Le débat pourrait sembler technique, presque réservé aux ingénieurs. Pourtant, il concerne directement la qualité de l’air que nous respirons.
À Genève, un groupe d’experts réuni sous l’égide de l’ONU doit décider quelle méthode servira à mesurer les particules issues de l’usure des pneus.
Ce choix, déterminant pour la future norme Euro 7, engage l’avenir de tout un secteur industriel. Michelin, fort de vingt ans de recherche, défend une position sans ambiguïté : seule une mesure en conditions réelles permettra de protéger à la fois la santé publique et la compétitivité européenne.
Mesurer les particules : route contre laboratoire
Deux méthodes s’opposent. La première, soutenue par Michelin, consiste à tester les pneus sur route ouverte, en conditions de roulage réel, sur des milliers de kilomètres et avec des charges variées. La seconde repose sur un test en laboratoire, dit « sur volant », qui simule artificiellement le contact pneu-bitume.
Or, selon Michelin, ces mesures en chambre fermée manquent de représentativité et peuvent diverger de près de 30 % par rapport à la réalité.
Le risque est clair : afficher une conformité en laboratoire alors que, sur la route, les pneus continuent d’émettre davantage de particules fines.
Euro 7 pneu : une question de crédibilité
Avec Euro 7 pneu, l’Union européenne veut franchir un cap. Pour la première fois, la réglementation intégrera des seuils d’émissions liés à l’usure des pneus.
Mais une norme n’a de valeur que si elle repose sur des mesures fiables. Un protocole trop permissif créerait l’illusion d’un progrès sans impact réel sur la pollution.
Pour Michelin, au contraire, la crédibilité passe par la rigueur scientifique et par un protocole fidèle aux usages réels des automobilistes.
Vingt ans de recherche au service de la réduction des particules
Le manufacturier clermontois met en avant ses résultats. Entre 2015 et 2020, ses pneus ont permis d’éviter près de 100 000 tonnes de particules fines, soit une baisse de 5 %.
Une étude indépendante menée en 2025 par l’ADAC souligne que ses produits émettent en moyenne 26 % de particules en moins que ceux de la concurrence premium.
Pour aller plus loin, Michelin a développé la méthode SAMPLE, qui capte et analyse directement les particules au plus près des pneus lors de roulages prolongés. Cette technologie, complémentaire de la norme, apporte une connaissance approfondie de la composition et de la biodégradabilité des particules.
Quand les particules deviennent un enjeu géopolitique
Loin d’être un simple sujet technique, la question des particules est aussi un enjeu de souveraineté. Une méthode trop laxiste ouvrirait la porte aux importations de pneus à bas coûts, souvent produits sans les mêmes standards environnementaux.
À l’inverse, un protocole exigeant valoriserait les industriels européens qui investissent dans l’innovation et protégerait le marché de pratiques de dumping. La bataille des particules est donc aussi une bataille économique.
Santé publique et confiance des citoyens
Invisible à l’œil nu, la pollution particulaire a des effets bien réels sur la santé. Pour Michelin, seule la transparence des méthodes de mesure peut instaurer la confiance.
Une norme crédible doit être comprise et acceptée par les citoyens, mais aussi par les pouvoirs publics chargés de la faire appliquer.
En plaçant la route au cœur des protocoles, l’Europe peut éviter le piège d’une réglementation théorique déconnectée des usages.
Transformer l’industrie par la contrainte
Si Euro 7 impose des tests en conditions réelles, l’ensemble de la filière sera contraint de revoir ses process : formulation des mélanges, conception des sculptures, validation en amont et contrôle qualité.
Ces évolutions sont coûteuses, mais elles déplacent la concurrence vers la performance durable plutôt que vers le seul critère du prix.
Pour Michelin, qui a bâti sa réputation sur l’innovation, cette exigence peut devenir un avantage compétitif.