Le Sommet des mobilités territoriales durables (SMTD 2025) a réuni, les 1er et 2 octobre au Polydôme de Clermont-Ferrand, élus, chercheurs, entreprises et associations autour d’une idée simple et exigeante : faire du Massif central un laboratoire vivant des mobilités territoriales durables, à la fois inclusives, compétitives et sobres.
Deux jours pour structurer une feuille de route commune, accélérer les expérimentations et inscrire la région dans la dynamique internationale de la prochaine Décennie des mobilités durables.
« Cesser de jouer petit bras » : l’appel d’OrbiMob’
« Nous ne sommes pas le fin fond de la France, mais le cœur vivant du monde. » La formule, signée Patrick Oliva, président d’OrbiMob’, donne le ton. Ancien directeur Prospective et Développement durable chez Michelin, co-fondateur du PPMC et initiateur du Challenge Bibendum, il assume un message sans détour : sortir des initiatives éparses, mettre en réseau les compétences, et viser l’impact. OrbiMob’ se positionne en tiers de confiance entre pouvoirs publics, monde académique, tissu économique et société civile, pour faire émerger des solutions concrètes, transférables et adossées aux besoins réels des territoires. L’objectif n’est pas de multiplier les colloques, mais de basculer vers des preuves par l’usage, depuis la logistique jusqu’aux mobilités du quotidien.
UCA, I-SITE et ARTEMIS : l’écosystème qui ancre la stratégie
Au cœur de l’édition 2025, l’Université Clermont Auvergne et ses partenaires de l’ESR ont rappelé les fondations scientifiques et pédagogiques de la démarche. La labellisation I-SITE, avec sa signature « Concevoir des modèles de production durables », place la mobilité au croisement des transitions énergétique, numérique et industrielle. L’université européenne ARTEMIS porte cette ambition à l’échelle continentale, le « M » de Mobility assumant un rôle structurant.
Dans le même mouvement, l’Académie des Mobilités Durables, portée par Clermont Auvergne INP dans le cadre des dispositifs Compétences et Métiers d’Avenir, consolide un continuum formation-emploi pour doter le territoire des compétences clés. L’enjeu est clair : sans capital humain formé, pas de mobilités territoriales durables à l’échelle.
Du SERM à la logistique : l’Auvergne teste des solutions réplicables
Le sommet a mis en lumière plusieurs leviers opérationnels. Le projet de Service Express Régional Métropolitain, défendu par les exécutifs territoriaux, incarne une réponse structurante : mailler Clermont-Ferrand, Riom, Vichy et leurs bassins de vie à la manière d’un « RER métropolitain », améliorer la cadence, l’intermodalité et l’information voyageurs, et reconnecter des territoires parfois éloignés de l’emploi et des services.
À côté du rail, la logistique a trouvé une place centrale dans les échanges : amélioration des chaînes d’acheminement, massification sobre, dernier kilomètre optimisé.
Pour les entreprises industrielles comme pour le commerce rural, chaque gain opéré sur les flux est un gain de compétitivité.
D’autres expérimentations, telles que « Mobilité en Velay », ont illustré la capacité des collectivités et des acteurs privés à transformer l’essai en milieu rural, là où se joue une grande partie de la transition.
Entreprises : de la contrainte à l’avantage compétitif
Au SMTD 2025, le message aux dirigeants était direct : la mobilité est un sujet de productivité, de santé au travail et d’attractivité RH. Le Défi « Moins de voiture, plus de vie » en a fourni une démonstration pratique.
En un mois, des organisations testent des alternatives à l’auto-solo, objectivent les bénéfices (kilomètres actifs, émissions évitées, qualité de l’air), et capitalisent ces données dans leurs plans de mobilité.
Cette approche pragmatique, soutenue par les acteurs publics, s’aligne sur l’esprit du sommet : passer du discours à l’action, documenter les résultats, et les partager pour accélérer l’adoption. Là encore, l’enjeu dépasse l’écologie : il s’agit de coûts, de temps, de marque employeur et, au final, de performance économique territoriale.
« Ce que nous ferons ici pourra inspirer ailleurs »
La ligne d’horizon, au terme de la première journée, est assumée : fédérer au lieu d’additionner, traiter la logistique comme un pilier, investir dans la formation, et s’appuyer sur des projets-phares, du SERM aux mobilités actives.
C’est par cette cohérence que le Massif central peut devenir une référence internationale des mobilités territoriales durables, un territoire démonstrateur où l’on fait « des choses efficaces, pas chères et… sympas », selon la formule souriante de Patrick Oliva.
Rendez-vous pris pour 2026 : l’ambition est désormais de consolider les groupes de travail, d’élargir le cercle des territoires impliqués et de documenter les expérimentations pour les déployer à plus grande échelle.