À 36 ans, Charles Bennet succède à son père Arnaud à la tête du parc d’attractions et animalier Le PAL, dans l’Allier.
Derrière ce passage de relais familial se dessine l’histoire d’un site devenu locomotive touristique régionale, bâti sur trente-six ans de vision, d’investissement et d’exigence humaine.
Il y a des transmissions qui ressemblent à des évidences. Celle du PAL en est une. Depuis le 1er janvier 2026, Charles Bennet, 36 ans, est officiellement à la tête du parc d’attractions et animalier de Saint-Pourçain-sur-Besbre, dans l’Allier.
Il succède à son père Arnaud, qui avait lui-même repris le flambeau de son beau-père, André Charbonnier, fondateur du site en 1973. Trois générations, une même ambition : faire du PAL bien plus qu’un parc de loisirs régional.
Pour comprendre qui est Charles Bennet, il faut d’abord raconter son père. Car l’histoire du fils commence là où celle du père a tout construit.
De Danone au PAL : le pari d’un entrepreneur
En 1990, Arnaud Bennet quitte le groupe Danone après huit ans passés dans le commercial puis au marketing. Il prend une année sabbatique et arrive au PAL presque par hasard — ou presque. « Au bout de quatre ou six mois, je me rappelle m’être dit que c’était vraiment ce que je voulais faire. À la fois le sujet m’intéressait, parce qu’il y avait une dimension animalière, une dimension attractions, beaucoup d’humains.
Et puis c’était la dimension chef d’entreprise — être chef d’entreprise de sa propre entreprise. J’ai découvert que c’était vraiment passionnant. La tâche était infinie. Je ne me suis donc jamais fixé de limite en termes de durée. Par contre, j’ai savouré chaque année. »
Diplômé de Sup de Co Amiens, passé par les circuits commerciaux d’un des plus grands groupes agroalimentaires mondiaux, Arnaud Bennet aurait pu construire une carrière classique dans la grande consommation.
Il choisit les volcans d’Auvergne et les manèges de l’Allier.
Trente-six ans plus tard, le bilan dépasse largement les espérances initiales : le PAL est aujourd’hui l’un des six parcs d’attractions les plus fréquentés de France et le premier site touristique d’Auvergne-Rhône-Alpes, avec plus de 700 000 visiteurs par saison — 754 000 en 2023, année record.
Investir plus que le marché : la philosophie d’un bâtisseur
Comment un parc familial bourbonnais est-il devenu une référence nationale ? La réponse d’Arnaud Bennet est d’une clarté désarmante. « Le secret de la réussite, je pense, c’est d’avoir tout de suite compris qu’il fallait investir beaucoup. Si on veut fidéliser les clients, c’est sûr que si on leur propose des nouveautés régulièrement, ils vont revenir les découvrir. On va réussir à les fidéliser à la fois par la qualité de l’offre et par l’enrichissement de l’offre en continu. »
Mais investir ne suffisait pas. Il fallait investir mieux — et plus — que les autres. « Je me suis dit : il faut qu’on investisse encore plus que le marché. Il faut qu’on monte le parc à un certain niveau pour pouvoir se mettre à l’abri, pour sécuriser l’activité.
La clé du succès, ça a été : quand le marché investissait dix pour cent, d’être nous plutôt à quinze, vingt pour cent. Et quand le marché investissait quinze pour cent, d’être nous plutôt entre vingt et trente. »
Cette stratégie de surperfusion permanente, menée saison après saison, a transformé un équipement de loisirs local en destination nationale. Elle a également forgé une culture d’entreprise singulière, où l’exigence du résultat n’a jamais pris le dessus sur l’attention portée aux hommes et aux femmes qui font tourner le site.

L’âme du PAL : les équipes avant tout
Car derrière les chiffres de fréquentation et les ratios d’investissement, Arnaud Bennet place toujours la même conviction au centre. « Rien ne se fait tout seul, tout se fait en collectif. Il faut sans doute un chef d’équipe qui ne soit pas trop mauvais, mais il faut des joueurs qui soient très bons.
Le succès du PAL a été construit grâce à des équipes fantastiques, engagées, impliquées, compétentes, à qui on a confié des responsabilités, à qui on a donné la parole pour porter des projets, des idées. Ces équipes constituent une ossature capitale. L’âme de l’entreprise est constituée par elles. »
Ce rapport profond au collectif, à la complicité et à la performance partagée, c’est aussi ce qu’il retient comme source de satisfaction principale au terme de trente-six ans à la barre. « Le plaisir que j’ai eu à m’occuper du PAL pendant toutes ces années vient aussi beaucoup du plaisir d’avoir pu constituer ces équipes et travailler avec elles dans des conditions juste fabuleuses — de complicité, d’échange et de performance. »
Au bilan, Arnaud Bennet dit davantage de plaisir que de fierté. « Je n’ai pas de regrets, juste du plaisir, une satisfaction. Une satisfaction de voir que tout ça s’est bien déroulé, que le parc s’est développé, qu’on a construit des équipes qui sont bien dans leur tête, bien dans leur peau. Tout ça, ça me donne plus de plaisir que de la fierté. »
Charles Bennet : l’héritier formé à bonne école
C’est dans cet environnement — exigence, investissement, culture humaine — que Charles Bennet a grandi. Fils aîné d’Arnaud, petit-fils de cœur du fondateur André Charbonnier, il a littéralement grandi avec le parc.
Diplômé de l’ISAE-ESTACA, école d’ingénieurs spécialisée dans les transports et la mobilité, il n’a pas rejoint directement la direction.
Il a d’abord appris le métier de l’intérieur, en occupant le poste de directeur des opérations — COO — du PAL, avant de prendre les commandes au 1er janvier 2026.
Son père le décrit avec une fierté à peine dissimulée : « Charles qui reprend les rênes de l’entreprise, c’est une grande satisfaction. Avec toute son expérience, sa jeunesse et sa vision, il va pouvoir poursuivre le développement du parc dans le respect de ses valeurs et de ses équipes. »
Charles Bennet, lui, assume pleinement la continuité tout en revendiquant son propre cap. « Je souhaite m’inscrire dans la continuité du travail de mon père, innover en restant fidèle à notre histoire, nous réinventer tout en conservant l’âme du PAL à laquelle nos visiteurs sont profondément attachés. »
Une formule qui résonne comme un programme : ni rupture brutale, ni simple reconduction — une continuité augmentée, nourrie d’une culture data et digitale que sa génération maîtrise naturellement et qu’Arnaud lui-même reconnaît comme un atout décisif pour aller plus loin dans l’analyse stratégique.
Une fondation, une vision, un territoire
Le passage de relais ne signifie pas pour autant la disparition d’Arnaud Bennet de l’univers du PAL. Il entend consacrer l’essentiel de son énergie à la Fondation Le PAL Nature, qui finance une trentaine de programmes dans le monde — en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique — dédiés à la conservation de la biodiversité, à l’implication des populations locales et à l’éducation environnementale.
« Je voudrais développer les ressources de la fondation. Il ne s’agit pas d’aller juste demander de l’argent aux entreprises : je veux voir comment on peut leur apporter quelque chose en termes de démarche RSE, comment on peut contribuer à la cohésion de leurs équipes en apportant des témoignages, en les impliquant dans le travail de la fondation. Il y a des choses très importantes à faire, et très utiles. Donc je ne vais pas m’ennuyer. »
Charles Bennet, lui, prend les commandes d’un site en pleine santé, porté par des valeurs clairement affichées.
« Je suis très heureux de rejoindre une aventure familiale dont la promesse est résolument dans l’air du temps : permettre à des familles et des amis de créer des souvenirs authentiques en alliant divertissement, découverte et engagement pour la préservation de la biodiversité. »
Pour l’Allier et pour l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’enjeu dépasse le cadre d’une simple succession familiale. Le PAL est une locomotive économique et touristique dont la trajectoire irrigue toute une filière locale — hébergement, restauration, emplois saisonniers et permanents.
Que le fils soit à la hauteur du père, c’est désormais l’histoire qui s’écrit. Les premiers mois semblent plaider en sa faveur : la saison 2026 s’est ouverte sous le signe du renouveau, avec notamment un espace repensé pour les éléphants, symbole discret mais puissant d’une ambition intacte.
Trente-six ans après qu’Arnaud Bennet avait posé ses valises en Bourbonnais pour ne plus en repartir, son fils trace son propre sillon. Dans le même parc, avec les mêmes équipes, et la même conviction que l’excellence ne s’improvise pas — elle s’investit.