1,8 milliard d’euros d’investissement. 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an. L’équivalent de 700 000 batteries de véhicules électriques. Jusqu’à 50 ans d’exploitation. La mine de lithium Allier portée par Imerys à Beauvoir, sur la commune d’Échassières, concentre à elle seule les promesses et les tensions de la transition énergétique.
À travers le projet EMILI, l’Allier pourrait devenir l’un des principaux sites européens de production de lithium « roche dure ». Mais à quel prix économique, industriel et environnemental ?
Mine de lithium Allier : une équation industrielle à 1,8 milliard d’euros
Le projet EMILI – Exploitation de MInerais de LIthium – vise une production annuelle de 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium. Sur 25 à 50 ans selon les scénarios. Le gisement est estimé autour d’un million de tonnes d’oxyde de lithium, ce qui en ferait l’un des plus importants d’Europe.
L’investissement total a été réévalué à 1,8 milliard d’euros, contre un milliard initialement annoncé. L’État soutient le projet via un crédit d’impôt d’environ 200 millions d’euros dédié aux métaux critiques.
En février 2026, il a annoncé une prise de participation minoritaire de 50 millions d’euros via la Banque des Territoires. Roland Lescure, ministre chargé de l’Industrie, assume cette implication directe : “Cette prise de participation contribue directement à la sécurisation de nos approvisionnements en minerais et métaux essentiels.”
Il ajoute que le projet “démontre notre ambition de répondre à une partie de nos besoins au niveau national avec une mine exemplaire, conforme aux meilleurs standards environnementaux et sociaux que nous souhaitons promouvoir à l’échelle mondiale.”
Le message est clair : la mine de lithium Allier est pensée comme un outil de souveraineté industrielle.
De la mine à l’hydroxyde : une filière lithium intégrée dans l’Allier
Le projet repose sur trois sites. À Échassières, une mine souterraine et une usine de concentration. À Fontchambert, une plateforme ferroviaire pour acheminer le mica. À Saint-Victor, près de Montluçon, une usine de conversion pour produire l’hydroxyde de lithium commercialisable.
Imerys parle d’une organisation intégrée, destinée à capter la valeur sur l’ensemble de la chaîne. L’entreprise qualifie l’entrée de l’État au capital de “participation minoritaire mais significative”, destinée à financer “la finalisation de l’étude de faisabilité définitive” attendue début 2027.
Son directeur général, Alessandro Dazza, reconnaît que le groupe est “a priori toujours à la recherche d’autres partenaires financiers” et admet qu’”il est impossible de tout réaliser seul”. Derrière la promesse industrielle, le montage financier reste donc ouvert.

Mine de lithium Allier : souveraineté ou dépendance maîtrisée ?
Les volumes annoncés – 34 000 tonnes par an – permettraient d’équiper environ 700 000 véhicules électriques chaque année. À l’heure où les gigafactories européennes montent en puissance, l’enjeu est stratégique.
Imerys plaide pour un « contenu local européen » obligatoire pour le lithium, de 20 % d’ici 2030 et 40 % en 2036, afin de sécuriser la demande et soutenir les projets européens face à la concurrence internationale.
La mine de lithium Allier devient ainsi un maillon d’une politique industrielle plus large, qualifiée d’« intérêt national majeur » par les pouvoirs publics. L’État ne se contente plus de réguler : il investit.
Une “mine responsable” face aux doutes environnementaux
Imerys présente EMILI comme une vitrine de mine responsable : extraction souterraine, transport par canalisations et rail, objectif de 8 kg de CO₂ par tonne de lithium, soit environ deux fois moins que certains projets australiens ou chinois.
Roland Lescure insiste sur une “mine exemplaire, conforme aux meilleurs standards environnementaux et sociaux”. L’entreprise met en avant l’alignement avec les normes européennes et la réduction des importations.
Mais la contestation est structurée. France Nature Environnement tranche : “La mine propre n’existe pas.” L’association évoque “des risques pour la population, pour les rivières Allier, Cher, Sioule, la biodiversité, l’environnement (pollution des sols, de l’air, des eaux et des sédiments, gestion des déchets…)”.
Dans une analyse nationale, FNE rappelle que le projet vise à “extraire 34 000 tonnes de lithium chaque année pendant 50 ans, ce qui permettrait de produire l’équivalent de 700 000 batteries de voitures électriques tous les ans”, mais estime que “l’opportunité du projet n’est pas vérifiée”.
La Chambre de commerce et d’industrie de l’Allier, pourtant favorable, admet que “les problématiques environnementales sont réelles”. Même chez les soutiens, le doute n’est pas absent.
Un dilemme territorial durable
Plusieurs centaines d’emplois directs sont évoqués sur la durée de vie du projet, auxquels s’ajouteraient les effets induits pour le BTP, la maintenance industrielle, le transport ferroviaire et les services.
Dans un département marqué par son passé minier et céramique, le passage du kaolin au lithium ressemble à une nouvelle révolution industrielle. Imerys, 3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et 12 400 salariés dans 40 pays, voit dans le lithium un relais de croissance majeur pour devenir le premier producteur européen.
Mais la question dépasse le seul développement économique. L’auteure Célia Izoard estime que la mine ne se justifie que si l’usage du lithium est “encadré” par l’État, pour l’utiliser “uniquement pour des véhicules très légers, dont les batteries contiennent moins de lithium”.
La mine de lithium Allier cristallise ainsi un dilemme contemporain : faut-il accepter un impact local pour réduire une dépendance globale ?
La décision finale d’investissement, attendue après l’étude de faisabilité début 2027, dira si l’Allier choisit de devenir l’un des laboratoires industriels de la transition européenne.