À Saint-Ours, au pied des volcans d’Auvergne, le bruit régulier du maillet d’Alain Montpied résonne dans son atelier comme un battement de cœur. Ce charron, l’un des derniers en activité en France, perpétue un savoir-faire transmis depuis quatre générations : la fabrication et la restauration de roues en bois pour véhicules hippomobiles et automobiles d’époque.
Ce mardi, la visite de Jean-Luc Helbert, président de la CMA du Puy-de-Dôme, a mis en lumière ce métier d’exception, dans le cadre des célébrations des 100 ans des Chambres de Métiers et de l’Artisanat.
La CMA du Puy-de-Dôme met à l’honneur ses artisans gardiens du temps
Cette visite symbolique s’inscrit dans une série d’initiatives menées par la CMA pour valoriser les entreprises artisanales qui incarnent la mémoire et la vitalité du territoire. « Notre mission est de faire connaître ces métiers rares, mais essentiels à l’identité et à la transmission », confie Jean-Luc Helbert. Dans le département, près de 16 000 entreprises artisanales façonnent chaque jour l’économie locale.
Certaines, comme l’atelier Montpied, relient directement l’histoire de l’artisanat à celle de la modernité : elles montrent qu’un métier d’hier peut encore inspirer demain.

L’atelier Montpied, un patrimoine vivant reconnu
Installé au lieu-dit La Courteix, l’atelier Montpied a reçu le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), une distinction nationale qui récompense l’excellence des savoir-faire artisanaux. Ici, tout est fait à la main, avec les mêmes gestes qu’autrefois : débitage du bois d’acacia, cintrage à la vapeur, montage des rayons et cerclage au feu.
Chaque roue demande jusqu’à quinze jours de travail. Certaines rejoignent des collections privées, musées ou haras nationaux, d’autres restaurent des véhicules anciens pour des passionnés ou des institutions patrimoniales.
Un lien profond entre tradition et innovation
Ce qui frappe, dans l’atelier d’Alain Montpied, c’est l’équilibre entre fidélité aux gestes d’antan et ouverture sur les usages contemporains. Le charron travaille désormais avec des partenaires industriels et patrimoniaux : Michelin, des mécaniciens restaurateurs, des musées techniques.
Il allie précision mécanique et esthétique artisanale, anticipant les contraintes des matériaux modernes tout en conservant la noblesse du bois. Son savoir-faire séduit aussi les filières de restauration écologique, où la roue en bois reprend du sens comme alternative durable à la production standardisée.
Former pour transmettre, transmettre pour durer
Conscient de la rareté de son métier, Alain Montpied a choisi de transmettre. Il forme régulièrement des jeunes apprentis et accueille des stagiaires pour leur faire découvrir les gestes du charronnage : « Mon métier ne s’apprend pas dans les livres, il se comprend dans la matière, dans le bois qu’on touche », explique-t-il.
Cette dimension pédagogique s’inscrit pleinement dans la dynamique impulsée par la CMA Puy-de-Dôme, qui fait de la transmission et de la formation continue un pilier de son action.
Les 100 ans des CMA : célébrer les artisans d’hier et de demain
Le centenaire des CMA est l’occasion de rappeler combien l’artisanat incarne un patrimoine collectif. En célébrant des figures comme Alain Montpied, la CMA Puy-de-Dôme rend hommage à ceux qui, loin des projecteurs, construisent chaque jour un pan de notre culture économique. « Il n’y a pas de tradition sans transmission, et pas d’avenir sans artisans », résume Jean-Luc Helbert.
Cette phrase pourrait être gravée sur le bois d’une roue : elle dit tout du lien entre hier et demain, entre main et matière.