La stratégie digitale Michelin vient de recevoir une reconnaissance symbolique forte. Yves Caseau, Chief Digital and Information Officer du groupe Michelin, a été nommé « CDIO of the Year » lors du Grand Prix des DSIN 2026 organisé par le média spécialisé IT for Business.
Pour le dirigeant, cette distinction dépasse largement une reconnaissance personnelle. « Je suis très heureux et honoré d’avoir reçu le Prix IT for Business CDIO, au nom des équipes Michelin IS, Digital et IA », explique-t-il. « Ce prix est à la fois une reconnaissance et un encouragement très positif à continuer d’innover et d’apprendre. »
Derrière ce trophée se lit une transformation beaucoup plus profonde. Depuis plusieurs années, Michelin fait du numérique, de la data et de l’intelligence artificielle des leviers centraux de sa compétitivité industrielle. Pour un groupe né à Clermont-Ferrand il y a plus d’un siècle et longtemps identifié avant tout à son savoir-faire manufacturier, la mutation est majeure.
Dans un contexte marqué par une concurrence internationale intense et des marchés plus volatils, la stratégie digitale Michelin s’impose progressivement comme un outil clé pour améliorer l’efficacité industrielle, accélérer l’innovation et préparer l’évolution du modèle économique du groupe.
Une distinction qui consacre une transformation collective
La récompense attribuée à Yves Caseau ne distingue pas seulement un dirigeant. Elle reconnaît une transformation menée collectivement par les équipes numériques du groupe.
Dans sa communication autour de cette distinction, Michelin insiste sur quatre piliers : l’excellence opérationnelle, la qualité de service, la modernisation continue des plateformes et la montée en puissance de la data et de l’IA. À ces axes s’ajoute une culture Open Source et InnerSource que l’entreprise présente comme un levier d’excellence logicielle et de collaboration interne.
Yves Caseau souligne lui-même la dimension collective de cette reconnaissance. « En tirant parti de notre réseau talentueux d’experts, nous avons présenté nos réalisations récentes en modernisation technologique, plateformes de données et création de valeur par l’intelligence artificielle », explique-t-il.
Pour le responsable numérique du groupe, cette transformation dépasse la seule évolution technologique.
Elle repose aussi sur l’adoption progressive de nouveaux modes de travail par les équipes. Michelin met ainsi en avant l’autonomisation des collaborateurs et le développement de démarches de « citizen development », permettant aux utilisateurs eux-mêmes de concevoir certains outils numériques adaptés à leurs métiers.
Aujourd’hui, l’entité Michelin IS & Digital rassemble environ 5 200 collaborateurs répartis dans plus de vingt pays, ce qui donne la mesure de l’appareil numérique désormais mobilisé pour accompagner la transformation du groupe.

Clermont-Ferrand, centre névralgique d’un numérique industriel mondial
Cette évolution illustre une mutation profonde du rôle du numérique dans l’organisation du groupe. Michelin IS & Digital ne se limite plus à gérer les systèmes d’information internes. L’entité constitue désormais une infrastructure stratégique reliant l’ensemble des activités : production industrielle, supply chain, recherche et développement, relation client et nouveaux services.
Pour le territoire auvergnat, cette transformation revêt une signification particulière. Clermont-Ferrand demeure l’un des centres névralgiques du groupe, non seulement pour son histoire industrielle, mais aussi pour le pilotage d’une partie de son architecture numérique mondiale.
Le réseau technologique de Michelin s’appuie aujourd’hui sur plusieurs implantations internationales, notamment en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Mais la stratégie globale continue d’être largement pensée depuis l’Auvergne.
Cette évolution confirme que la valeur créée par Michelin ne se limite plus aux chaînes de production. Elle se construit également dans les plateformes logicielles, les architectures de données et les usages industriels de l’intelligence artificielle.
Le numérique au service de l’efficacité industrielle
La stratégie digitale Michelin se traduit très concrètement dans les usines du groupe. Depuis plusieurs années, Michelin déploie des plateformes de données destinées à améliorer la performance industrielle et la fiabilité des processus de production.
L’objectif est de permettre aux équipes d’accéder à des données fiables et exploitables afin d’optimiser la production, anticiper les défaillances et réduire les coûts opérationnels.
Dans ce modèle, les données deviennent directement accessibles aux ingénieurs, aux responsables industriels ou aux équipes supply chain, accélérant considérablement les analyses et la prise de décision.
Certaines usines jouent ainsi un rôle de « sites leaders » en matière de digital manufacturing et diffusent ensuite leurs pratiques aux autres sites du groupe. Les applications sont multiples : maintenance prédictive, contrôle qualité assisté par l’intelligence artificielle, optimisation énergétique ou simulation numérique des processus industriels.
Data et intelligence artificielle, nouveaux moteurs de création de valeur
La transformation numérique du groupe repose largement sur l’exploitation de la data et de l’intelligence artificielle. Michelin met en avant plusieurs initiatives structurantes, notamment le déploiement d’une « AI fabric » mondiale et l’utilisation de plateformes permettant de diffuser les usages de l’IA à grande échelle.
Plus de 1 500 collaborateurs utilisent aujourd’hui ces outils, dont une majorité directement impliquée dans les activités industrielles.
Pour Yves Caseau, cette dynamique doit maintenant s’étendre vers de nouveaux territoires technologiques. « Cette reconnaissance par les pairs est aussi un coup de pouce pour maintenir notre énergie collective active dans de nouvelles frontières », explique-t-il, évoquant notamment « les réseaux de données avec continuité sémantique, les jumeaux hybrides physique-numérique enrichis par l’apprentissage profond et l’IA générative ».
Le groupe explore également les usages de l’IA générative pour accélérer le développement logiciel et moderniser les systèmes d’information existants.
Quand le pneu devient aussi une source de données
La stratégie digitale Michelin s’étend aussi aux services connectés. Le groupe développe depuis plusieurs années des solutions reposant sur les données collectées par les véhicules et les pneus.
Ces technologies permettent par exemple d’alerter en temps réel en cas de perte de pression, de prédire l’usure des pneus ou d’optimiser les performances des flottes de transport.
Cette évolution illustre une transformation plus large du modèle économique du groupe. Michelin ne vend plus seulement des pneus : il développe également des services basés sur la donnée et l’analyse prédictive.
Cette orientation accompagne la stratégie « Michelin in Motion 2030 », qui vise à renforcer les activités au-delà du pneu traditionnel, notamment dans les services connectés et les solutions de mobilité.
La distinction attribuée à Yves Caseau apparaît ainsi comme un révélateur de cette mutation plus profonde. Derrière le trophée individuel, c’est toute la stratégie digitale Michelin qui se trouve validée.
Le dirigeant insiste d’ailleurs sur la dimension humaine de cette trajectoire. « Je suis reconnaissant à toutes nos équipes de Michelin IS, Digital et IA de m’avoir donné le plaisir de vivre ce parcours transformateur », confie-t-il, saluant également la mémoire de Bruno Batisse, qui avait encouragé les équipes à présenter leur candidature à cette récompense.
Pour un groupe industriel historique installé à Clermont-Ferrand, la transformation est désormais bien engagée. La compétitivité ne se joue plus seulement dans les usines ou dans la recherche sur les matériaux. Elle se construit aussi dans les plateformes numériques, les architectures de données et l’intelligence logicielle qui irriguent désormais l’ensemble du groupe.