’un écosystème industriel
L’intérêt du projet dépasse la seule startup. À travers Cataroux, Michelin met à disposition des infrastructures industrielles, un environnement sécurisé et un accompagnement pour accélérer le passage à l’échelle.
Syntetica y rejoint un écosystème déjà constitué, aux côtés d’entreprises comme Carbios, spécialiste du recyclage enzymatique du PET, ou ResiCare, qui développe des résines sans formaldéhyde.
Le Centre des Matériaux Durables n’est pas une coquille vide. Le site représente déjà quelque 20 000 m² et environ 170 emplois, et son bâtiment RX, inauguré en octobre 2024, a ajouté 6 000 m² portés par une foncière réunissant des acteurs régionaux, du Crédit Agricole Centre France à la Banque des Territoires.
L’objectif affiché : accueillir une vingtaine de projets à impact d’ici 2030.
Pour Jean-Claude Pats, membre du comité exécutif de Michelin et superviseur du Michelin Innovation Park, la logique est assumée. L’arrivée de Syntetica répond à l’ambition de « créer des synergies fortes entre startups, industrie et science pour accélérer la transition écologique ».
Clermont-Ferrand, laboratoire de la réindustrialisation verte
Pour le territoire, l’enjeu est stratégique. Accueillir ce type de pilote, c’est capter des chaînes de valeur émergentes — chimie verte, recyclage textile, plasturgie bas carbone —, créer des emplois industriels qualifiés et renforcer l’attractivité de la métropole pour d’autres deeptechs.
Le Centre des Matériaux Durables prend peu à peu la forme d’un cluster physique de l’économie circulaire.
Le choix de Syntetica est à cet égard parlant. Reimoise d’origine, installée en région parisienne et incubée à l’ESPCI Paris, la startup a retenu Clermont-Ferrand pour sécuriser sa phase industrielle.
Reste à transformer l’essai. Si Syntetica tient ses promesses, Clermont-Ferrand pourrait s’imposer comme un point de jonction entre deux filières en quête de matériaux durables : le textile, sommé de répondre à des exigences croissantes de recyclabilité, et l’automobile, en pleine course à la décarbonation, avec Michelin en pivot naturel.
Le recyclage du nylon ne serait alors plus seulement une prouesse technologique : il deviendrait le marqueur d’un territoire industriel qui se repositionne, méthodiquement, sur les matériaux du futur.