Mardi 17 février 2026, à Olliergues, une automobile électrique s’est avancée sur des rails que l’on croyait condamnés au silence.
Avec la Ferromobile Livradois-Forez, la SICEF a officiellement lancé une expérimentation destinée à redonner vie à la ligne entre Courpière et Vertolaye, aujourd’hui sans service voyageurs.
Derrière la démonstration, une question simple : peut-on rouvrir des petites lignes rurales sans reproduire les coûts du ferroviaire classique ?
Les rails sont restés. Les trains, eux, ont disparu. Dans ce contexte, l’enjeu n’était pas nostalgique. Il était économique et territorial.
Ferromobile Livradois-Forez : un changement radical revendiqué
Présentée comme une « solution innovante », la Ferromobile devait contribuer à la revitalisation d’une ligne du Livradois-Forez aujourd’hui sans voyageurs. L’objectif était clair : transformer une voie dormante en levier de mobilité.
Monsieur Arnaud Montebourg, président de la SICEF et ancien ministre de l’Économie, a porté lui-même la vision du projet. « La Société d’Ingénierie, de Construction et d’Exploitation de la Ferromobile (SICEF) que j’ai co-fondée et que je préside, est une start-up technologique qui apporte un changement radical au transport ferroviaire en milieu rural en créant le transport ferroviaire à la demande 24h/24 et 7j/7. Elle propose un modèle d’exploitation 3 fois moins cher que le TER et des investissements 10 fois moins importants, et rend possible la réouverture de lignes de desserte fine du territoire. »
Il a insisté sur la nature du service : « La Ferromobile est – rappelons-le – un nouveau service public de transport collectif permettant la remise en fonction des petites lignes ferroviaires rurales abandonnées.
C’est une automobile électrique de série transformée en véhicule autonome de transport ferroviaire de voyageurs 24h/24 et 7j/7 sur les lignes désaffectées par la SNCF. »

Un transport ferroviaire à la demande
Au cœur du dispositif, un véhicule électrique dérivé d’un modèle de série, équipé pour circuler sur rail. Mais la promesse va au-delà de l’innovation technique.
« La Ferromobile invente le transport ferroviaire à la demande, à toute heure, avec seulement 5’ d’attente : il n’est plus besoin d’horaires, plus nécessaire d’attendre l’autocar ou le train », a détaillé Arnaud Montebourg. « La Ferromobile est commandée à distance et peut emmener en navettes jusqu’à 1500 passagers par jour dans les deux sens sur demande du passager. »
L’équation avancée repose sur une organisation flexible, adaptée à des flux ruraux irréguliers. Une flotte supervisée, activable à la demande, sur des lignes existantes.
Une équation économique et sécuritaire assumée
Le président de la SICEF a rappelé les comparaisons avancées par le projet : « Le modèle économique de la Ferromobile est 3 fois moins cher en coûts d’exploitation que le TER, 10 fois moins cher en coûts d’investissement sur les infrastructures destinées à accueillir un train (la comparaison de nos structures de coûts ayant été faite par le Ministère des Transports lui-même). »
À l’argument budgétaire s’ajoute celui de la sécurité. « La Ferromobile additionne les systèmes de sécurité issus de l’automobile à ceux venus du système ferroviaire : des ceintures de sécurité et des airbags (qui n’existent pas dans les trains), une gestion d’obstacles grâce aux radars, lidars et caméras équipant les véhicules, un système de freinage qui permet de s’arrêter en urgence sur de très courtes distances si un obstacle survient devant le véhicule. »
Le projet bénéficie par ailleurs d’un soutien public. « Enfin, le projet de Ferromobile porté par la SICEF a obtenu du Plan de Relance gouvernemental après instruction de l’ADEME un soutien à la hauteur de 10M€. »
Un laboratoire territorial dans le Livradois-Forez
La ligne choisie pour l’expérimentation n’a pas été retenue au hasard. « Cet hiver, la SICEF s’apprête à réaliser des essais de circulation sur la ligne de chemin de fer du Livradois-Forez, aujourd’hui sans service de voyageurs. Cette ligne est représentative des défis techniques à relever et permettra d’offrir un service de transport desservant, notamment, les usines présentes le long de son parcours et les besoins de transport des personnels aujourd’hui sans solution autre que la voiture individuelle », a expliqué Arnaud Montebourg.
À Olliergues, il était entouré de Jean-Benoît Girodet, président du Syndicat Mixte Ferroviaire du Livradois-Forez, et d’Arnaud Provenchère, vice-président du syndicat et maire d’Olliergues.
Ce dernier a rappelé les attentes locales : « Il est essentiel de la revitaliser, notamment pour rejoindre Ambert, car il y a de réels besoins pour les habitants. » Et d’ajouter : « Il va falloir bien présenter cette innovation à la population afin d’éviter les incompréhensions car elle pourrait avoir des conséquences positives pour le tourisme ou le transport de professionnels d’industrie par exemple. »
Ferromobile Livradois-Forez : au-delà de la démonstration
La séquence d’Olliergues n’était pas qu’une présentation technique. Elle a marqué le lancement d’essais destinés à évaluer la faisabilité opérationnelle du modèle sur une ligne rurale réelle.
La Ferromobile Livradois-Forez ne prétend pas remplacer les trains régionaux sur les axes structurants. Elle propose un outil complémentaire, calibré pour des territoires où l’offre ferroviaire traditionnelle n’est plus soutenable économiquement.
Reste désormais à vérifier si l’expérimentation tiendra ses promesses. Si tel est le cas, la ligne entre Courpière et Vertolaye pourrait devenir un cas d’école. Et, peut-être, le point de départ d’une nouvelle lecture des petites lignes ferroviaires françaises.