En brevetant une teinture naturelle à base de pouzzolane volcanique, la jeune marque Doxa, fondée par trois anciens footballeurs à Clermont-Ferrand, veut démontrer qu’une autre mode est possible. Derrière cette innovation minérale, un projet industriel enraciné en Auvergne, entre sobriété, style et ambition économique.
Une marque née d’un vestiaire, pas d’un incubateur
Ils se sont rencontrés ballon au pied, au centre de formation du Clermont Foot. Dix ans plus tard, c’est dans l’industrie textile que Rémy Descamps, Adrien Brun et Guillaume Marques ont trouvé leur terrain de jeu. En 2021, ils fondent Doxa, une marque de vêtements écoresponsables née à Clermont-Ferrand. Leur objectif : produire de manière durable, sans renoncer au style. Une ambition qui s’incarne aujourd’hui dans une innovation inédite dans le secteur textile : l’utilisation de la pouzzolane, pierre volcanique rougeâtre, comme teinture naturelle.
L’Auvergne dans les fibres, la recherche dans les gènes
« Depuis la création, on voulait que chaque pièce raconte quelque chose de notre territoire », explique Adrien Brun, diplômé de l’ESC Clermont. Cette volonté prend forme dans un procédé breveté : une teinture à base de pouzzolane, extraite dans les carrières proches de Volvic, transformée pour en tirer des pigments durables et biodégradables. Une première mondiale, fruit de deux ans de recherches internes.
Le vêtement devient ainsi le support d’un récit minéral : au noir obtenu par magnétite succède le rouge volcanique, bientôt accompagné de bleus issus du cupronickel, de verts d’eskolaïte ou encore d’encres dérivées d’algues. Doxa travaille également à la mise au point de finitions textiles à l’aloe vera, prolongeant cette quête d’un textile à la fois sensuel, sobre et propre.
Un modèle éthique sous tension industrielle
Les vêtements sont conçus à Clermont-Ferrand et fabriqués au Portugal, dans une usine partenaire fonctionnant à 100 % à l’énergie solaire, avec récupération des eaux de pluie. « On voulait garder la main sur le design et les matières, mais sans faire de concessions sociales ou écologiques », résume Adrien Brun. Le coton biologique est certifié GOTS et Oeko-Tex, la production reste volontairement en petites séries, pour éviter les stocks et préserver la qualité.
Mais ce modèle artisanal à impact a ses limites. Pour accélérer sa croissance, Doxa cherche aujourd’hui à ouvrir son capital. Des contacts ont été pris, notamment lors du salon Origine Auvergne, avec l’espoir de convaincre des investisseurs sensibles à la démarche. Car l’ambition est claire : faire de l’Auvergne un terrain d’innovation textile durable, et non un simple label régional.
Une économie circulaire au cœur de la marque
Doxa ne revendique pas seulement un style ou un engagement : elle veut incarner une nouvelle manière de produire. Cela passe par une logique de circuit court, d’économie circulaire, et de refus de la fast fashion. Chaque pièce est pensée pour durer, résistante aux lavages, et vendue en ligne ou dans quelques points de vente sélectionnés : Inside Urban à Clermont-Ferrand, Wearth Lab à Nantes, ou encore lors d’événements comme Clermont Fèira.
Cette stratégie permet à la marque de garder un lien direct avec ses clients, de tester ses nouveautés à petite échelle, et de rester agile dans ses choix de matières et de finitions. Une manière aussi de construire un récit de marque fondé sur la transparence, la cohérence et l’enracinement territorial.
Une pouzzolane pleine de promesses
Avec sa teinture volcanique, Doxa pose une question simple : et si l’avenir de la mode passait par les ressources oubliées de nos territoires ? En choisissant la pouzzolane comme signature, la marque ne fait pas que recycler un déchet minier : elle invente une esthétique minérale, locale et brevetée, qui pourrait faire école dans l’industrie textile européenne.
Mais pour passer de la niche à l’échelle, il faudra convaincre au-delà du cercle militant. Faire admettre qu’une production plus sobre peut être économiquement viable. Et démontrer que la mode, loin d’être futile, peut aussi devenir un levier d’innovation industrielle et territoriale.