C’est un signal préoccupant que livre la dernière enquête conjoncturelle de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes : malgré un début d’année déjà mal orienté, le premier semestre 2025 confirme la fragilité du tissu économique régional.
Quatre entreprises sur dix déclarent un recul de leur chiffre d’affaires, et ce dans une comparaison avec 2024 qui n’était pourtant pas florissante.
Au cœur des témoignages, un mot revient sans cesse : la frilosité des clients. 87 % des dirigeants disent en souffrir, et près de la moitié se disent « très affectés » par ce phénomène.
Dans l’industrie comme dans le commerce de détail, cette retenue des consommateurs, nourrie par un climat politique et international incertain, agit comme un frein massif à la relance. Elle se double d’une intensification de la concurrence, souvent jugée déloyale, notamment face aux produits importés à bas coût ou non conformes.
La photographie sectorielle n’invite pas à l’optimisme :
- Dans l’industrie, la situation est la plus alarmante : une entreprise sur deux voit son activité reculer, et les perspectives restent négatives.
- Le commerce de détail pâtit d’un pouvoir d’achat contraint, tandis que le BTP doit composer avec des marges de plus en plus étroites.
- Seuls le tourisme et le numérique offrent encore quelques poches de résistance.
S’ajoutent à cela des difficultés persistantes de recrutement : un tiers des entreprises déclarent être freinées par la pénurie de main-d’œuvre, avec des secteurs comme le transport-logistique et le BTP particulièrement touchés.
Et quand bien même les carnets de commandes se maintiennent, la trésorerie reste sous pression : 32 % des TPE-PME disent rencontrer des difficultés, un niveau comparable aux crises de 2021 ou de 2024.
Si l’on regarde vers l’avenir, les perspectives pour le second semestre semblaient, en juillet, un peu moins dégradées qu’en début d’année. Mais ces prévisions ont été émises avant la nouvelle phase d’instabilité politique de septembre.
Et déjà, 80 % des dirigeants se déclaraient défiants vis-à-vis de la situation économique générale. Une défiance lourde de conséquences : elle nourrit l’attentisme des investisseurs, bloque les décisions de recrutement et freine les projets d’innovation.
Dans l’éditorial accompagnant la publication de l’étude, le président régional de la CCI Auvergne Rhône Alpes, Philippe Guérand, alerte : « Plus que jamais, les entreprises sont en attente de visibilité et de mobilisation collective afin de favoriser la création de richesse économique. Seules les réformes portant sur la compétitivité permettront un retour de la croissance, condition nécessaire au redressement des comptes publics et à la sauvegarde de notre modèle social. »
Au-delà de l’avertissement, c’est le paradoxe qui inquiète : dans une région qui concentre de puissants atouts industriels, numériques et touristiques, les signaux faibles de reprise restent aussitôt étouffés par les incertitudes politiques et économiques. Comme si l’économie régionale était condamnée à naviguer à vue, sans cap durable.
Cet automne 2025, une évidence s’impose : l’Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas à l’abri d’un choc plus brutal encore si l’instabilité devait perdurer.
Les chefs d’entreprise, déjà ébranlés par la succession des crises, réclament avant tout de la lisibilité. Sans elle, le risque est réel : voir s’installer une spirale de défiance où les attentes de reprise se briseront sur le mur d’une croissance trop fragile.