On parle peu du Livradois-Forez. Trop peu, sans doute, au regard de ce qu’il produit, de ce qu’il exporte et de ce qu’il incarne.
Derrière l’image d’un territoire rural, calme, parfois perçu comme périphérique, se cache en réalité un bassin économique d’une densité remarquable. Le Livradois-Forez compte plus de 5 000 entreprises hors agriculture et près de 9 000 emplois industriels, soit 26 % de l’emploi total. Un niveau bien supérieur à la moyenne nationale.
Mieux encore : avec 32 % des salariés dans l’industrie, le territoire figure parmi les zones les plus industrialisées d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Et pourtant, cette puissance reste discrète. Ici, pas de grands effets de manche. Mais des entreprises familiales, des savoir-faire anciens devenus des niches d’excellence, et des productions qui rayonnent bien au-delà du massif.
À Ambert, le secteur de la tresse et du câble spécial en est l’illustration la plus frappante. Le groupe Omerin, fondé à Olliergues en 1959, exporte aujourd’hui ses câbles pour conditions extrêmes dans plus de 120 pays.
À ses côtés, Joubert Productions, leader mondial du sandow, et tout un écosystème d’entreprises comme Gauthier, Plastelec, Favier ou Tresse Industrie composent un véritable cluster industriel à taille humaine.
Le Livradois-Forez cultive ainsi une singularité précieuse : celle d’un territoire rural capable de faire émerger des champions mondiaux sans jamais renier son ancrage. Tresse, câbles, agroalimentaire, AOP, industrie familiale, export. Ici, l’excellence ne se met pas en scène, elle se construit dans la durée.
C’est sans doute ce qui fait la force de ce territoire. Et aussi, parfois, son manque de visibilité.

En Livradois-Forez, l’attractivité économique ne se joue pas seulement dans les discours.
En Livradois-Forez, l’attractivité économique ne se joue pas seulement dans les discours. Elle se mesure à des recrutements, à des services concrets pour les entreprises, à des réponses apportées aux conjoints, au logement, à la mobilité, à la petite enfance.
C’est précisément sur ce terrain que TVLF, l’association Travailler et Vivre en Livradois-Forez, revendique sa place.
Lors de son assemblée générale, le réseau a rappelé ce qui constitue sa colonne vertébrale. Comme l’a résumé David Claustre, “c’est quand même l’emploi du conjoint et de la conjointe, l’attractivité, le recrutement qui est notre colonne vertébrale”.
Derrière cette ligne claire, l’enjeu est simple : prouver que TVLF ne se contente pas d’animer un réseau d’entreprises, mais agit comme un outil opérationnel au service du territoire.
L’année 2025, présentée comme dense et structurante, montre un réseau qui continue d’avancer, mais qui sait aussi pointer ses fragilités.
Entre résultats concrets en matière d’emploi, montée en puissance de ses actions de communication, nouveaux services autour du logement ou de la garde d’enfants, et interrogation sur l’engagement futur de ses membres, TVLF assume un rôle désormais central dans le bassin d’Ambert.
TVLF revendique un ADN clair : recrutement, attractivité et services utiles
Dès l’ouverture de l’assemblée générale, David Claustre a placé le cadre. Remerciant élus, partenaires, adhérents et Marie-Alice Auchet, il a insisté sur la nature collective du projet. Sans partenaires, sans entreprises engagées et sans animation quotidienne, le réseau ne pourrait pas “mettre en valeur notre beau territoire sur le volet économique et sur le volet attractivité”.
Cette logique irrigue tout le fonctionnement de TVLF. Le réseau ne se définit ni comme un simple club d’affaires, ni comme une structure de représentation abstraite. David Claustre l’a rappelé sans détour lorsqu’une question a porté sur le recrutement de nouveaux adhérents : les entreprises rejoignent d’abord le réseau parce qu’elles ont “des besoins de recrutement”, pas pour faire uniquement du business.
Cette cohérence se retrouve aussi dans la manière dont l’association lit ses propres résultats. Lorsque Marie-Alice Auchet présente les chiffres liés à l’emploi, ils ne sont pas traités comme des indicateurs de communication, mais comme la traduction directe de l’utilité du réseau pour les entreprises membres.
En 2025, 77 annonces d’emploi ont été déposées sur le site de TVLF, contre 105 en 2024. Une baisse que Marie-Alice Auchet relie à “un certain ralentissement de l’activité quand même dans certains secteurs”.
Dans le même temps, 146 CV ont été transmis aux entreprises membres, soit 21 de plus que l’année précédente. Un signal qui traduit à la fois la visibilité du réseau et sa capacité à faire remonter des profils que les circuits classiques ne captent pas toujours.
Marie-Alice Auchet insiste d’ailleurs sur ce point : il s’agit parfois de CV “un petit peu différents”, notamment de personnes extérieures au territoire, souvent dans une logique d’installation ou de rapprochement familial. À une question sur la provenance de ces candidatures, elle estime ainsi que “4 sur 10” proviennent de profils exogènes, issus notamment de Clermont-Ferrand, Thiers ou Saint-Étienne.

Des résultats concrets qui confortent la légitimité du réseau
Le chiffre le plus scruté de l’assemblée est sans doute celui-ci : 80 % des entreprises sondées ont recruté au moins une personne dans l’année précédente via le réseau TVLF. Pour David Claustre, ce résultat mérite d’être remis en perspective. “Il faut quand même que cela vous serve”, insiste-t-il, rappelant que le réseau doit être “porteur” et “servir à quelque chose”.
Cette efficacité repose sur plusieurs leviers.
D’abord, la diffusion des offres sur le site internet et sur les réseaux sociaux du réseau. Ensuite, la circulation directe des CV reçus, sans filtrage préalable, afin de laisser aux entreprises la possibilité d’identifier elles-mêmes les profils susceptibles de correspondre, y compris sur des fonctions transversales. Enfin, les événements organisés tout au long de l’année, qui nourrissent la visibilité des entreprises et leur marque employeur.
Sur ce terrain, 2025 apparaît comme une année particulièrement active. Le forum jobs d’été, coorganisé avec la Ville d’Ambert, France Travail et la Mission locale, a réuni 26 employeurs, 115 jeunes et plus de 100 offres.
La journée dédiée à la place des femmes dans l’industrie a mobilisé 161 collégiens autour de profils féminins variés dans les entreprises industrielles. Amberjob, organisé au cœur du festival d’Ambert, a accueilli 23 entreprises et plus de 800 visiteurs sur le stand, dans un cadre que Marie-Alice Auchet et David Claustre présentent comme particulièrement efficace pour travailler la marque employeur.
David Claustre le dit clairement à propos d’Amberjob : “on ne recrute pas 150 personnes sur ces trois jours-là”. Mais l’essentiel est ailleurs. Pour lui, l’événement permet de “mettre en avant la diversité des entreprises sur le territoire, la diversité des métiers” et de travailler “sur la valeur des entreprises sur notre bassin”.
Le même raisonnement vaut pour le Forum des métiers, qui a réuni 870 jeunes, 77 entreprises et plus de 100 professionnels.
Là encore, le réseau parie sur le temps long. “Si on est capable de toucher les 15 ans, 17 ans”, explique David Claustre en parlant des jeunes, “peut-être qu’ils vont aller faire leurs études supérieures ailleurs”, mais ils garderont en tête qu’il existe, ici, des métiers et des perspectives.
Une attractivité qui se construit aussi hors du strict champ du recrutement
L’un des enseignements forts de cette assemblée générale tient à l’élargissement progressif du champ d’action de TVLF. Le recrutement reste le cœur de mission, mais l’association agit aussi sur les conditions concrètes d’installation et de fidélisation des salariés.
La plateforme logement, mise en ligne en 2025, illustre cette approche. Son fonctionnement est volontairement simple : les bailleurs déposent leurs offres, Marie-Alice Auchet vérifie les annonces et les met en ligne, sans intermédiaire supplémentaire.
Depuis fin mai, 34 offres de location ont été diffusées. Là encore, David Claustre tient à préciser le positionnement du réseau : “Nous on ne remplace pas les agences immobilières, on ne s’occupe pas des baux, on ne s’occupe pas des visites, ce n’est pas notre job”. TVLF se veut “l’incubateur” du dispositif, au service d’une meilleure mise en relation.
La question de la petite enfance relève de la même logique. Interrogé sur la crèche interentreprises, David Claustre rappelle que TVLF a joué un rôle de déclencheur, à partir d’un constat partagé par plusieurs entreprises confrontées au manque de places. Il insiste toutefois sur un point : le réseau a été “l’incubateur” du projet, mais sa gestion relève aujourd’hui du Groupe Objectif.
Régis, intervenant sur ce dossier, confirme que la structure est désormais stabilisée. Après un démarrage en micro-crèche de 7 places, puis un passage à 12, la structure accueille aujourd’hui 16 berceaux.
Il reconnaît une période plus difficile, liée notamment à l’évolution du contexte démographique et à la disponibilité retrouvée de places dans les crèches publiques, mais souligne le travail réalisé pour retrouver un équilibre. “Aujourd’hui, on a une crèche qui est stabilisée”, explique-t-il, avec “un équilibre financier” qui permet de maintenir une offre d’accueil de qualité.
David Claustre prend alors soin de lever toute ambiguïté : “ce n’est pas une compétition entre la crèche inter-entreprises et les services publics”. Pour lui, la logique est complémentaire. L’objectif reste d’”attirer des talents”, d’”attirer une population supplémentaire”, de “créer de l’emploi” et de renforcer la dynamique du territoire.
Une structure solide, mais un appel à l’engagement plus fort des entreprises
L’assemblée générale a aussi montré un réseau lucide sur sa propre organisation. Sur le plan financier, Jean-Damien Gauthier a présenté une situation maîtrisée, malgré une année déficitaire. Les cotisations des adhérents représentent toujours la principale ressource, à hauteur de 42 600 euros environ, un niveau stable par rapport à 2024.
David Claustre y voit un point de solidité important : “grâce aux cotisations malgré tout l’on fonctionne jusqu’à présent”.
Le modèle repose sur une grille indexée sur la taille des entreprises présentes sur le territoire, de 200 à 1 500 euros selon les effectifs. Là encore, l’idée est d’assurer une forme d’équité tout en consolidant le fonctionnement de l’association.
Mais au-delà des chiffres, David Claustre a lancé un signal plus politique sur la vie du réseau. Au moment d’évoquer l’élection du nouveau secrétaire, finalement assurée par Fabien Fournier, il a reconnu que le sujet dépassait largement la simple question d’un poste à pourvoir. “Il faut quand même qu’il y ait des personnes engagées”, a-t-il rappelé, avant d’ajouter que si l’on parle aujourd’hui du secrétariat, “peut-être qu’un de ces quatre on va parler de la présidence”.
Le message est clair : la vitalité du réseau ne peut pas reposer uniquement sur quelques figures ou sur l’animatrice mise à disposition. Elle suppose une implication durable des adhérents dans la gouvernance même de l’association.
Ce besoin d’engagement se retrouve aussi dans d’autres passages de l’assemblée, notamment lorsqu’il est question des ateliers portés avec l’APEC. David Claustre rappelle que ces actions ne peuvent fonctionner que si les entreprises jouent le jeu jusqu’au bout, en évitant les désistements de dernière minute.
TVLF veut peser davantage dans les débats territoriaux
L’autre évolution notable, en filigrane de cette assemblée, est la capacité croissante de TVLF à intervenir dans des débats qui dépassent la seule gestion d’un réseau d’entreprises. La mobilité, le logement, la santé, l’accueil des jeunes actifs, l’aménagement économique : sur tous ces sujets, l’association entend faire valoir le poids collectif de ses adhérents.
Interpellé sur la question de la mobilité, David Claustre reconnaît qu’il ne s’agit pas d’une compétence directe de TVLF. Mais il estime que le réseau peut “influencer des décideurs de bonnes instances” grâce à son impact territorial. Il rappelle d’ailleurs que l’association l’a déjà fait par le passé, notamment sur le dossier de l’hôpital.
Cette volonté de peser s’inscrit dans une vision large de l’attractivité. Le réseau ne se contente plus de mettre en contact des recruteurs et des candidats. Il cherche à agir sur tout ce qui rend un territoire plus praticable pour les entreprises, leurs salariés, leurs familles et les futurs arrivants.
La venue du ministre de l’Industrie Marc Ferracci en début d’année a été l’un des marqueurs symboliques de cette reconnaissance. David Claustre y voit le signe qu’un réseau rural comme TVLF “existe” désormais au-delà de son périmètre immédiat et qu’il peut attirer l’attention sur ce qui se joue localement.
Pour 2026, les perspectives s’inscrivent dans cette continuité : poursuite des actions emploi, opération emploi du conjoint, renforcement du partenariat avec Thiers Ambert Initiative, reprise des ateliers avec l’APEC, interventions dans les lycées professionnels, projet de portraits vidéo de dirigeants. Autrement dit, un réseau qui veut à la fois consolider ses fondamentaux et élargir son influence.
TVLF avance ainsi sur une ligne de crête intéressante. D’un côté, l’association reste fidèle à son ADN, celui d’un réseau tourné vers l’emploi, le recrutement et l’attractivité du conjoint.
De l’autre, elle s’impose progressivement comme un acteur d’ingénierie territoriale, capable de faire émerger des réponses concrètes là où les entreprises identifient des blocages.
C’est sans doute là que réside aujourd’hui sa vraie force : dans cette capacité à partir des besoins les plus pratiques pour construire, pas à pas, une stratégie d’attractivité territoriale crédible et enracinée.