Soixante et onze millions d’euros. C’est l’enveloppe que la France a mobilisée en 2026 pour financer la reconstruction des infrastructures critiques ukrainiennes — énergie, eau, transport, santé.
Dans ce cadre, un industriel isérois, le Groupe Elydan, a décidé de passer à l’acte et de constituer un consortium régional. Les PME et ETI d’Auvergne-Rhône-Alpes spécialisées dans les composants pour réseaux d’eau ont jusqu’au 3 avril 2026 pour rejoindre l’aventure.
Sans avoir à se déplacer en Ukraine. Sans frais d’adhésion. Avec un projet concret, financé par des fonds publics français.
Le Fonds Ukraine II : un dispositif d’État pour reconstruire un pays sous les décombres
La guerre en Ukraine a détruit ou endommagé une part considérable des infrastructures essentielles du pays. Pour y répondre, la France et l’Ukraine ont signé le 7 juin 2024 un accord bilatéral créant un fonds de soutien dédié à la reconstruction des infrastructures critiques et à certains secteurs prioritaires de l’économie ukrainienne.
Ce dispositif, baptisé « Fonds Ukraine », a été reconduit et abondé en 2026 sous le nom de Fonds Ukraine II, avec une dotation portée à 71 millions d’euros.
C’est la Direction générale du Trésor (DG Trésor), rattachée au ministère de l’Économie et des Finances, qui pilote ce fonds en lien avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Un appel à projets national a été ouvert le 19 février 2026, avec une date limite de dépôt officielle fixée au 9 avril 2026 à minuit. Le mécanisme est clair : des entreprises françaises — porteurs de projets — peuvent candidater pour financer des opérations de reconstruction sur le sol ukrainien, en partenariat avec des acteurs locaux.
Des secteurs prioritaires, une logique d’impact
Le Fonds Ukraine II ne finance pas n’importe quel projet. Il cible des secteurs jugés essentiels à la survie et à la reconstruction du pays : l’énergie, les réseaux d’eau potable et d’assainissement, les transports, les hôpitaux, les systèmes de santé. L’idée directrice est de reconstruire ce qui permet à une population de vivre, à une économie de redémarrer. C’est dans ce contexte que le projet porté par Elydan prend tout son sens.
Elydan, un industriel isérois positionné comme chef de file régional
Le Groupe Elydan n’est pas un acteur ordinaire dans la filière eau française. Ce groupe industriel, implanté en Isère, s’est imposé comme l’un des leaders français des systèmes de canalisations en polyéthylène haute densité — le PEHD — pour la distribution et la gestion des fluides : eau potable, assainissement, irrigation, chauffage urbain, génie civil ou encore télécommunications.
En janvier 2026, Elydan a encore renforcé sa crédibilité sectorielle en lançant au Carrefour des Gestions Locales de l’Eau, à Rennes, la gamme TEC 1 RCD Biocircular : présentée comme la première canalisation d’eau potable 100 % biosourcée et décarbonée d’Europe, certifiée ISCC+, cette innovation a déjà séduit la Ville de Grenoble, qui a passé ses premières commandes. Une prouesse technique qui positionne Elydan non seulement comme fabricant de tuyaux, mais comme acteur de la transition écologique des réseaux d’eau.
Un projet de réhabilitation de réseau d’eau potable en Ukraine
Dans le cadre du Fonds Ukraine II, le Groupe Elydan porte un projet ambitieux : la réhabilitation d’un réseau d’eau potable en Ukraine, avec le soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce projet place Elydan en chef de file d’un consortium industriel à vocation régionale.
Pour le mener à bien, le groupe a besoin de partenaires techniques : des fabricants et sous-traitants capables de fournir les composants nécessaires à la réhabilitation d’un réseau d’eau de grande envergure.
C’est pour identifier et fédérer ces partenaires qu’Auvergne-Rhône-Alpes Business, le service de sourcing industriel de l’agence publique régionale Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, a lancé un appel à candidatures auprès des PME et ETI de la région.
Le signal est clair : la reconstruction en Ukraine ne se fera pas sans l’industrie française, et l’industrie française ne se mobilisera efficacement que si elle s’organise en chaînes de valeur cohérentes à l’échelle régionale.
Le Club de suivi d’entreprises : une porte d’entrée sur le marché ukrainien sans prise de risque
Pour les PME et ETI d’Auvergne-Rhône-Alpes, rejoindre ce projet ne signifie pas embarquer pour l’inconnu. Le dispositif imaginé par Elydan et Auvergne-Rhône-Alpes Business est volontairement conçu pour minimiser les contraintes et les risques.
La structure proposée s’appelle le Club de suivi d’entreprises. Son fonctionnement est délibérément léger : l’adhésion est gratuite, le suivi se déroule en trois réunions en distanciel sur une période maximale de seize mois, et aucun déplacement en Ukraine n’est requis.
Les entreprises candidates conservent leur liberté de décision tout en accédant à une visibilité terrain privilégiée sur un marché de reconstruction appelé à peser des milliards d’euros dans les prochaines années.
Les profils techniques recherchés
Les besoins exprimés couvrent plusieurs segments industriels précis. Elydan et ses partenaires cherchent en priorité des fabricants et sous-traitants spécialisés dans les raccords, assemblages et robinetterie industrielle, dans les vannes, clapets et petites pièces usinées, ainsi que dans les pompes, surpresseurs et systèmes de régulation hydraulique.
Plus largement, tout fabricant de composants pour réseaux d’eau potable — pièces plastiques ou métalliques, accessoires de pose, équipements de contrôle et de monitoring — entre dans la cible.
Ces compétences correspondent à des savoir-faire industriels solidement ancrés en Auvergne-Rhône-Alpes : usinage de précision dans la vallée de l’Arve, robinetterie industrielle, plasturgie technique, mécanique des fluides.
La région dispose d’un tissu de fabricants qui n’ont pas toujours les moyens ni les ressources humaines pour se lancer seuls à l’export sur un marché aussi spécifique que celui de la reconstruction ukrainienne. Le Club de suivi d’entreprises répond précisément à cette réalité : il offre un point d’entrée structuré, sécurisé par un porteur de projet reconnu et par des financements publics, à l’horizon 2027.
Auvergne-Rhône-Alpes Business, l’outil de sourcing régional au cœur du dispositif
Derrière cet appel à candidatures, on trouve Auvergne-Rhône-Alpes Business, le service de mise en relation industrielle de l’agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises.
Créée pour connecter donneurs d’ordre et sous-traitants à l’échelle régionale, cette plateforme joue ici un rôle d’interface entre un porteur de projet industriel — Elydan — et les entreprises régionales susceptibles de constituer sa chaîne de valeur sur le marché ukrainien.
La démarche illustre une évolution significative du rôle des agences de développement économique régionales. Là où leur mission était historiquement centrée sur l’attractivité des investissements entrants et l’accompagnement à l’innovation, Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises démontre ici une capacité à orchestrer des consortiums industriels tournés vers l’export et vers des marchés émergents d’une nature nouvelle — ceux de la reconstruction post-conflit, financés par des mécanismes publics bilatéraux.
Pour les PME régionales, c’est une opportunité concrète : accéder à un marché porteur, cadré par des financements publics français, sans avoir à construire seules la relation avec l’écosystème institutionnel et industriel ukrainien.
Une fenêtre qui se referme : comment candidater avant le 3 avril
Le calendrier est serré. Auvergne-Rhône-Alpes Business a fixé une échéance interne au vendredi 3 avril 2026 pour les entreprises souhaitant manifester leur intérêt, soit une semaine avant la clôture officielle de l’appel à projets national auprès de la DG Trésor (9 avril 2026). Ce délai court n’est pas anodin : il reflète le temps nécessaire à Elydan pour consolider la composition de son consortium avant de finaliser son dossier de candidature.
Les entreprises intéressées sont invitées à contacter Auvergne-Rhône-Alpes Business à l’adresse contact@auvergnerhonealpes-business.fr, en précisant leur activité ainsi que leur intérêt ou leur expérience sur le marché ukrainien.
Pour les PME et ETI industrielles d’Auvergne-Rhône-Alpes — et notamment celles du Puy-de-Dôme et du bassin allier-thiernois dont les savoir-faire en mécanique de précision et en composants de fluides sont reconnus — cette candidature ne représente pas un engagement lourd.
Elle représente, en revanche, une opportunité rare : celle de poser un premier pied sur un marché de reconstruction qui va mobiliser des ressources considérables au cours des prochaines années, avec le soutien actif de l’État français et d’une région qui a choisi de projeter son tissu industriel au-delà de ses frontières.
La reconstruction de l’Ukraine sera longue. Elle sera industrielle. Et elle commence maintenant.