Abreuvé d’écrans, désormais bousculé par l’irruption de l’intelligence artificielle dans son quotidien, le consommateur français redécouvre la valeur des rencontres en chair et en os.
Au point même de redonner du souffle à certains événements physiques, dont la fréquentation progresse à nouveau après des années compliquées.
Alors que s’annonce la deuxième édition de Clermont Fèira, du 28 mai au 1er juin 2026, on a voulu savoir si cette tendance était également constatée par les organisateurs de la manifestation, digne héritière de la Foire de Clermont-Cournon — ce rendez-vous incontournable qui a longtemps rythmé la rentrée de générations d’Auvergnats.
Une France surconnectée qui aspire à autre chose
Le paradoxe a quelque chose de saisissant. Jamais les Français n’ont passé autant de temps en ligne. Jamais ils n’ont autant exprimé le besoin de s’en éloigner, ne serait-ce que quelques heures.
Le Baromètre du lien social en France, publié en avril 2025, a livré un constat sévère : 71 % des Français jugent désormais le lien social dégradé, les écrans étant explicitement pointés parmi les principales causes d’isolement et de division. 58 % déclarent même avoir tenté une « détox numérique » au cours des douze derniers mois.
L’irruption massive de l’intelligence artificielle dans la vie quotidienne n’a fait qu’accentuer ce sentiment. Le rapport à la machine s’est densifié — au travail comme à la maison —, et avec lui, une aspiration inverse qui devient mesurable : retrouver de l’humain, du tangible, du sensoriel.
Sentir qu’on parle à quelqu’un, pas à un algorithme ; serrer une main, pas cliquer sur un bouton.
Un signal peut-être encore faible, mais persistant dans les enquêtes, et qui commence même à se traduire concrètement dans les comportements.
Ainsi, le baromètre de la CCI Paris confirme que la fréquentation des salons, foires et congrès est de nouveau en hausse, certains indicateurs dépassant même les niveaux de 2019.
À l’heure où l’IA rédige des mails, sélectionne des produits et filtre nos interactions, l’envie revient de regarder un vendeur dans les yeux, de discuter, de toucher les produits, de prendre le temps.

Clermont Fèira : l’héritage de la foire comme pari assumé
Du côté de Clermont Fèira, dont la deuxième édition se tiendra du 28 mai au 1er juin 2026 à la Grande Halle d’Auvergne, le constat est sans ambiguïté. Les organisateurs confirment observer ce mouvement de fond et y voient un signal à prendre au sérieux.
La foire, version 2026, assume ce qu’elle est : un grand marché populaire où l’on vient pour faire des affaires et passer un moment convivial.
Internet a tout dématérialisé, mais il n’a pas remplacé ce moment où l’on regarde une démonstration, où l’on goûte un produit du terroir, où l’on ramène une « bonne affaire » dont on parlera en famille.
Toutefois, le consommateur de 2026 n’est pas seulement nostalgique des plaisirs des années 90 : il aspire aussi à des expériences plus responsables, plus transparentes, plus locales — à la fois plaisir immédiat et sens donné à sa consommation.
« C’est justement pour répondre à ces nouvelles attentes que la formule de cette édition a été enrichie, à l’issue d’une consultation conduite auprès des exposants et nourrie d’enquêtes menées auprès des publics — visiteurs comme non-visiteurs — pour comprendre ce qui faisait, ou ne faisait plus, qu’on se déplaçait sur ce type de rendez-vous », affirme Mathilde Broucke, cheffe de projets chez GL events, en charge de l’organisation de Clermont Fèira.
Loin d’être un format figé, la foire se réinvente, à condition d’assumer pleinement ce qu’elle est : un lieu où l’on vient pour faire des affaires, mais aussi pour rencontrer, regarder, toucher, goûter, négocier — et se distraire.
Pour beaucoup, c’est une Madeleine de Proust : Clermont Fèira revendique cet héritage en le remettant au goût du jour.
« Ce qu’attendent les Français en 2025 ressemble fortement à ce qu’une foire sait offrir depuis toujours : du lien, de la convivialité, des produits qu’on touche, des affaires qu’on négocie, un bon moment passé en famille. Le mot d’ordre de l’édition 2026 l’affiche sans détour : “Place aux affaires et à la convivialité”.
Les visiteurs ne se déplacent pas seulement pour rechercher une bonne offre, mais également pour vivre un moment : discuter, comparer, toucher les produits, tout ce que le e-commerce n’offre pas », poursuit-elle.

Revenir aux vraies bonnes affaires
Les organisateurs ont opéré un tri rigoureux parmi les exposants : exit les modèles peu transparents sur les prix, qui avaient fini par éroder la confiance du public ; place à des professionnels engagés sur la qualité et la juste valeur.
Pour l’édition 2026, Clermont Fèira s’organise autour de cinq villages thématiques.
Le Village Habitat & Jardin rassemble artisans et professionnels de la rénovation, de la décoration, de l’aménagement paysager et des énergies renouvelables — de quoi inspirer celles et ceux qui projettent un chantier ou un réaménagement dans l’année.
Le Village Automobiles & Véhicules de loisirs met en scène les nouvelles mobilités, des voitures aux camping-cars en passant par les vélos, trottinettes et solutions partagées, du neuf à l’occasion !
Le Village Shopping & Artisanat met à l’honneur des commerçants, mais aussi créateurs et artisans locaux, dans une logique de pièces uniques et de coups de cœur. Cette année, la foire fait aussi revivre l’âme de ses origines avec une Allée des Camelots où tradition, spectacle et commerce se rencontrent.
Sur cet espace vivant et animé, une vingtaine de démonstrateurs contemporains côtoient une exposition inédite dédiée à l’épopée des camelots, figures emblématiques des foires depuis plus d’un siècle.
L’espace accueillera également la 1ère édition clermontoise du marché de la mode vintage, où vêtements, accessoires, objets déco ou encore vinyles seront proposés par des exposants passionnés.
Le Village Tourisme, Sport & Loisirs réunit prestataires de services, agences, hébergements insolites et équipementiers pour préparer l’été à portée de main, en discutant directement avec les acteurs du territoire.
Le Village Gourmand, enfin, fait converger producteurs, chefs et artisans du goût autour de dégustations et de démonstrations culinaires.
Produits du terroir, spécialités régionales et créations gastronomiques : au sein de ce marché géant, chaque exposant partage son amour du goût et de la qualité.Côté convivialité : une journée qui ne ressemble pas à un panier d’achat en ligne.

Une guinguette, des bars, des food trucks, des restaurants, de la cuisine inventive et des produits du terroir. Des nocturnes, des concerts (Jérémy Frérot et DJ Bens à l’honneur le samedi soir !), des bandas,des DJ sets, des ateliers culinaires, des ateliers DIY un espace bien-être, une mini ferme pédagogique, un village des sports et des expositions variéestissent un programme d’animations pensé pour intéresser tous les publics : familles, seniors, jeunes actifs…

Un baromètre du moral territorial
Replacée dans son contexte économique, l’initiative dépasse le strict cadre de l’événementiel.
À l’heure où les enseignes physiques se réinventent en lieux d’expérience et où une fraction croissante des Français cherche à reprendre la main sur son temps d’écran, une foire réussie agit comme un baromètre.
Elle dit quelque chose du moral d’un territoire, de sa capacité à faire travailler ses artisans, à mettre en visibilité ses producteurs, à fédérer un grand public au-delà des clivages générationnels.
Ainsi, le retour des foires n’a rien d’un phénomène nostalgique. Il signe, au contraire, l’émergence d’une demande nouvelle : celle d’une économie où les agoras, anciennes ou modernes, retrouvent toute leur place.
Où l’on vient autant pour ce qu’on achète que pour ce qu’on vit.