Début janvier 2026, une note de quelques pages est adressée par le Premier ministre Sébastien Lecornu à une vingtaine de ministres. Le document dresse une feuille de route de 70 mesures visant à rendre l’action publique plus « efficace » et plus « lisible ».
Parmi ces orientations figure explicitement une demande : rapprocher les réseaux des chambres de commerce et d’industrie (CCI) et des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA).
Derrière ce terme de « rapprochement », c’est une recomposition institutionnelle majeure qui se profile. La perspective d’une fusion CCI–CMA, longtemps évoquée, entre désormais dans le champ des hypothèses sérieusement travaillées par l’État.
Une idée ancienne qui prend une nouvelle dimension
L’idée d’un réseau consulaire unique n’est pas nouvelle. Depuis plus d’une décennie, rapports publics et inspections générales soulignent la convergence croissante des missions confiées aux Chambres de commerce et d’industrie et aux Chambres de métiers et de l’artisanat : accompagnement à la création et à la transmission, formation, appui à la transition numérique et écologique, soutien aux mutations économiques des territoires.
Sur le terrain, cette porosité est devenue tangible. Pour de nombreux entrepreneurs, les frontières entre CCI et CMA sont parfois difficiles à lire.
Le projet gouvernemental s’inscrit dans cette réalité : clarifier qui fait quoi, réduire les doublons et proposer un dispositif plus lisible pour les petites entreprises.
La feuille de route ne parle pas formellement de « fusion ». Mais dans le vocabulaire administratif, le mot « rapprochement » ouvre clairement la voie à une intégration bien plus poussée des deux réseaux.
Vers un guichet consulaire unique pour les TPE-PME
L’objectif affiché est opérationnel. Pour un créateur, un repreneur ou un dirigeant de TPE-PME, la question centrale n’est pas l’appartenance institutionnelle, mais la simplicité du parcours : un point d’entrée clair, une réponse rapide, un accompagnement cohérent.
À cette logique de lisibilité s’ajoute une dimension budgétaire. Mutualisation des fonctions support, rationalisation des implantations, harmonisation des outils numériques : les leviers sont classiques et s’inscrivent dans une trajectoire déjà engagée depuis plusieurs années au sein des réseaux consulaires.
Reste un enjeu central : préserver la proximité territoriale qui fait historiquement la force des CCI et des CMA, tout en renforçant l’efficacité globale du dispositif.
Le report des élections consulaires, un signal fort
Autre élément structurant : le report des élections consulaires. Initialement prévues en 2026, celles des réseaux CCI et CMA sont désormais repoussées à l’horizon 2027, avec la possibilité d’un glissement supplémentaire selon l’avancée des chantiers techniques et institutionnels.
Officiellement, ce décalage s’explique par la fiabilisation du Registre national des entreprises et l’intégration d’une nouvelle nomenclature d’activités. Politiquement, il ouvre surtout une fenêtre temporelle permettant d’engager une réforme structurelle sans avoir à gérer simultanément une campagne électorale consulaire.
Ce report place les élus en situation d’attente stratégique, dans un contexte où la gouvernance future des réseaux pourrait être profondément redessinée.
En Auvergne, un terrain déjà largement préparé
En Auvergne, le rapprochement entre CCI et CMA ne partirait pas d’un terrain vierge. Depuis plus de dix ans, les deux réseaux ont déjà connu une régionalisation profonde de leur organisation, tant sur le plan politique que technique.
Côté CCI, l’Auvergne s’inscrit aujourd’hui dans l’ensemble Auvergne-Rhône-Alpes, structuré autour d’une CCI de région qui coordonne 13 CCI territoriales, dont quatre auvergnates (Allier, Cantal, Haute-Loire, Puy-de-Dôme).
À l’échelle régionale, le réseau représente environ 500 élus consulaires et près de 1 500 collaborateurs. Les chambres territoriales conservent une présence locale affirmée, mais les grandes orientations stratégiques, les budgets et une part croissante des fonctions support sont désormais pilotés au niveau régional.

Côté CMA, la transformation est encore plus avancée. Depuis la loi PACTE, la CMA Auvergne-Rhône-Alpes constitue l’unique établissement public régional. Elle s’appuie sur des directions territoriales départementales, dont celles de l’Allier, du Cantal, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme, avec plus de 600 collaborateurs et une vingtaine de sites et points d’accueil répartis sur le territoire régional.
Dans les deux réseaux, la dynamique est comparable : montée en puissance des gouvernances régionales, mutualisation des fonctions support, élargissement des périmètres d’intervention des équipes techniques. La proximité repose désormais davantage sur le maillage de points d’accueil que sur des structures décisionnelles locales autonomes.
Proximité ou efficacité : l’équilibre à trouver
Pour les entreprises auvergnates, l’enjeu est clair. Un rapprochement CCI-CMA peut constituer une opportunité de simplification s’il aboutit à un guichet unique lisible et opérationnel. Il peut aussi devenir un facteur de fragilisation s’il éloigne encore davantage la décision du terrain et dilue les spécificités sectorielles.
Dans ce contexte, la fusion CCI-CMA apparaît moins comme une rupture brutale que comme l’aboutissement d’une trajectoire engagée depuis une décennie. La question n’est plus seulement de savoir si ce rapprochement aura lieu, mais comment il sera conduit et avec quel impact concret pour les artisans, commerçants, industriels et entrepreneurs des territoires.
Une réforme silencieuse, mais structurante, dont les effets se mesureront bien au-delà des échéances électorales à venir.