Jusqu’à 1 500 postes supprimés en France d’ici 2029 : l’annonce, tombée ce jeudi 28 mai, replace le plan social Michelin et son fief clermontois au cœur de l’actualité économique régionale.
Le groupe au Bibendum, qui emploie encore 17 000 salariés dans l’Hexagone, met en avant des départs volontaires et écarte tout licenciement sec.
Mais à peine dix-huit mois après l’annonce des fermetures de Vannes et Cholet, les quatre syndicats représentatifs dénoncent d’une même voix un pilotage des effectifs jugé instable. Et dans la capitale auvergnate, siège et premier pôle tertiaire du groupe, le souvenir des plans précédents nourrit une inquiétude tenace.
1 500 postes sans PSE : le plan social qui ne dit pas son nom
Présenté le 28 mai aux représentants du personnel, le dispositif prévoit jusqu’à 1 500 suppressions de postes, soit près de 9 % de l’effectif français, étalées entre 2027 et 2029. Deux tiers concerneraient les fonctions tertiaires, un tiers l’industrie — sachant qu’en France, la moitié des salariés du groupe travaille déjà dans le tertiaire.
Le tout sur la seule base du volontariat, insiste la direction, et sans plan de sauvegarde de l’emploi.
C’est précisément ce point qui cristallise. Plutôt qu’un PSE, cadre légal du licenciement collectif, Michelin entend procéder par un accord de gestion des emplois et des ruptures conventionnelles collectives annuelles.
Une mécanique de départs échelonnés que les syndicats lisent comme une façon d’éviter le débat plus contraignant d’un véritable plan social.
La direction du groupe invoque la compétitivité. Dans un environnement qu’elle qualifie d’« instable » et marqué par des « crises récurrentes », elle pointe une concurrence internationale accrue et des coûts de production français « liés au travail, à l’énergie et à la fiscalité », après un chiffre d’affaires en repli de plus de 5 % au premier trimestre 2026.
« Nous ne ciblons pas un site industriel ou une fonction particulière », assure Nicolas Mallet, directeur des relations sociales de Michelin France, qui promet mobilité, reconversion et formation vers des « métiers d’avenir ».
Clermont-Ferrand, fief historique en première ligne
Reste que l’arithmétique parle d’elle-même. Cœur historique du groupe, Clermont-Ferrand abrite le siège, le centre de recherche et le principal pôle de fonctions tertiaires en France. Quand un plan cible majoritairement le tertiaire, la capitale auvergnate se retrouve mécaniquement exposée, même si la direction n’a pas encore détaillé la répartition site par site.
Le passé éclaire le présent. Le plan de 2 300 suppressions lancé en 2021 visait déjà 1 100 postes tertiaires, dont la moitié à Clermont-Ferrand.
Et la décrue n’a jamais vraiment cessé : la CFE-CGC a recensé plus de 90 postes de collaborateurs et cadres supprimés dans les services clermontois depuis début 2025, quand un CSE local évoquait à l’automne 75 suppressions supplémentaires sur deux ans.
En 2016 déjà, la fermeture de l’atelier de rechapage de La Combaude avait coûté près de 500 emplois dans le Puy-de-Dôme.
Rien, à ce stade, ne permet d’affirmer que Clermont sera, en volume, le site le plus touché. Mais au regard de sa structure d’emplois et de cet historique, le bassin clermontois apparaît, une fois de plus, en première ligne de ce plan social Michelin.
Quatre syndicats, une même alerte
Fait notable, les quatre organisations représentatives convergent dans leurs analyses. La CFDT pointe “un pilotage contestable” : en 2025, le groupe a annoncé près de 290 embauches à Clermont-Ferrand quand environ 400 salariés restaient en mobilité interne, parfois sans perspective claire.
La CGT met en garde contre la pression pesant sur les salariés dont le poste est menacé sans qu’ils souhaitent partir, et contre la désorganisation des ateliers comme des fonctions support. Quant à la CFE-CGC, elle a fait part de son « incompréhension ».
Car c’est là le nœud du débat. Au moment où il annonce 1 500 suppressions, le groupe poursuit un programme stratégique de rachat d’actions de deux milliards d’euros. Pour Michelin, l’opération relève d’une allocation classique du capital : en réduisant le nombre de titres en circulation, le groupe soutient mécaniquement son bénéfice par action et envoie aux marchés un signal de confiance sur sa rentabilité future.
Une stratégie financière qui passe mal côté salariés : l’intersyndicale y voit « une priorité donnée aux actionnaires » et réclame un partage plus direct de la valeur, jusqu’à cent actions pour chaque salarié français. Une équation difficile à tenir face au discours sur les coûts.
L’enjeu dépasse l’entreprise.
Moteur d’emplois qualifiés en recherche et en fonctions centrales, Michelin reste un pilier de l’économie auvergnate, ce qui rend le territoire d’autant plus sensible à ses arbitrages.
Les restructurations successives relancent, à chaque annonce, le débat local sur la dépendance à un seul groupe et sur l’urgence de diversifier le tissu industriel et tertiaire régional.
Reste désormais la phase de négociation, autour de l’accord de gestion des emplois, qui dira l’ampleur réelle du choc pour le territoire.
D’ici là, le nouveau plan social Michelin laisse la capitale auvergnate dans une position d’un bassin suspendu aux décisions d’une multinationale dont il a, pour partie, façonné l’histoire.