237 entreprises contactées… Une seule réponse. En juillet 2026, le lycée Jean Zay de Thiers lance un cri d’alarme sur la mobilisation insuffisante des entreprises pour accueillir des apprentis.
Paradoxalement, pendant ce temps, l’industrie crie famine de talents.
Pourquoi ces 2 mondes semblent ne plus se rencontrer ? Est-il encore temps d’agir ?
Un premier recul après une décennie de croissance
Après dix ans d’expansion continue, l’apprentissage bascule.
En 2025, le nombre de contrats recule pour la première fois depuis la grande réforme de 2018. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 846 700 nouveaux contrats signés l’an dernier, soit une baisse de 5 % sur un an.
À fin avril 2026, la tendance s’accélère : 70 400 contrats démarrés depuis janvier, en baisse de 3,3 % sur un an. Pire encore, ce recul concerne massivement les formations du supérieur, avec une dégringolade de près de 17 % des contrats d’apprentissage.
Ce n’est pas un ralentissement temporaire. C’est, selon les analystes du secteur, une « véritable rupture ». Les jeunes trouvent des employeurs plus difficilement.
Les CFA se fragilisent financièrement. Et dans les régions, l’inquiétude monte.
La vraie raison : les aides publiques s’effondrent
La cause est simple, brutale, et politique. Le gouvernement a drastiquement réduit les aides publiques à l’embauche d’apprentis.
Là où les entreprises bénéficiaient de 6 000 euros par apprenti en 2024, elles ne perçoivent désormais que des montants amputés selon le diplôme préparé (de 2 000 à 5 000 euros pour les moins de 250 salariés).
Pour un nombre de contrats déjà fragile, c’est un coup direct au portefeuille des TPE et PME.
En Auvergne-Rhône-Alpes, le coup de rabot est spectaculaire. Les financements attribués aux régions par France Compétences pour le fonctionnement et les investissements des centres de formation d’apprentis chutent de 134 millions d’euros à 33 millions d’euros en 2026. Division par quatre.
L’impact sur les CFA eux-mêmes est dévastateur : ils perdent leurs marges de manœuvre, réduisent leurs équipes, et renoncent aux projets de développement.
Le cas Jean Zay à Thiers : Un manque dramatique de contrats d’apprentissage en contrat dans l’une des meilleures formation en Auvergne
À Thiers, le lycée Jean Zay vit cette crise dans la chair. La Licence Professionnelle Robotique, une formation d’excellence mise en place en partenariat avec le CNAM et le CFA de l’éducation nationale, forme des techniciens supérieurs en mécatronique.
Le format : 17 semaines en centre de formation, 33 semaines en entreprise. Un vrai partenariat.
Mais en juillet 2026, aucun apprenti de la promotion n’a de contrat d’apprentissage signé. Zéro. Ces jeunes, motivés et formés, restent sur le carreau.
David Bonnet, responsable pédagogique, a lancé un appel : 237 entreprises contactées. Une seule réponse.
« C’est très compliqué cette année. Aucun n’a de contrat à ce jour », écrit-il, en demandant que l’appel soit diffusé bien au-delà de Thiers. Car la formation couvre toute l’Auvergne : Allier, Puy-de-Dôme, Cantal, Loire.
Ce n’est pas un problème de qualité de formation. C’est un problème d’équilibre économique : les entreprises hésitent, les aides diminuent, et les apprentis en paient le prix.
Le paradoxe : l’industrie réclame précisément ce que personne ne signe
Pourtant tandis que le nombre de contrats recule, les secteurs techniques, notamment la robotique et l’automatisation, sont en quête de talents.
Plus de 1 548 offres d’apprentissage en automatisme et robotique industrielle circulent sur le marché. Les techniciens de maintenance, les automaticiens, les opérateurs en fabrication additive sont des profils très recherchés.
Pourquoi ? Parce que l’industrie 4.0 a besoin de profils qui maîtrisent à la fois la mécanique, l’électrique et les outils numériques.
Ces compétences ne poussent pas sur les arbres. Elles se construisent, lentement, par la formation et l’expérience. L’apprentissage est le vecteur idéal.
Mais pendant ce temps, les entreprises qui en auraient le plus besoin renoncent à recruter, étranglées par la réduction des aides.
Le manque de talents qualifiés n’est plus temporaire. Il s’inscrit dans une dynamique de long terme, amplifiée par les départs à la retraite et la difficulté à former suffisamment de profils opérationnels. C’est une tuile pour la compétitivité industrielle française.
En Auvergne, une formation qui marche
Ce qui rend la situation encore plus déconcertante : la Licence Pro Robotique du réseau Jean Zay / La Fayette / Monnet-Mermoz fonctionne.
Les chiffres du CFAS Auvergne (qui regroupe les apprentis de la région) le prouvent.
Un taux de réussite aux examens de 79,70 % en 2025. Douze mois après la fin du contrat, 82 % de ces apprentis sont en activité. Les taux d’insertion dans l’emploi hors intérim atteignent 45 %, la poursuite d’étude en apprentissage 27 %.
C’est un taux de réussite en insertion que peu de formations peuvent revendiquer.
Et ce n’est pas une formation générique. C’est du sur-mesure. La spécialité : mécatronique, robotique, jumeau numérique. Exactement ce que les industriels disent chercher. Exactement ce qui manque sur le marché du travail.
Une opportunité pour les PME et ETI
Ici s’ouvre une fenêtre. Les entreprises d’automatisme, de robotique, d’électronique industrielle qui opèrent en région Auvergne ont une chance de se constituer une filière de compétences pérenne.
Non pas en louant une paire de mains un an, mais en construisant un partenariat où l’apprenti passe 33 semaines en entreprise — c’est long, c’est profond, on s’enracine.
L’alternance fonctionne ainsi : le jeune connaît déjà les projets de l’entreprise après six mois. Il comprend la culture, les enjeux, les technologies spécifiques. Au terme de sa formation, il n’est pas un junior perdu qui doit se réadapter. C’est un technicien opérationnel qui cerne déjà les contours de son métier.
Pour les entreprises de moins de 250 salariés qui recrutent un apprenti jusqu’au niveau bac +5 en automatisme ou robotique, les aides restent à 5 000 euros (en tant que formations supérieures, c’est l’aide dégressive qui s’applique, mais elle existe toujours). Ce n’est pas une fortune, mais c’est une reconnaissance.
Le calendrier de l’urgence
Les dates importent. La Licence Pro Robotique fonctionne sur un cycle d’une année. Les candidatures pour l’édition 2025-2026 qui débute cette rentrée devront arriver avant le 16 mai 2025 — attendez, nous sommes déjà en juillet 2026.
Cela signifie qu’il y a des appels actuels et futurs, des opportunités qui se renouvellent chaque année académique.
Le contact pour les entreprises qui souhaitent accueillir un apprenti, contacter Jean Donnadieu : lpro-rjn-jzmmlf-auvergne@ac-clermont.fr.
Les équipes pédagogiques du lycée Jean Zay peuvent aider les entreprises à cadrer précisément l’adéquation entre leurs besoins réels et le référentiel de formation. Pas d’improvisation. Que du pragmatisme.
Une question d’investissement collectif
L’apprentissage n’est jamais juste un problème d’une entreprise. C’est un enjeu d’écosystème régional.
Les PME qui investissent dans un apprenti investissent dans la filière tout entière. Elles créent les conditions pour que d’autres jeunes, demain, trouvent aussi leurs contrats. Elles envoient un signal : oui, on a confiance. Oui, on accompagne les nouveaux venus.
Pendant ce temps, à Paris, les budgets se réduisent et les aides se remodèlent. C’est le moment, justement, où les entreprises qui croient en l’alternance doivent se montrer. Pas par idéalisme. Par intérêt bien compris : elles manquent de talents. Elles savent où les talents se forment. Elles ont une fenêtre.
Le lycée Jean Zay attend. Les apprentis attendent. Et l’industrie auvergne attend de connaître quelles entreprises comprendront que former, c’est recruter.