L’égalité entre femmes et hommes semble progresser à l’entrée sur le marché du travail.
Mais lorsqu’on observe les niveaux de responsabilité les plus élevés, la réalité reste plus contrastée. En France, les femmes représentent près de la moitié de la population active, mais elles demeurent nettement minoritaires dans les fonctions de direction.
Selon des données issues de la plateforme professionnelle LinkedIn, les femmes constituaient 45,8 % de la population active française en 2025, mais seulement 24,5 % des plus hauts postes de direction. Un décalage qui illustre un phénomène désormais bien identifié dans les politiques de diversité : le “broken rung”, ou « échelon cassé ».
L’inégalité se construit dès les premières promotions
Contrairement à une idée répandue, l’écart ne se creuse pas uniquement au moment d’accéder aux plus hautes responsabilités. Il apparaît bien plus tôt dans les trajectoires professionnelles.
Au moment de l’entrée dans la vie active, la parité est presque atteinte : 50,1 % des postes débutants sont occupés par des femmes. Mais dès le passage au niveau suivant, celui des profils expérimentés, leur proportion chute à 40,4 %.
Le décrochage se poursuit lors de l’accès aux premières fonctions managériales, où les femmes ne représentent plus que 36,1 % des effectifs. À mesure que l’on monte dans la hiérarchie, l’écart se creuse encore, jusqu’à atteindre 24,5 % dans les postes de direction.
La progression reste lente : il y a dix ans, en 2015, cette proportion s’établissait à 22,4 %.

Des progrès visibles dans les grandes entreprises
La situation apparaît toutefois plus favorable dans les grandes entreprises cotées. Selon l’Observatoire de la féminisation des entreprises publié par SKEMA Business School, les comités exécutifs et instances dirigeantes des groupes du CAC 40 comptaient près de 29 % de femmes en 2025.
La progression est encore plus nette si l’on élargit l’analyse aux entreprises du SBF 120. D’après le baromètre réalisé par l’Institut Français des Administrateurs et Ethics & Boards, la part des femmes dans les instances dirigeantes est passée d’environ 22 % à près de 30 % entre 2021 et 2025.
Cette accélération s’explique en grande partie par l’entrée en vigueur de la loi Rixain, promulguée en décembre 2021. Elle impose désormais aux entreprises de plus de 1 000 salariés un minimum de 30 % de femmes dans leurs comités de direction depuis le 1ᵉʳ mars 2026, avant d’atteindre 40 % en 2029.
Le sommet des entreprises reste difficile d’accès
Malgré ces avancées, les fonctions les plus stratégiques restent largement dominées par les hommes. Dans les entreprises du SBF 120, seulement 23 femmes occupent aujourd’hui un poste de présidente ou de directrice générale sur environ 240 postes.
Pour Denis Terrien, président de l’IFA, les progrès enregistrés constituent certes un signal encourageant, mais ils restent insuffisants pour parler de véritable basculement.
Le principal verrou se situe dans les postes intermédiaires qui servent de tremplin vers la direction générale. Des fonctions comme la direction financière ou certaines responsabilités opérationnelles constituent souvent les dernières étapes avant l’accès au sommet.
Or, moins d’une femme sur cinq occupe aujourd’hui ce type de poste stratégique, ce qui réduit mécaniquement le vivier de futures dirigeantes.
Réparer l’« échelon cassé »
Pour de nombreux observateurs, l’amélioration durable de la parité au sommet passera donc moins par les nominations finales que par une correction des déséquilibres dans les premières promotions.
Mentorat, accès plus rapide aux responsabilités opérationnelles, visibilité dans les projets stratégiques ou encore politiques d’égalité professionnelle plus structurées figurent parmi les leviers régulièrement évoqués.
Car sans progression plus équilibrée dans les premières étapes de la carrière, les dernières marches de la hiérarchie resteront difficilement accessibles. Et l’« échelon cassé » continuera de freiner l’accès des femmes aux plus hauts niveaux de décision.