Chaque année en France, quelque 60 000 entreprises déposent le bilan.
Derrière chaque liquidation judiciaire, un dirigeant qui perd bien plus qu’une société : un projet de vie, une identité professionnelle, souvent des années d’investissement personnel.
Dans le Puy-de-Dôme, deux structures viennent de décider d’agir ensemble face à cette réalité. L’association 60 000 rebonds et le Fonds Mutualisé de Revitalisation du Puy-de-Dôme (FMR63), représenté par son président Jean-Luc Beaughon, ont signé une convention qui ouvre une nouvelle page de l’accompagnement entrepreneurial en Auvergne.
Une mécanique financière au service du territoire
Le FMR63 n’est pas un fonds ordinaire. Depuis 2012, la loi impose aux entreprises de plus de 1 000 salariés qui procèdent à des plans sociaux de contribuer à la revitalisation des territoires qu’elles fragilisent.
La mécanique est précise : entre un et trois SMIC par emploi supprimé sont versés au fonds mutualisé départemental, qui redistribue ensuite ces ressources vers des projets créateurs d’emplois dans les bassins touchés.
Jean-Luc Beaughon, président du FMR63, pilote cette gouvernance avec un objectif clair : transformer une obligation légale en levier de développement économique local. Le fonds finance ou cofinance, via des prêts à taux zéro ou des subventions, des entreprises du Puy-de-Dôme qui investissent et créent des emplois durables.
À l’échelle nationale, près de 50 fonds mutualisés étaient actifs en 2023, couvrant 46 départements et représentant environ 10 millions d’euros de dépenses annuelles.
60 000 rebonds : quand l’échec devient une ressource
De l’autre côté de la convention, 60 000 rebonds incarne une philosophie radicalement différente du regard habituel porté sur la liquidation judiciaire.
Fondée sur l’expérience personnelle d’un entrepreneur après une faillite, l’association accompagne les dirigeants qui ont perdu leur société vers un nouveau projet professionnel. Son nom est un constat : 60 000 entreprises déposent le bilan chaque année en France. Autant de dirigeants potentiellement en déroute.
L’accompagnement repose sur un double dispositif : un coach professionnel certifié pour reconstruire la confiance et clarifier le projet, et un parrain ou une marraine — chef d’entreprise ou cadre dirigeant bénévole — qui suit le dirigeant jusqu’à 24 mois.
À Clermont-Ferrand, c’est Martine Marcinkowski, coach bénévole et référente mécénat de l’antenne auvergnate, qui incarne au quotidien ce travail de reconstruction.
Arnaud Courdesses, cofondateur du groupe Babymoov et vice-président de 60 000 rebonds Auvergne-Rhône-Alpes, apporte quant à lui son réseau et son expérience d’entrepreneur à forte croissance à la cause du rebond.
C’est à eux deux que revient le mérite de cette convention avec le FMR63.
Une boucle vertueuse entre échec, rebond et revitalisation
L’intérêt de ce partenariat dépasse la simple addition de deux dispositifs. Il crée une boucle : les fonds alimentés par les grandes entreprises qui suppriment des emplois peuvent désormais financer les projets de dirigeants accompagnés par 60 000 rebonds qui, une fois reconstruits, créent à leur tour des emplois sur le territoire.
L’échec n’est plus une impasse. Il devient une étape dans un cycle de régénération économique locale.
Pour l’Auvergne, territoire industriel où la reconversion des compétences et des dirigeants est un enjeu structurel, cette logique résonne particulièrement. Un dirigeant post-liquidation connaît son territoire, ses réseaux, ses marchés.
S’il parvient à rebondir avec un accompagnement adapté et un accès aux financements du FMR63, il est potentiellement l’un des créateurs d’emplois les plus efficaces du bassin. C’est précisément ce pari que formalisent les deux structures avec leur convention.
L’association publie par ailleurs une bande dessinée sur « les pouvoirs de l’échec », outil de déstigmatisation qui illustre une conviction centrale : dans un écosystème entrepreneurial régional où tout le monde se connaît, la peur du regard des autres est souvent le premier frein au rebond. Changer ce regard, c’est aussi une façon de revitaliser un territoire.