À l’occasion de la publication de l’Enquête mensuelle de conjoncture de juillet 2025, la Banque de France dresse un constat aussi précis qu’inquiétant : la croissance française s’obstine à rester marginale, avec une prévision de +0,1 % du PIB pour le deuxième trimestre. Un chiffre identique à celui du trimestre précédent, qui illustre moins une reprise qu’un enlisement silencieux.
Une reprise sans moteur
La photographie sectorielle confirme ce ressenti d’économie à l’arrêt : un rebond mécanique dans l’industrie après un mois de mai ralenti par les ponts, mais des carnets de commandes nettement en retrait, à l’exception notable de l’aéronautique.
Dans les services, la dynamique est contrastée : un rattrapage ponctuel dans le transport et l’hébergement, mais un recul persistant dans la restauration, les loisirs et les services à la personne. Quant au bâtiment, il piétine — stable dans le second œuvre, en repli dans le gros œuvre.
Ce qui frappe, c’est l’absence de moteur clair. Ni consommation, ni investissement, ni commerce extérieur ne tirent l’activité de façon décisive.
Le pays semble flotter dans une zone grise, sans tension apparente, mais sans vraie perspective. Les chefs d’entreprise évoquent un climat d’attentisme, des prises de commande au ralenti, et des marges de manœuvre grignotées par les délais de paiement ou les incertitudes réglementaires.
Une économie qui dérive sans projet
Même les signaux plus techniques viennent doucher les espoirs : le taux d’utilisation des capacités de production reste inférieur à sa moyenne de long terme, les stocks sont jugés élevés, les difficultés de recrutement persistent, et les prix demeurent globalement stables voire orientés à la baisse dans le bâtiment.
En toile de fond, un facteur géopolitique s’invite : les hausses de droits de douane américains, déjà perceptibles dans plusieurs filières industrielles et dans les services d’ingénierie.
Face à cette conjoncture sans relief, on pourrait être tenté de se satisfaire de l’absence de crise. Ce serait peut-être une erreur. Car l’économie française ne souffre pas d’un choc brutal, mais d’un déficit de dynamique structurelle. Elle avance à l’économie, au sens littéral. Et le risque est là : voir cette léthargie se normaliser.