Une émission de RCF Haute-Loire – Une interview de Stéphane Marcelot
Plus de 3 000 dossiers de surendettement déposés en Auvergne en 2025. Une hausse de 8 % en un an, dans le sillage d’une inflation qui a fragilisé durablement les budgets des ménages.
À l’occasion de la 14e Semaine de l’éducation financière, Céline Delagne, directrice de la Banque de France dans le Cantal, était l’invitée de RCF Auvergne. Elle pose un diagnostic lucide sur une réalité qui touche tous les territoires, y compris les plus ruraux.
« L’argent, osons en parler » : une semaine pour briser le tabou
La formule est volontairement directe. « L’argent, osons en parler » : c’est le slogan choisi pour cette 14e édition de la Semaine de l’éducation financière, pilotée par la Banque de France. Un titre qui dit beaucoup sur les résistances culturelles qui persistent en France autour de la gestion budgétaire.
Pour Céline Delagne, le simple fait que les ménages se posent davantage la question est « plutôt une bonne chose ». L’enjeu de cette semaine n’est pas de stigmatiser mais de « donner aux ménages des petites clés pour avoir le plus de ressources et le plus de facilités à équilibrer leur budget ».
La cible ? Tout le monde, sans exception. Des collégiens de quatrième — qui peuvent décrocher le Passeport Éducfi — aux chefs d’entreprise confrontés à des problématiques de trésorerie, en passant par les jeunes actifs, les travailleurs sociaux ou les seniors. « Les bonnes habitudes peuvent se prendre dès le plus jeune âge », rappelle-t-elle, « mais l’éducation financière se fait aussi tout au long de la vie ».
L’arsenal déployé est large : webinaires, formations en présentiel, jeux de plateau à vocation pédagogique, sites dédiés comme Mes questions d’argent ou son pendant entrepreneurial Mes questions d’entrepreneur. Et pour les entreprises, des correspondants TPE-PME disponibles toute l’année dans chaque département.
Un surendettement qui remonte depuis la période inflationniste
Derrière la pédagogie, les chiffres sont là. Et ils méritent qu’on s’y arrête.
Depuis plus d’une décennie, les dossiers de surendettement étaient globalement orientés à la baisse. Mais le choc inflationniste de 2022 a inversé la tendance. « On est heureusement en deçà de ce qui avait été connu en période pré-Covid », nuance Céline Delagne, « mais effectivement on est plutôt sur une hausse ».
En 2025, les quatre départements auvergnats ont enregistré un peu plus de 3 000 dépôts de dossiers, soit une progression de 8 % par rapport à 2024. Un chiffre cohérent avec la dynamique nationale (+9 %) et régionale (+9 % également pour Auvergne-Rhône-Alpes dans son ensemble.
Mais derrière ce chiffre global se cachent des réalités contrastées. Le Cantal affiche une baisse des dépôts en 2025 — une bonne nouvelle pour le département dont Céline Delagne a la responsabilité. Le Puy-de-Dôme enregistre une hausse modérée de 7 %. L’Allier, historiquement plus exposé, progresse de 9 %. Quant à la Haute-Loire, la hausse atteint 19 %, un niveau que la directrice qualifie d’« assez étonnant ».
Des accidents de la vie, plus que de mauvaises décisions
Ce que révèle aussi cette photographie du surendettement en Auvergne, c’est la nature même des causes. Une idée reçue tenace voudrait que les personnes surendettées aient simplement « mal géré » leur budget. Les données de la Banque de France racontent autre chose.
« Souvent, malgré ce qu’on pense, ce n’est pas forcément une mauvaise gestion, mais des accidents de la vie qui vont limiter les ressources », explique Céline Delagne. Chômage, séparation, arrêt maladie, invalidité : autant de ruptures qui basculent un équilibre fragile. Et de souligner le poids des situations monoparentales ou de l’isolement : les dossiers concernent très majoritairement « beaucoup de personnes seules, qu’elles soient avec ou sans enfants ».
Autre signal à surveiller : la part croissante des dettes de charges courantes — eau, énergie, loyer — dans les dossiers depuis la période inflationniste. Et une recrudescence du surendettement chez les plus jeunes, encore minoritaire dans les statistiques globales, mais dont la progression est « sans doute la plus grosse évolution » observée ces dernières années.
L’éducation financière comme outil d’attractivité territoriale
Au-delà des chiffres, ce qui frappe dans le discours de Céline Delagne, c’est la vision systémique qu’elle porte. L’éducation financière n’est pas une réponse à la détresse, c’est un levier de prévention, d’autonomie, et in fine de résilience pour les territoires.
Aider un ménage à tenir son budget, c’est aussi éviter une rupture professionnelle ou familiale. Accompagner un jeune chef d’entreprise sur les notions de trésorerie et de compte de résultat, c’est renforcer la pérennité du tissu économique local. « Prendre les décisions de gestion financière avec le plus de billes possibles » : la formule, simple et directe, résume bien l’ambition portée par la Banque de France sur ce territoire.
En Auvergne comme ailleurs, le surendettement reste un marqueur du climat social. Mais il peut aussi, si l’on s’y attaque à la racine, devenir le point de départ d’une culture financière plus solide — pour les ménages comme pour les entreprises qui font vivre ces bassins de vie.
Retrouvez les événements de la Semaine de l’éducation financière sur le site de la Banque de France et sur mesquestionsdargent.fr

Une émission de RCF Haute-Loire – Une interview de Stéphane Marcelot
Droits image: Céline Delagnes, directrice départementale de la Banque de France du Cantal