Dix-sept mille quatre cent quatre-vingt-six.
C’est le nombre de défaillances d’entreprises enregistrées en France au deuxième trimestre 2026, selon l’étude publiée le 16 juillet par Altares.
Une hausse de 5,4 % sur un an qui confirme un niveau proche de 40 % supérieur à celui observé avant la crise sanitaire.
Mais derrière cette moyenne nationale, une région se distingue nettement des autres : l’Auvergne-Rhône-Alpes, où les défaillances d’entreprises bondissent de 22,9 % sur la même période. Un chiffre qui place le territoire en tête des grandes régions métropolitaines les plus touchées, loin devant l’Occitanie ou les Hauts-de-France.
Un trimestre qui confirme un rattrapage brutal
Sur les six premiers mois de l’année, 37 700 entreprises ont fait défaut en France, soit 1 500 de plus que lors du premier semestre 2025.
En cumul sur douze mois glissants à fin juin 2026, le pays atteint 71 600 défaillances, un niveau qui dépasse même les pics observés lors des crises financières de 2009 et 2014.
Ce trimestre s’inscrit dans une trajectoire longue. Après le trou d’air artificiel de la crise sanitaire, quand les aides publiques avaient fait chuter les défaillances à des niveaux historiquement bas, le système a enclenché depuis 2022 un rattrapage qui ne faiblit pas.
Thierry Millon, directeur des études chez Altares, résume la situation sans détour : « L’économie française résiste mais s’essouffle. Les prévisions de croissance s’orientent désormais sur un taux de + 0,7 %, un scénario incompatible avec un reflux des défaillances d’entreprises. »
Il pointe un changement de nature dans les causes de fragilité. Les facteurs longtemps mis en avant, comme les prêts garantis par l’État ou les assignations Urssaf, ont perdu leur poids explicatif. La fragilité actuelle des entreprises, selon lui, « n’est plus à chercher dans les dispositifs hérités de la gestion de la crise sanitaire mais dans une conjoncture qui affaiblit brutalement l’équilibre financier des entreprises ».
Auvergne-Rhône-Alpes, la région qui décroche
Dans ce paysage national déjà tendu, l’Auvergne-Rhône-Alpes se distingue par l’ampleur de sa dégradation.
Avec 2 418 défaillances recensées au deuxième trimestre 2026, la région enregistre une hausse de 22,9 % sur un an, très largement au-dessus de la moyenne nationale. Cette progression est portée principalement par le Rhône et l’Isère. Seuls deux départements limitent la casse : l’Ain et le Cantal, qui affichent une amélioration.
Le contraste est frappant avec d’autres régions françaises. Six régions métropolitaines repassent dans le vert ce trimestre, à l’image de la Corse (-15,0 %), du Centre-Val de Loire (-12,8 %) ou de la Bretagne (-4,2 %).
L’Auvergne-Rhône-Alpes, elle, fait partie des trois grandes régions où les tensions sont les plus marquées, aux côtés de l’Occitanie (+6,8 %) et des Hauts-de-France (+8,5 %).
Cette dynamique régionale n’est pas nouvelle. Une analyse Allianz Trade, relayée par Lyon-Entreprises, faisait déjà état de 2 370 défaillances enregistrées dans la région au premier trimestre 2026, soit une progression de 11 % sur un an, la région représentant alors plus de 12 % des défaillances observées à l’échelle nationale.
Une dynamique déjà qualifiée de « largement généralisée » sur le territoire.
Les TPE, premières fragilisées par les tensions de trésorerie
Si la région souffre, ce sont d’abord les plus petites structures qui absorbent le choc.
À l’échelle nationale, les entreprises de moins de trois salariés concentrent 75 % des procédures collectives. Sur ce seul segment, 13 185 défaillances ont été recensées au deuxième trimestre 2026, en hausse de 8,3 % sur un an.
Un chiffre qui illustre la persistance des tensions de trésorerie qui pèsent sur les plus petites entreprises, quand les structures de 3 à 19 salariés affichent au contraire un recul de 3,3 %.
Cette surexposition des TPE se retrouve avec une intensité particulière en Auvergne-Rhône-Alpes. Selon l’analyse Allianz Trade relayée par Lyon-Entreprises, 75 % des défaillances enregistrées dans la région au premier trimestre 2026 concernaient des structures de moins de trois salariés.
Un chiffre qui confirme, à l’échelle du territoire, ce que les données nationales dessinent déjà : la trésorerie des plus petites structures constitue aujourd’hui le point de rupture du système.
Les secteurs les plus exposés à la consommation des ménages concentrent l’essentiel de ces difficultés. L’hébergement-restauration et les services aux particuliers, notamment, affichent une dégradation nette au niveau national, tandis que d’autres segments comme la finance ou l’immobilier montrent une relative stabilisation.
Les jeunes entreprises, une vulnérabilité structurelle
Autre signal fort de ce trimestre : la fragilité particulière des jeunes entreprises. Les défaillances des structures de moins de trois ans progressent de 12,7 % sur un an au niveau national, pour atteindre 2 248 procédures.
Plus des trois quarts de ces défaillances se soldent directement par une liquidation judiciaire, sans passer par la case redressement.
Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas majoritairement de micro-entrepreneurs. Selon l’étude Altares, 93 % de ces jeunes entreprises sont des sociétés commerciales. La restauration, la vente et la réparation automobile y sont particulièrement représentées, tout comme le second œuvre du bâtiment, même si les défaillances y diminuent sensiblement.
Ce constat national résonne directement avec la situation observée en Auvergne-Rhône-Alpes, où la conjonction d’une hausse générale des défaillances et d’une surexposition des jeunes structures dessine un climat particulièrement défavorable à la création et à la consolidation des entreprises sur le territoire.
Un second semestre sans répit attendu
Pour la suite de l’année, aucun signal ne laisse présager une accalmie. Thierry Millon anticipe entre 34 000 et 35 000 nouvelles procédures collectives au niveau national pour le second semestre 2026.
Selon lui, l’enjeu pour les entreprises n’est plus de développer leur activité, mais de préserver leurs capacités de rebond en sécurisant trésorerie, investissement et chaînes d’approvisionnement.
En Auvergne-Rhône-Alpes, ce défi se pose avec une acuité particulière. Deuxième pôle économique du pays, la région affiche cette fois l’une des dynamiques de défaillances d’entreprises les plus préoccupantes de France.
Un signal que les décideurs économiques locaux, dirigeants comme collectivités, ne pourront pas ignorer dans les mois à venir.