L’activité industrielle dépasse sa moyenne de long terme pour le huitième mois consécutif. En ce début 2026, le diagnostic de la Banque de France en Auvergne-Rhône-Alpes surprend par sa solidité. Et pourtant, la croissance régionale reste autour de 1 %. L’Auvergne industrielle tient bon. Mais elle avance à petits pas.
Ce contraste, entre résistance sectorielle et croissance molle, dessine un paysage économique ni euphorique ni sinistré. Un entre-deux où les entreprises auvergnates doivent arbitrer, investir… ou temporiser.
Industrie : au-dessus de sa moyenne, malgré une année « un petit peu terne »
Selon l’enquête de conjoncture publiée en janvier 2026, « l’activité économique se renforce en janvier dans les trois secteurs, industrie, services marchands et bâtiment, à un rythme supérieur aux anticipations exprimées le mois dernier ». L’industrie, elle, « dépasse la moyenne de long terme pour le huitième mois consécutif », tirée notamment par les produits informatiques-électroniques-optiques, les machines et équipements, ainsi que « les secteurs de la défense et de l’aérospatiale ».
Pourtant, le décor reste mesuré. Kathie Werquin-Wattebled, directrice régionale de la Banque de France, le reconnaît : « On a une année 2025 qui est un petit peu terne. » La croissance régionale s’est établie autour de 1 % en 2025 et les prévisions pour 2026 gravitent au même niveau. « Mais il ne faut pas se satisfaire de cette petite croissance », prévient-elle.
Le point de fragilité identifié est clair : « En 2025, on a eu une chute d’environ 20 % de l’investissement dans l’industrie. » Or, rappelle-t-elle, « l’investissement dans l’industrie, c’est six fois l’investissement dans la construction et entre deux et trois fois le volume dans les services marchands. Donc c’est vraiment stratégique. »
Défense, aéro, équipements : la colonne vertébrale industrielle
Si l’Auvergne industrielle tient, elle le doit en partie à la dynamique défense-aéronautique et aux biens d’équipement. À l’échelle régionale, Auvergne-Rhône-Alpes compte plus de 730 entreprises de défense, 25 000 salariés et 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en aérodéfense. La Région a annoncé un fonds d’investissement de 100 millions d’euros dédié à l’industrie de la défense, accompagné d’un renforcement des dispositifs de soutien à l’innovation.
Dans les bassins auvergnats – Clermont-Ferrand, Issoire, Thiers, Brioude, Montluçon – la mécanique, la sous-traitance aéronautique, les équipements industriels et l’électronique constituent des maillons essentiels de cette chaîne.
L’effet est visible dans les enquêtes : machines et équipements figurent parmi les principaux moteurs industriels. Pour les sous-traitants, les carnets restent globalement solides. Mais cette solidité s’accompagne de tensions sur les recrutements qualifiés, d’arbitrages sur la robotisation ou le numérique, et d’une pression persistante sur les marges.
L’industrie avance, mais elle investit moins. Et c’est là que se joue l’année 2026.
Services : la discrète bonne nouvelle
Dans ce paysage contrasté, les services marchands affichent une dynamique plus soutenue que la moyenne nationale. Transport routier, informatique, ingénierie et services aux entreprises bénéficient du redémarrage industriel et des besoins de modernisation.
Les chefs d’entreprise interrogés par la Banque de France expriment une baisse relative de l’incertitude. Kathie Werquin-Wattebled souligne que « la bonne nouvelle, ce sont les chefs d’entreprise qui nous la donnent. (…) Quand on fait la synthèse, on a plutôt des prévisions de hausse dans l’industrie, dans les services marchands et un peu moins dans le bâtiment. »
Pour les TPE-PME positionnées sur l’IT, la logistique ou l’ingénierie industrielle, la reprise des commandes se traduit par des opportunités concrètes. La croissance n’est pas spectaculaire, mais elle est diffuse.
Bâtiment : la zone de fragilité
Le bâtiment, en revanche, ralentit. En janvier, l’activité marque le pas, freinée par la météo et un certain attentisme. Les carnets se resserrent et les perspectives pour 2026 restent prudentes.
Les PME de la promotion-construction et des matériaux naviguent dans un environnement incertain, malgré quelques poches de résilience liées à la rénovation ou à certains projets publics. L’emploi régional résiste encore, porté notamment par le tertiaire non marchand, mais la construction ne joue plus son rôle d’accélérateur.
Dans ce contexte, l’Auvergne industrielle apparaît comme un amortisseur partiel. Elle compense, sans entraîner l’ensemble de l’économie.
2026 : l’investissement comme ligne de partage
« J’ai l’impression qu’aujourd’hui ce qui tient, c’est l’entreprise. C’est vraiment le maillon fort », observe Kathie Werquin-Wattebled. Elle insiste aussi sur « une base solide, une économie extrêmement diversifiée » et des entreprises « plutôt bien capitalisées », dans un environnement bancaire prêt à financer les projets jugés solides.
Mais la question reste entière : les entreprises relanceront-elles massivement l’investissement après la chute de 2025 ? C’est là que se joue le rythme de 2026.
L’Auvergne industrielle tient bon. Elle bénéficie d’une défense dynamique, d’une mécanique robuste et de services en appui. Mais à 1 % de croissance, la marge d’erreur est faible. « Il faut y croire. C’est vraiment le message de ce début d’année », conclut la directrice régionale de la Banque de France.
Reste à savoir si la confiance suffira à transformer la résistance en véritable accélération.