« Les enjeux de la construction sont au cœur des territoires. » À quelques mois des municipales, Julien Grenier, vice-président de la Fédération française du bâtiment du Puy-de-Dôme (FFB63), pose le débat sans détour.
À Clermont-Ferrand, Cournon, Thiers ou Riom, les professionnels du bâtiment vont à la rencontre des candidats déclarés. Objectif : replacer le bâtiment en Auvergne au centre des décisions locales.
Dans les studios de RCF Auvergne, aux côtés de Mathieu Moriou, secrétaire général, il répond aux questions de Stéphane Marcelot, Coordinateur de la rédaction chez RCF RADIO.
Le constat est chiffré. Et préoccupant.
« 2 000 logements commencés, moins 34 % »
Julien Grenier ne cherche pas à minimiser la situation : « Les chiffres sur les 12 derniers mois sont plutôt en recul. On a 2 000 logements commencés sur 12 mois et on est à moins 34 % sur l’objectif annuel. » La chute est « marquée sur le logement collectif et l’individuel également ».
Le signal est d’autant plus fort que le logement structure toute la chaîne économique locale : entreprises artisanales, PME, sous-traitants, bureaux d’études.
Quelques éclaircies apparaissent néanmoins. « On a des perspectives rassurantes sur les autorisations qui repartent à la hausse, sur les autorisations de logement collectif notamment. » Les permis redémarrent. Reste à transformer l’intention en chantier.
« Un chef d’entreprise a besoin de vision »
Pour Mathieu Moriou, le ralentissement tient autant à l’économie qu’à la psychologie des acteurs. « Un chef d’entreprise est avant tout une personne et il a besoin de visibilité. Il a besoin de vision. »
Il poursuit : « Cette perte de vision, naturellement, ça rend frileux le chef d’entreprise dans l’investissement, ça rend frileux le décideur, qu’il soit public ou privé. »
Les ménages ne sont pas épargnés. « Quand on ne sait pas à quoi on peut prétendre, on attend et quand on attend, on ne décide pas. » Aides à la rénovation, dispositifs fiscaux, soutien à l’accession : l’incertitude gèle les projets immobiliers.
Dans ce contexte, le bâtiment en Auvergne avance au ralenti.
« Le logement n’est pas une contrainte, c’est une solution »
À l’approche des municipales, la FFB63 veut bousculer une idée reçue : construire créerait des problèmes aux élus locaux.
Julien Grenier répond frontalement : « Le logement et l’acte de construire n’est pas une problématique, au contraire c’est une solution au problème. »
Il insiste : « Construire du logement, c’est répondre à une des problématiques concernées par les élus locaux. Le logement, c’est une solution et pas une contrainte. »
Vieillissement de la population, accueil de nouveaux habitants, dynamisme économique : pour la fédération, la construction est un levier, pas un fardeau.
« Il faut être locomotive, il ne faut pas être wagon »
La question du pouvoir local est centrale. Certains élus invoquent les compétences intercommunales pour relativiser leur marge d’action. Mathieu Moriou ne partage pas cette lecture : « Construire, c’est une décision. L’élu local, le maire, a le pouvoir de l’impulser. Il a le pouvoir de décider. »
Même dans un cadre intercommunal, « le maire participe à la rédaction des programmes locaux d’urbanisme ». Le message est clair : « Il faut être locomotive, il ne faut pas être wagon. »
Le bâtiment en Auvergne dépend donc aussi d’un choix politique assumé.
Logement social, rénovation, ZAN : les dossiers sensibles
Les rencontres avec les candidats abordent aussi la question du logement social. « Le logement social doit prendre sa part dans les territoires », rappelle Julien Grenier, évoquant l’application de la loi SRU et les carences persistantes.
Autre sujet structurant : la sobriété foncière et le ZAN (zéro artificialisation nette). La position de la FFB est nuancée. « Nous demandons qu’elle soit adaptée et raisonnée à l’échelle des territoires. »
Julien Grenier précise : « On a des territoires qui ont des déficits. On a des territoires qui ont des besoins énormes en foncier pour leurs ambitions d’activité économique. » À l’inverse, certains bassins pourraient « libérer du foncier ». Il appelle à « une vision macro » adaptée aux réalités locales.
Enfin, la rénovation énergétique reste un axe majeur. Mathieu Moriou souligne que « la marge de progression est énorme » et rappelle que les collectivités « ont le pouvoir, si elles le souhaitent, de créer des dispositifs pour compléter le reste à charge pour les ménages ».
Un test politique pour 2026
Derrière les chiffres, le débat est profondément territorial. Construire davantage, c’est assumer l’accueil de nouvelles populations. C’est anticiper les équipements publics. C’est accepter la densification.
Mais pour la FFB63, ne pas construire serait plus risqué encore. Le bâtiment en Auvergne n’est pas seulement un secteur économique. Il est un indicateur de vitalité des communes.
« Les enjeux de la construction sont au cœur des territoires », répète Julien Grenier.
Reste à savoir si, dans les mois qui viennent, les futurs maires choisiront d’être locomotives… ou wagons.
NDLR : Image d’illustration générée par l’IA
Une émission de RCF Haute-Loire
Chaque jour à 6h35 et 7h33, rencontre avec un acteur auvergnat qui fait l’actualité.
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