Cinq millions de bouteilles par jour, désormais toutes fabriquées en plastique recyclé. Depuis le début de l’année 2026, la Société des Eaux de Volvic a basculé l’intégralité de sa production sur du PET de seconde vie. Avec l’appui financier de l’ADEME, l’embouteilleur conjugue désormais deux leviers : la généralisation du PET recyclé sur l’ensemble de ses lignes, et la mise en chantier d’une chaudière biomasse destinée à sortir le site de sa dépendance au gaz. « Nous avançons concrètement pour décarboner notre site tout en renforçant sa performance », résume Emmanuel Gérardin, directeur de la Société des Eaux de Volvic.
Pour la marque auvergnate, parfois contestée ces dernières années sur sa consommation d’eau comme sur son empreinte plastique, l’enjeu est double : démontrer la matérialité de sa décarbonation, et sécuriser un outil industriel qui emploie près de mille personnes au pied de la chaîne des Puys.
Neuf ans pour transformer l’outil industriel
L’histoire ne s’écrit pas d’un trait. À partir de 2016, Volvic introduit progressivement le rPET dans son process.
Les premiers granulés bruns apparaissent à côté des granulés blancs de PET vierge, dans un mélange qui évolue par paliers successifs. La matière recyclée n’a pas la régularité du plastique vierge, elle peut contenir des particules indésirables, et les souffleuses doivent apprendre à travailler avec elle.

Pour accompagner cette montée en puissance, le site investit dans un silo dédié au rPET et dans des systèmes de détection capables de repérer les impuretés résiduelles.
La transformation aura nécessité 1,9 million d’euros d’investissements, dont 547 000 euros apportés par l’ADEME. « En parallèle, nous avons travaillé sur la diminution du poids des bouteilles », ajoute Emmanuel Gérardin, qui chiffre à environ 15 % la baisse du plastique utilisé par rapport à 2018.
Ces réglages cumulés permettent une réduction de 60 % de l’empreinte carbone du site — un effet de levier massif pour une usine qui produit chaque jour cinq millions de bouteilles d’eau minérale et aromatisée.
La bascule rPET dans la stratégie 3R de Danone
Au-delà du site lui-même, le passage au rPET intégral s’inscrit dans la trajectoire globale du groupe Danone, structurée autour de la stratégie 3R — réduire, réutiliser, recycler. Le PET recyclé affiche une empreinte carbone inférieure d’environ 60 % à celle du PET vierge, ce qui transforme directement la matière première en levier de décarbonation pour la marque.
La généralisation reste cependant partielle : le bouchon et l’étiquette ne sont pas encore intégrés à la boucle du recyclé. Et la dépendance à la filière de collecte demeure un point de vigilance. « Evian et Volvic sont en 100 % rPet », confirme Cathy Le Hec, patronne de la division eaux du groupe, qui regrette publiquement le niveau insuffisant de collecte et de tri en France et milite pour une consigne sur le modèle allemand.
Au-delà du discours environnemental, l’argument se déplace vers la souveraineté industrielle : utiliser du rPET, c’est aussi réduire l’exposition de la chaîne d’approvisionnement aux importations de plastique vierge.

Une chaudière biomasse pour boucler la trajectoire
Le rPET n’est qu’un des deux chantiers annoncés conjointement fin avril 2026. L’équipement, d’une puissance de 2,4 MW, prendra en charge plus des trois quarts des besoins en vapeur de l’usine. Son combustible viendra essentiellement des forêts environnantes — plaquettes prélevées dans un rayon de 100 km, complétées par du broyat de palettes en fin de vie pour le quart restant. À la clé : 3 900 tonnes de CO₂ d’origine fossile évitées chaque année.
L’investissement, lauréat du programme France 2030, atteint 5,5 millions d’euros, dont 1,6 million d’euros de soutien de l’ADEME.
Pour Emmanuel Gérardin, ces deux chantiers menés de front constituent « deux étapes majeures dans sa trajectoire de décarbonation » pour le site. L’effet combiné est documenté : entre 2023 et 2027, l’usine vise plus de 60 % de réduction des émissions de carbone.
Le mouvement n’est pas isolé. Depuis 2017, la consommation énergétique de l’embouteilleur a déjà reculé de 26 %, et le site est alimenté à 100 % en électricité renouvelable depuis 2024.
Côté logistique, 30 % des produits quittent désormais l’usine par le rail — une empreinte carbone dix fois inférieure au transport routier sur le territoire français.

Un signal industriel pour le bassin auvergnat
La visite du PDG de l’ADEME, Sylvain Waserman, sur le site de Volvic le 29 avril 2026 a servi de caisse de résonance à cette double annonce. « Sortir de la dépendance aux fossiles, c’est sortir de la vulnérabilité », a résumé Sylvain Waserman lors de sa visite, dans un contexte de tensions énergétiques internationales que le dirigeant relie directement à la pertinence économique de ce type d’investissement industriel.
Son agence, dotée de 2,8 milliards d’euros en 2026, accompagne ce type de chantier en région avec un argument qui parle aux directions industrielles. L’Usine Nouvelle
Pour le bassin auvergnat, l’enseignement est concret. Volvic figure parmi les vitrines industrielles du Puy-de-Dôme, et son passage au rPET intégral envoie un signal aux autres sites de production de la région : la circularité matière n’est plus un horizon lointain, mais une réalité de process, dès lors qu’on accepte d’investir sur neuf ans.
« Le fruit d’un travail de long terme », souligne Emmanuel Gérardin, qui met l’accent sur l’engagement quotidien des collaborateurs mobilisés autour de la transformation du site.
La trajectoire reste exposée à ses propres limites — la pression sur la ressource en eau, autorisée à 2,4 milliards de litres par an pour le seul site, demeure le point de friction le plus visible.
Mais sur le volet plastique, l’embouteilleur auvergnat a fait basculer une norme : à Volvic, le plastique recyclé est désormais la matière première par défaut.