Depuis plus d’un siècle, la famille Omerin tisse bien plus que des câbles techniques : elle tisse une histoire. Celle d’un ancrage auvergnat, d’une aventure industrielle visionnaire et d’un lien filial qui traverse les âges. De la force motrice d’un ruisseau aux filiales internationales, du lacet au câble haute température, retour sur une saga industrielle à forte valeur humaine.
🎞️ Acte I – L’eau, le bois, la tresse (1906)
Tout commence en 1906, dans une vallée reculée du Livradois, à Pont-de-Chantemerle, sur la commune de Job. Dans un petit atelier actionné par la roue d’un ruisseau, la famille Omerin fait tourner ses premiers métiers à tresser. Lacets, galons, passementeries : la production est textile, mais déjà technique. L’énergie est hydraulique, le geste est artisanal, et le fil commence à écrire une histoire familiale.
Ce savoir-faire de la tresse se transmettra sur six générations, survivant aux guerres, aux mutations économiques et aux bouleversements du XXe siècle.
🧪 Acte II – L’ingénieur entrepreneur (1959)
En 1959, Michel Omerin, jeune ingénieur des Arts et Métiers, crée sa propre entreprise à Ambert. Il garde la trame de l’histoire familiale mais change radicalement le motif : exit les lacets, place aux gaines isolantes et aux câbles haute performance.
L’entreprise, baptisée TCA (Tresses & Câbles d’Auvergne), innove rapidement : gaines en fibre de verre, en silicone, en élastomère… Le tout pour des applications exigeantes : moteurs électriques, électroménager, industrie lourde.
Michel Omerin est à la fois technicien de haut niveau et chef d’entreprise humain. « J’ai embauché mes dix premiers ouvriers à 28 ans », aimait-il raconter. Il bâtit une société solide, où les valeurs familiales se mêlent à une quête constante de performance technique.
🏗️ Acte III – La croissance par l’innovation (1970–1995)
Les années 1970 à 1990 voient TCA changer d’échelle. L’entreprise développe de nouveaux câbles, s’installe sur la zone industrielle d’Ambert, crée sa première filiale (IFT) pour des flexibles techniques. L’activité s’accélère, se diversifie, s’industrialise.
En parallèle, OMERIN devient l’un des premiers fabricants français à développer des câbles capables de résister à des températures extrêmes (jusqu’à 1000°C), pour des usages dans l’industrie, le médical ou encore l’agroalimentaire. L’entreprise maîtrise l’intégralité du process : tressage, extrusion, découpe, imprégnation.
C’est aussi l’époque où le nom OMERIN devient marque. L’entreprise sort de l’ombre.

🌍 Acte IV – Le monde au bout du fil (1995–2025)
En 1995, Michel passe le relais à son fils Xavier. Ce dernier change une nouvelle fois de dimension. Formé en école de commerce, parfaitement à l’aise à l’international, Xavier Omerin modernise, structure, et fait de l’entreprise une ETI multinationale.
Sous sa direction, le groupe multiplie les acquisitions, notamment dans la Loire, berceau du tressage industriel. Il investit aussi dans des usines à l’étranger, tout en maintenant son siège social à Ambert. Aujourd’hui, OMERIN, c’est :
- 1 700 collaborateurs répartis sur
- 16 sites de production, dont 7 à l’étranger,
- 9 filiales commerciales internationales,
- une présence dans plus de 120 pays,
- et un chiffre d’affaires de 330 millions d’euros (2024).
Mais au-delà des chiffres, Xavier Omerin défend une vision collective du management. « Chez nous, c’est comme au rugby. On se connaît, on se fait des passes à l’aveugle, on joue ensemble. »
⚙️ Acte V – De la tresse textile au câble médical
La grande force du groupe OMERIN réside dans sa capacité à diversifier ses savoir-faire tout en conservant une logique industrielle intégrée. Le groupe est désormais présent sur plusieurs marchés stratégiques :
- Câbles et gaines haute température pour l’électrotechnique,
- Tuyaux flexibles tressés, éléments chauffants,
- Câblage médical pour dispositifs implantables,
- Solutions plastiques, HVAC, Heat Tracing…
Cette diversification n’est pas un hasard. Elle s’appuie sur une politique soutenue d’innovation, avec des investissements constants en R&D, en robotisation, et en certifications internationales. OMERIN a su se positionner en fournisseur stratégique dans des secteurs à haute valeur ajoutée.
🤝 Acte VI – Transmission humaine et ancrage territorial
Depuis plus d’un siècle, la famille Omerin ne s’est jamais éloignée d’Ambert. Le siège est resté là. Les premiers métiers à tresser y tournent toujours. Et les valeurs aussi : engagement, fidélité, respect du territoire.
À Ambert, OMERIN représente près de 300 emplois directs. Le groupe soutient la vie associative, les festivals, les écoles. Il forme des jeunes, accompagne les filières industrielles locales. C’est une entreprise qui ne délocalise pas ses racines.
En mars 2025, Xavier Omerin transmet à son tour la direction opérationnelle du groupe à Pierre Sanvoisin, issu de l’interne, fidèle à l’entreprise depuis 25 ans.
Là encore, la continuité prime sur la rupture.
👟 Acte VII – Thibault et la revanche du lacet
Et pendant ce temps, une nouvelle génération trace son propre chemin. En 2021, Thibault Omerin, 26 ans, relance l’aventure du lacet. Sa marque, Le Tresseur, propose des lacets personnalisables, fabriqués dans le Puy-de-Dôme, avec des embouts en aluminium vissables.
« J’ai voulu marcher dans les pas de mes aïeux, tout en y mettant ma génération, mon style, mes idées », explique-t-il. Tous ses partenaires sont locaux : tressage à Vertolaye, embouts à Courpière, peinture à Thiers, packaging à Romagnat, assemblage à Billom.
Une entreprise du XXIe siècle qui revendique son ADN familial, local, durable et innovant. La boucle est bouclée. Ou plutôt : le fil est tendu.
✨ Épilogue – Tresser le futur
De 1906 à 2025, la saga OMERIN s’est construite autour d’un mot simple : transmission. Transmission d’un métier, d’un territoire, d’un engagement.
À l’heure de l’industrie 4.0, de la transition énergétique et du made in France, cette famille prouve qu’on peut rester fidèle à ses racines tout en regardant très loin devant. Et que la modernité industrielle peut aussi s’écrire… avec des fils.